Télécharger
l’édition n°927
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

« Un apprenti compagnon, c'est la crème du métier »

rennaz Voilà plusieurs années que l'entreprise de construction Jaquet SA forme des Compagnons du Devoir. Venus depuis la France, ces jeunes suivent un parcours extrêmement exigeant. Pour eux, ce métier reste un art depuis la fondation de cette fraternité il y a neuf siècles au temps béni de la construction des cathédrales et des châteaux.

Nicolas Jaquet et Hugo Dole commencent la journée par la lecture du plan de chantier.DR

Magaly Mavilia

«Avoir un apprenti compagnon, c'est la crème des crèmes, se réjouit Nicolas Jaquet, Jaquet SA à Rennaz. Ce sont des jeunes très impliqués dans leur métier et cela me donne de l'espoir vis-à-vis de notre profession qui souffre d'un déficit d'image». Hugo Dole est le sixième compagnon que l'entrepreneur forme durant leur année de stage à l'étranger. «Cette image de professionnalisme véhiculée par les compagnons est très importante pour apprendre aux nouvelles générations que l'on peut faire un métier par passion et pas seulement pour gagner de l'argent. C'est la base absolue dans un choix professionnel».

« J'ai quitté la maison à 14 ans »

En effet, pour être Compagnon du Devoir, il faut une motivation qui va bien au-delà du simple fait de gagner sa vie. Hugo Dole, originaire des Vosges, est entré dans le compagnonnage à l'âge de 14 ans. Cela fait six ans qu'il est parti de chez lui pour apprendre son métier. Et depuis toutes ces années, c'est la première fois qu'il est si près de sa famille. «Je ne regrette pas du tout mon choix, cela me plaît, affirme l'apprenti. Tous les matins je me lève en étant content de faire ce métier. J'aime construire, rendre service. Apprendre surtout».

Formation béton !

La formation de maçon est très longue chez les compagnons. Cela commence par deux ans d'apprentissage, puis un tour de France et un an à l'étranger. De retour au pays, l'apprenti devra encore travailler pendant un an avant de commencer son «chef-d'œuvre» qui le consacrera compagnon. Un titre non seulement honorifique mais qui est un vrai sésame pour trouver du travail en France et ailleurs. «Être compagnon facilite les recherches d'emplois, c'est vraiment un gage de qualité et de sérieux», se félicite Hugo.

Et quel sera ce chef-d'œuvre? «Je ne sais pas encore, cela va dépendre du lieu où je travaillerai à ce moment-là. En tant que maçon, nous avons moins de liberté qu'un pâtissier ou un menuisier, par exemple, Nous devons réaliser un ouvrage assez conséquent, de A à Z, c'est-à-dire des plans à l'exécution. Maîtriser les logiciels de dessin fait partie de notre formation. En maçonnerie, le chef d'œuvre doit être utile car il va rester sur le site pour être exploité». Bien entendu, cet ouvrage sera jugé avec la plus grande rigueur, la réputation des Compagnons du Devoir en dépend. Hugo Dole estime qu'il ne sera pas sacré compagnon avant deux ans, mais cela n'a pas l'air de le décourager et il se réjouit de devenir «un ancien». A 24 ans? «Oui, c'est ainsi que l'on nomme celui ou celle qui a fini sa formation et qui aura dorénavant pour tâche de retransmettre son savoir».

La vie de compagnon

Être compagnon, ce n'est pas juste un titre parmi d'autres, mais une véritable philosophie empreinte de valeurs qui perdurent depuis le Moyen Age. Un haut degré de savoir-faire bien sûr, mais aussi de savoir-vivre. Le respect en étendard, le compagnon peut être sanctionné s'il enfreint les règles.

Pourquoi avoir choisi une voie aussi exigeante à l'âge de 14 ans? «Lors de portes ouvertes, j'ai eu l'occasion de découvrir Les Compagnons du Devoir et j'ai tout de suite été emballé par leur fonctionnement, raconte Hugo Dole. Pendant tout le temps de notre formation, nous vivons et nous apprenons ensemble. Il y a un vrai souci de l'entraide et de la transmission par les anciens qui viennent nous donner des cours ou des stages.»

Appartement à Aigle

L'association Les Compagnons du Devoir et du Tour de France possèdent quatre logements pour accueillir les jeunes en Suisse. Aux Diablerets, Gstaad, Villars-sous-Mont et Cugy où vit le Prévôt, autrement dit le directeur.

Hugo partage l'appartement d'Aigle avec trois autres compagnons; une pâtissière qui travaille au casino de Montreux, un plombier qui suit sa formation chez Gippa Jean-Jacques SA à Aigle et un charpentier à Corsier-sur-Vevey chez AM Charpente SA.

«Nous mangeons et nous étudions ensemble, cela nous permet d'échanger nos expériences et c'est très enrichissant.» Une fois rentrés de la journée de travail, Hugo et ses trois comparses étudient encore de 20h à 22h. «Il y a une certaine charge de travail, précise-t-il. En particulier du dessin et la technologie du métier mais aussi le français, l'anglais et les mathématiques. Tant que le travail du jour n'est pas fait, nous continuons à étudier, et cela peut parfois durer jusqu'à minuit. Les anciens sont là pour nous encadrer mais aussi pour nous aider. C'est une vraie fraternité qui nous permet d'avancer plus vite et d'acquérir un savoir-faire très complet».

Date:29.11.2018
Parution: 927

«Nous devons nous battre pour la qualité»

Pourquoi former un compagnon? «Parce que ce sont des jeunes qui ont une haute idée du métier, qui le pratiquent avec sérieux et engagement», se réjouit Nicolas Jaquet, Jaquet SA, à Rennaz. Nous n'avons pas à rougir de nos professions, mais nous devons impérativement continuer à nous battre pour maintenir un niveau de qualité. Et ce n'est pas facile. Cela coute en formation et en temps.»

La qualité ne semble pas être la priorité du marché? «Il y a une terrible pression en effet de la part des promoteurs. En tant qu'entrepreneur, je vis ce dilemme tous les jours: comment concilier la rentabilité et la concurrence en maintenant la qualité que j'ai envie de rendre et l'idée que je me fais de ma profession. Au final, cela m'arrive de pouvoir vendre une qualité supérieure, mais c'est extrêmement difficile. Les gens sont prêts à dépenser des milliers de francs pour une cuisine mais dès qu'il s'agit de fondations ou d'esthétique du bâtiment, le budget ne suit pas. C'est un combat permanent, mais j'essaie de rester dans ma ligne et si un jour cela ne fonctionne plus, j'arrête».

Neuf siècles de tradition

Depuis plus de neuf siècles, les compagnons permettent à des jeunes de développer leurs compétences jusqu'à un haut niveau dans le métier qu'ils ont choisi. Le partage des connaissances et des savoir-faire, le voyage et la vie en communauté sont les fondamentaux de cette association ouvrière dont la réputation va bien au-delà des frontières de l'hexagone.

L'idée de voyager avec une caisse à outils est de proposer «une aventure», un voyage de découverte de soi-même, une ouverture à d'autres horizons et une amélioration des perspectives professionnelles. Pour l'association Les Compagnons du Devoir, fondée en 1941, les différences deviennent source d'enrichissement et de compréhension, et contribue à une éducation professionnelle, culturelle et personnelle. A l'inverse, les compagnons accueillent volontiers des apprentis d'autres pays pour se former.

Dans ce dossier

Documents

Vidéo
Documents audio