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Elles dépoussièrent la mort

Blonay Deux amies entrepreneuses proposent des pierres tombales en ardoise personnalisables. Leur objectif: offrir une alternative moins coûteuse et plus intime aux proches endeuillés. Rencontre avec deux mères de famille qui veulent démocratiser et égayer un business tabou.

sabelle Visinand (à g.) à côté de la tombe de Maggy, sa maman, avec Florence Hunacek: c'est dans le deuil que leur start-up est née.  A.Juillard

Amit Juillard

Quand vient l'heure de choisir la pierre tombale de sa mère en 2009, Isabelle Visinand est désemparée. «C'était trop cher et ça ne me convenait pas. J'avais besoin d'y mettre quelque chose de moi, d'elle.» Alors elle décide de la créer. Son frère possède une ardoise dans sa cave. Ce sera la «décoration du souvenir» de leur maman. «Elle adorait David Bowie et c'est devenu évident qu'il fallait apposer une phrase de lui dessus.» Plus précisément les paroles de la chanson «Space Oddity». «Celle où il sort de sa capsule dans l'espace, sourit-elle. Si j'imagine ce qu'est la mort, j'imagine ça. J'aime l'imaginer flotter parmi les étoiles.»

Il y a deux ans, elle montre le résultat final à sa voisine et amie Florence Hunacek, spécialiste en communication. L'idée de leur start-up consacrée aux pierres tombales originales en ardoise naît. «M'ennuyant un peu dans mon job, j'ai fait une analyse du marché et créé un sondage, se souvient Florence Hunacek, aujourd'hui indépendante. C'est un domaine sensible, mais les gens ont participé. La grande majorité souhaitait une alternative aux possibilités existantes.» Elles font le pas en septembre 2018. Le nom de leur nouvelle entreprise: «Maggy», comme le prénom de leurs deux mères. «La mienne est toujours en vie», s'empresse de préciser Florence Hunacek.

Pierre tombale low-cost

Concrètement, les deux blonaysannes proposent à leurs clients de personnaliser une ardoise à bas coût, à partir de 600 frs. «Les cimetières sont plutôt tristes, c'est toujours la même chose, déplore Isabelle Visinand, par ailleurs directrice de crèche à Vevey depuis 22 ans et secrétaire de la Société de développement de Blonay-Les Pléiades. Souvent, les gens voudraient écrire davantage sur la pierre tombale mais se restreignent par manque de moyens financiers.» Elles leur proposent par exemple de graver leurs mots manuscrits dans la roche. Ou de créer une sorte de livre d'or, avec des inscriptions qui disparaissent avec le temps. Reprendre une phrase écrite de la main du défunt – «avant sa mort, évidemment» – est aussi une possibilité.

La production se veut la plus locale possible. Le fournisseur habite à Montreux et s'approvisionne dans le nord de l'Espagne. Le graveur est de Bulle, la peinture se pose à Puidoux, le perçage se fait à Vevey. «Vive internet! Nous les avons tous trouvés en ligne, à part le graveur, qui avait un stand à la foire de la Saint-Martin», détaille Florence Hunacek.

Tabou sur les réseaux.

Aujourd'hui, les deux mères de famille – «jamais contre un apéro le week-end» – attendent leur première vente. «C'est une démarche qui prend du temps, souligne Isabelle Visinand. On n'achète pas un t-shirt, nous touchons au domaine du deuil, que nous bousculons un peu et qui demande à être dépoussiéré.» Pour se démarquer, elles communiquent notamment sur les réseaux sociaux. «C'est un sujet tabou, mais on peut en parler de manière joyeuse, assure Florence Hunacek. C'est difficile parce que les gens doivent s'imaginer vivre la perte d'un proche, ils ont l'impression que c'est presque contagieux, que ça pourrait porter malheur. Mais c'est important d'en parler. C'est ce que nous proposons aux gens, nous les accompagnons.»

Plus d'informations sur www.maggy.cloud

Date:13.12.2018
Parution: 929

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