Télécharger
l’édition n°929
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

A petits pas vers des vignes bio

Chardonne Des élus appellent à traiter les vignes communales en bio. D'autres communes ont déjà entamé cette démarche, comme Pully et Vevey, ou étudient la possibilité, comme la Tour-de-Peilz. L'exemple du domaine des Faverges à St-Saphorin – 6,6 hectares avec le label Bio Suisse – est concluant.

Les traitements chimiques dans les vignes communales sont de plus en plus décriés. O. Bingelli

Priska Hess

«Est-il au programme d'éliminer complètement les pesticides de synthèse pour les vignes appartenant à la commune, pour passer au bio et garantir ainsi une agriculture véritablement durable pour les prochaines générations?». La question, timidement posée par la jeune Zoé Philipona (Chardonne sans Parti) en fin de Conseil communal, le 7 décembre, a presque fait l'effet d'un pavé dans la mare, suscitant un bref brouhaha assorti de quelques sourires dubitatifs. «Aujourd'hui, nous travaillons en production intégrée, qui implique déjà un respect important de l'environnement», souligne le syndic Fabrice Neyroud, sceptique. Avant qu'Emmanuelle Besson Verdan (Groupement des Citoyens Indépendants de Chardonne) ne revienne à la charge: «Ce qui se joue, c'est la transition écologique».

Vevey et La Tour en route

Citée en exemple, la commune de Pully, qui investira 80'000 frs pour bannir progressivement dans son vignoble l'usage du glyphosate, herbicide controversé, et testera la viticulture biologique sur 20 % de sa surface, sur trois à cinq ans. Sous l'impulsion d'élus, d'autres communes encore font des pas en direction du bio. A la Tour-de-Peilz, la Municipalité a promis «d'étudier soigneusement» la reconversion en agriculture biologique du vignoble propriété de la Ville, tout en soulignant: «Cela ne pourra pas se faire dans un délai court et sans impact notoire sur le rendement et les coûts». La Municipalité de Vevey s'est quant à elle engagée en 2017 à «soutenir la reconversion de son vignoble, afin de proposer à moyen terme des vins labellisés bio». Alors que 6,6 hectares du vignoble appartenant à l'Etat de Fribourg à St-Saphorin le sont déjà depuis 2015.

Du presque bio par hélico

Ces exemples feront-ils mouche? «Une discussion doit avoir lieu au sein de la Municipalité. Mais pour l'instant, en tant que professionnel de la vigne et comme syndic, je défends la production intégrée, explique Fabrice Neyroud. Il me semble important de pouvoir garder quelques touches de produits chimiques de synthèse, notamment en période de fortes précipitations, comme en 2016, pour éviter de perdre une grande partie de la récolte. Jusqu'ici, nos vignes étaient presque chaque année bénéficiaires, mais si l'on passe en bio, il faudra accepter de prendre un risque financier et qu'elles coûtent à la collectivité». Responsable des traitements par hélicoptère, le vigneron-encaveur Jean-Paul Forestier rappelle pour sa part: «Depuis trois ans, tous les traitements par voie aérienne se font sans produits de synthèse. Et les vignerons de Chardonne ont conscience qu'il faut préserver autant que possible l'environnement. Le bio, on y viendra peut-être, mais on ne peut pas changer un domaine du jour au lendemain.»

Date:13.12.2018
Parution: 929

Bilan concluant à St-Saphorin

Moins efficaces, les produits bios? «Il est vrai que les produits chimiques de synthèse sont moins dépendants des précipitations car ils pénètrent dans la plante, alors que les produits bios n’agissent que sur les parties de la plante avec lesquelles ils sont en contact. Ces derniers sont aussi plus sensibles au lessivage par la pluie, si bien qu’après de fortes précipitations on doit parfois renouveler leur application», explique Gérald Vallélian. Cela n’a pas empêché ce vigneron-œnologue de se spécialiser dans la production de vins biologiques au sein du Domaine des Faverges à St-Saphorin, propriété de l’Etat de Fribourg. Les 6,6 hectares qu’il cultive ont obtenu le label bourgeon Bio Suisse en 2015, mais processus de reconversion a été entamé en 2013. L’autre partie de ce domaine, soit 8,8 hectares, est quant à elle cultivée depuis quatre générations en production intégrée par un autre exploitant. Pour Peter Maeder, administrateur du vignoble de l’Etat de Fribourg, le bilan est clair: «Il est absolument possible de travailler les vignes de Lavaux selon les méthodes biologiques. Et si nous comparons la moyenne des six récoltes entre les deux exploitations, le rendement est juste légèrement inférieur dans la culture bio entre 5 et 10% au maximum».

Dans ce dossier

Documents

En images

Vidéo
Documents audio