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Pully: un coureur de l'extrême
livre ses secrets

Performance William Gargiullo est un personnage extraordinaire. Coureur de longue distance, ce Pulliéran fait partie depuis 2018 du Grand Slam Club: avoir couru au minimum un marathon sur les 7 continents et le pôle Nord. À 64 ans, il parvient à se distinguer de façon éblouissante dans les défis les plus extrêmes de la planète. A peine revenu du Chili, où il achevait le marathon désertique le plus haut du monde, à 4'500 m d'altitude, il était l'invité de l'Association suisse des cadres. Non pas pour courir, mais pour raconter deux de ses exploits: le marathon le plus froid du monde, au pôle Nord par moins 31 degrés, et sa course des 100 kilomètres par moins 20 degrés en Antarctique. C'est au Geneva Centre for Security Policy, où William Gargiullo est chargé de missions, que cet athlète a livré les clés de sa méthode.

DR

Magaly Mavilia

«Quelles sont les compétences fondamentales, quel effort et quel comportement adopter devant le succès?» Chef des opérations du Geneva Centre for Security Policy (voir encadré), Philippe Meyer s'adresse à un public trié sur le volet venu entendre l'incroyable histoire d'un coureur d'endurance. «William a derrière lui la passion. Et c'est fondamental pour atteindre un objectif, au pôle Nord comme en entreprise». De la passion, il en a, c'est sûr. A voir son œil qui brille devant le micro, le corps vif et énergique. Mais William Gargiullo n'a pas que la passion derrière lui. «J'ai commencé à courir à 24 ans, j'en ai 64 et je cours toujours», résume-t-il humblement. Un parcours époustouflant, qui l'a vu parcourir les 100 km à 21 reprises et compte à son actif 90 marathons. Entre 1977 et 2018, il a parcouru 120'000 kilomètres à l'entraînement et 7'200 kilomètres en compétition. Il a donc fait trois fois le tour de la terre en courant, des déserts aux sommets de l'Annapurna, en passant par le majestueux Everest et les plaines arides du Maroc. Mais il est ici pour expliquer combien les défis rendent la vie intéressante et valent la peine des efforts consentis. Pour rappeler aussi qu'il faut croire en ses rêves et se donner les moyens de les réaliser. Pour raconter enfin deux de ses aventures extraordinaires: celle du Marathon du Pôle Nord en 2014, par moins 31°, et celle des 100 km au pôle Sud, en 2016, où il faisait un peu plus «chaud», c'est-à-dire moins 20° à l'ombre des glaces... (notre photo de page 1).

Les trois clés du succès

«C'est là que tout se joue», confie l'athlète. Dans la préparation de l'expédition et du matériel, bien sûr, mais surtout la préparation «du bonhomme». Le mental est extrêmement important. «Sur 42 km, je dirais que c'est 30% pour 70% d'entraînement physique. Sur 100 km, c'est 50% de mental».

Pour William Gargiullo, trois points sont essentiels dans la préparation d'une «mission». Et cela est valable dans bien des domaines. Premièrement, apprécier la situation afin de prendre une décision. «En quel temps vais-je achever la course et quel classement je veux atteindre?». Pour cela, il analyse le profil des concurrents dans la plus grande rigueur. «Je reçois leurs biographies et je compare nos forces. Les participants ont tous l'expérience du froid. J'ai affaire à des forces vives.»

Point deux, brosser son propre profil. «J'ai fait 20 fois les 100 km de Bienne, une course sur la Grande Muraille de Chine, 9 fois le marathon de Zermatt et de la Jungfrau, l'Everest à 5'400 m d'altitude. J'ai les capacités pour me confronter à mes concurrents.»

Dernier point, connaître le terrain. 10 millions de km2 environ, pas de flore mais des ours blancs, des renards blancs. Et les phoques.

Une fois prise, la décision va hanter le coureur pendant 7 mois, «24h/24h». Il court 5 fois par semaine dans des conditions hivernales et espère finir dans le top 20. Il confie qu'il n'utilise que 60% de ses capacités à l'entraînement et 80% en compétition: «Je n'agresse pas mon corps. Cela fait 40 ans que je cours et j'espère courir encore longtemps.»

Seul le mental compte

Genève-Oslo. Les concurrents partent pour l'archipel Arctique de Svalbard «avec un Antonov». William est ravi: «Depuis le hublot, je vois le pôle Nord et je suis fasciné. Il y a d'énormes fissures, la banquise bouge». Arrivée au camp Barnéo (une base russe temporaire établie annuellement sur une banquise relativement proche du pôle Nord). Moins 18°. Autour de la base, les marathoniens courent 10 tours de 3,5 km sous surveillance des parachutistes russes. Pour le risque des ours blancs. «Malheureusement, je n'en n'ai pas vu», regrette le Pulliéran.

La litanie de la préparation physique et mentale bat son plein et au final le sportif de haut niveau garde un refrain pour la route: «Ce n'est ni une question de vitesse, ni une question d'endurance, mais de mental. Respecter sa propre nature. S'adapter aux limites dictées par le corps. Ne pas partir trop vite».

Dans une bulle

9 avril 2014, il est 11 h. Moins 31°, temps clair, pas de vent. «Des conditions magnifiques pour un coureur à pied. Et nous voilà partis. La famille des coureurs qui se lance. Il faut vous imaginer que dès le départ, je rentre dans une bulle. Mon corps sait ce qu'il doit faire. Il doit courir, c'est simple. Et mon esprit lui, il sort de ce corps et il pense à autre chose. Mon cerveau, c'est ma tour de contrôle».

