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« Avoir un travail m'évite de tourner en boucle »

littérature Décernée pour la quatrième année, la bourse à la création littéraire de la Ville de Lausanne, dotée d'un montant de 10'000 frs, revient à l'auteure lausannoise Julie Guinand. Le jury a été séduit par sa plume «sensible et franche», ainsi que la pertinence et l'ambition de son projet de saga mettant en scène quatre femmes d'une même famille sur quatre générations, des années 1930 à nos jours. Rencontre.

« Avoir un travail m'évite de tourner en boucle »

Magaly Mavilia

Outre l'écriture, à laquelle elle se consacre depuis six ans, Julie Guinand est également violoniste au sein de l'Orchestre Symphonique et Universitaire de Lausanne. Mais surtout, cette artiste de 29 ans travaille depuis deux ans comme auxiliaire dans une crèche. «Les enfants sont un excellent exercice pour rester au présent et penser à autre chose qu'aux personnages de mon livre», confie-t-elle. Rencontre avec l'auteure de «Les saisons comme elles viennent», dont la parution est prévue pour l'an prochain.

Quel est le premier mot que vous avez prononcé à l'annonce de l'attribution de cette bourse ?

> Woaw. La bourse récompense un projet en cours d'écriture. Mon roman avance lentement car j'ai un travail à côté. Après trois ans d'écriture, j'arrive justement à un stade où j'ai besoin de prendre un peu plus de temps. Une bourse comme celle-ci va me permettre de réduire mon pourcentage pour terminer mon livre et le soumettre dès l'année prochaine à un éditeur.

Travailler et écrire de front, c'est possible ?

> C'est une question de dosage. Pour moi, il est important d'avoir un travail à côté. Cela nourrit mon imagination et me donne une prise sur le réel. Je travaille depuis deux ans dans une crèche et les enfants sont un excellent exercice pour rester au présent et penser à autre chose qu'aux personnages de son livre. Cela m'évite de tourner en boucle. Mais à ce stade de l'écriture avec 60% d'activité professionnelle, cela devenait un peu difficile.

Pourquoi le temps est-il si nécessaire pour la création ?

> La maturation est importante. Surtout pour un roman je pense. Jusqu'ici je n'ai écrit que des nouvelles. Depuis trois ans, je suis dans un processus de longue haleine. C'est très prenant et j'ai besoin de pouvoir laisser grandir cet univers en soi à son propre rythme. D'avoir de longues plages pour écrire.

Quel est le thème de votre livre ?

> C'est une saga familiale qui raconte la vie de quatre femmes d'une même famille sur quatre générations différentes. On suit la vie de ces femmes sur une année avec un chapitre par saison. Cela raconte leur quotidien, les liens qui se jouent entre elles. Le roman interroge les relations familiales, la notion de mémoire, l'idée de la transmission aux générations qui viennent après nous.

Un roman autobiographique ?

> Le roman ne se veut pas autobiographie mais met en lumière certains mécanismes familiaux face à la perte d'une être cher. Je viens d'une famille nombreuse. J'ai deux sœurs, un frère et quantité d'oncles, de tantes et de neveux. La genèse de ce livre a commencé il y a quelques années lorsque ma grand-maman est décédée. C'était une voix très importante pour moi qui s'éteignait.

Un hommage à votre grand-maman ?

> C'est l'une des seules personnes qui me rattachait à une époque que je n'ai pas connue. La Chaux-de-Fonds dans les années 30. Ma grand-maman faisait le lien entre toutes les générations. Le thème du roman est aussi de confronter ce que l'on perd lorsqu'une figure familiale aussi importante n'est plus. C'était une figure centrale, le noyau familial. A partir de là, comment réinventer les relations familiales une fois que cet équilibre est bouleversé ?

D'où vient votre envie d'écriture ?

> J'ai toujours voulu écrire. Lors de mes études universitaires en littérature française et histoire de l'art, j'ai mis un temps de côté l'écriture créative au profit de l'écriture académique qui est aussi très stimulante. Mais les deux ne sont pas conciliables pour moi et au lieu de faire une thèse, j'ai choisi l'écriture. Plus précisément lors d'un voyage en Asie après mes études. J'ai eu l'envie de donner du temps pour écrire un livre et à partir de là, voir où cela me menait. Je n'étais pas certaine d'y arriver mais depuis six ans, je n'ai pas arrêté d'écrire.

Date:13.12.2018
Parution: 929

Fondatrice du collectif l'AJAR

Née en 1989 à la Chaux-de-Fonds, résidant à Lausanne depuis quatre ans, Julie Guinand est titulaire d'un Master en Littérature et Histoire de l'art de l'Université de Neuchâtel. Elle est membre fondatrice de l'AJAR (collectif de jeunes auteur-e-s romandes et romands), avec lequel elle signe en 2017 le roman collectif «Vivre près des tilleuls» aux éditions» (Flammarion). Elle a publié en 2016 un recueil de nouvelles intitulé «Dérives asiatiques» aux éditions d'autre part et une novella, «Hors-la-loi», chez Paulette Editrice. Violoniste, elle est membre de l'OSUL (Orchestre Symphonique et Universitaire de Lausanne). Depuis deux ans, elle travaille comme auxiliaire de crèche tout en se consacrant à l'écriture.

Un jury d'artistes

La commission d'attribution de la Bourse 2018 était constituée de Frédéric Sardet, chef du service Bibliothèques & Archives de la Ville de Lausanne, de la déléguée à la politique du livre Isabelle Falconnier, ainsi que de deux membres externes. Soit, pour cette édition, Sophie Gardaz, directrice du Petit Théâtre à Lausanne, et Lionel Baier, cinéaste et responsable du Département Cinéma de l'ECAL.

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