Surprise sur la banquise, ce n'est pas plat. «Je ne m'occupe pas de mes concurrents.» Il y a des risques de chutes et les coureurs s'enfoncent dans la neige jusqu'aux mollets. 10 tours plus tard, l'arrivée, enfin. «Je suis 7e du classement sur 41. Mon objectif est atteint».

Rafales de vent

«Un lundi matin, j'arrive au Geneva Centre for Security Policy et voilà que l'on me propose de faire les 100 km au pôle Sud, “L'Antarctique Ice Marathon + 100 km“. Woaw! Un nouveau défi», se réjouit l'athlète qui décide d'achever ces 100 km en moins de 20h. Départ pour l'Antarctique. 12'000 km et rien, pas de vie. C'est le grand jour. 21 janvier, des rafales de vent jusqu'à 30 nœuds balaient la boucle de 10 km à Union Glacier Antarctica, au cœur du cercle antarctique. C'est le départ. Comme à son habitude, le mental de William se pelotonne dans sa bulle, tandis que son corps se retrouve au milieu du peloton. Jusque-là, tout va bien.

«Ca n'a pas marché comme prévu»

La biographie des coureurs a été minutieusement étudiée et «le vainqueur sera sans doute un Américain qui a fait les 214 km dans la Vallée de la mort par 50°, prédit William. Un gars comme ça, il ne faut surtout pas le suivre», sourit-il. «J'étais donc dans ma bulle et mon corps courait. Mais, cette fois, ça n'a pas marché comme prévu. Je croise un Equatorien vers le 20e km. Epuisé. Il est parti trop vite. Il transpire, donc il gèle. Je croise un autre coureur un peu plus loin, même scénario. Et me voilà tout à coup au 2e rang. Et là, je sors de ma bulle et je me dis: on y va William! Je tiens ma position. Ce n'est pas rapide, mais il faut tenir.»

Tous les 10 km, le coureur s'arrête au «check point» pour boire une canette de coca: «Nous avons tous nos marottes, mon ami l'alpiniste Jean Troillet, c'est le chocolat». Pendant 60 km, déterminé, William garde le même rythme, entre 7 et 8 km/heure. Il ne mange rien. Les organisateurs l'informent qu'il a 25 minutes d'avance. «J'étais sous stress et je déteste cela». Au 90e kilomètre, William voit l'Américain qui commence à se courber. Il reste un tour. Rattraper le géant? La question ne se pose même pas. William reste en 2e position et c'est à ce rang qu'il finira la course devant l'Américain Griff Griffith, de loin son cadet, qui remporte le titre masculin du 100 km Antarctique 2016 en 12h18min 40sec devant William Gargiullo et Dudek, qui ont terminé respectivement en 14 h 17 m 37 s et 14 h 25 m 28 s.

Vidéo de «L’Antarctique Ice Marathon + 100 km»

Portraits et biographie de William Gargiullo

Date:06.12.2018
Parution: 928

Une approche collective pour la paix

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Quand il ne court pas, William Gargiullo est chargé de missions spéci-fiques pour le Centre de politique de sécurité de Genève (GCSP). Son travail consiste à rechercher, notamment, des niches de coopération avec le secteur privé. C’est-à-dire identifier les formations que le GCSP pourrait mettre à leur disposition (telles que intelligence artifi-cielle, gestion de crise, cyber sécurité etc.). «Le but étant d’ouvrir nos diverses formations non seulement au secteur publique (ministères, ONG, organisations internationales etc.) mais également au secteur privé (banques, assurances, multinationales, PME, etc.).

Visions plurielles
Le GCSP est une fondation internationale axée sur l’éducation des cadres qui facilite la collaboration en faveur de la paix, de la sécu-rité et de la coopération internationale. Créé par la Confédération en 1995, le Centre se dote d’un large éventail d’experts, de dirigeants et de praticiens des connaissances, des compétences et de la commu-nauté dont ils ont besoin pour aider leurs organisations à prospérer dans un paysage sécuritaire en constante évolution d’aujourd’hui.
Les questions de sécurité et les enjeux géopolitiques deviennent de plus en plus complexes, multiformes et imprévisibles. Ce nouveau monde exige une approche plus intelligente et collective entre les secteurs public, sans but lucratif et privé pour aider à le résoudre.

L'association suisse des cadres: 125 ans et 11'000 membres

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Fondée il y a 125 ans par une association de contremaître, l’Association suisse des cadres (ASC) célèbre cette année ses 125 ans. Forte de quelque 11’000 membres, elle est la seule organisation économique qui représente toutes les branches d’activités où des cadres sont employés. En cette année anniversaire consacrée au leadership, l’ASC a engagé pour la première fois une femme, de moins de 40 ans, à sa tête en Suisse romande, Claire-Lise Rimaz (ici entourée de William Gargiullo, à gauche, et Philippe Meyer, du Geneva Centre for Security Policy). «Il est vrai que l’association est majoritairement masculine, souligne cette dernière, qui se réjouit de cette ouverture d’esprit face à la réalité du monde du travail. Nous avons une volonté de développer la part des femmes et des plus jeunes dans l’association. Pour tout ce qu’ils ont à apporter mais aussi afin que les générations puissent apprendre à se comprendre. C’est l’un de nos objectifs majeurs dans ces prochains mois en plus de l’ensemble des prestations que nous offrons à nos membres».