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Fêtes de fin d'année Bougies à la cannelle, grelots, calendrier de l'Avent, sapins enguirlandés et cadeaux: pas de doute, Noël arrive. Une fête qui se célèbre dans de nombreux pays du monde, assortie de son cortège de traditions. Mais les coutumes ne sont pas les mêmes au Chili, en Moldavie ou en Erythrée par exemple, beaucoup sont propres à la contrée dans laquelle on se trouve. Des symboles, comme le père Noël, peuvent aussi s'adapter à une tout autre culture. En Iran, par exemple, c'est son jumeau, le Baba Norouz, qui distribue des cadeaux au premier jour de l'an. Et lorsque l'on arrive en Suisse avec son bagage culturel propre ou une autre religion que le christianisme, que garde-t-on de ses traditions et qu'adopte-t-on des usages helvétiques? Tour d'horizon coloré et vivant des fêtes d'ici et d'ailleurs, avec le concours des élèves des cours de français de la Maison du Monde de Monthey et de quelques autres.

«Pour moi, décembre est le plus beau mois de l'année. Je me renseigne sur tout ce qui se passe dans la région, il y a un programme pour chaque jour», s'enthousiasme Zana Kalezic. Cette maman originaire du Monténégro a été élevée dans la religion orthodoxe. Mais en véritable adepte des fêtes, elle intègre avec plaisir les traditions du lieu où elle se trouve, tout en conservant les siennes. «Nous vivons ici en Suisse, alors nous célébrons deux Noëls. Le premier, c'est le catholique, le 25 décembre. Le second, c'est le Noël orthodoxe, le 7 janvier, car nous nous basons sur le calendrier julien», précise-t-elle. À noter que dans certains pays, comme la Grèce, la Roumanie, la Bulgarie ou encore la Pologne, l'église orthodoxe a adopté le calendrier grégorien, Noël y est donc célébré le 25 décembre. «Au Monténégro, reprend Zana, nous ne nous offrons pas de cadeaux à cette occasion. Mais ici, j'adore en faire à ma famille, mes amis et mes collègues!»

Quant aux coutumes propres à son pays lors des fêtes de Noël, Zana en énumère deux: «Lorsque l'on s'appelle au téléphone par exemple, la première chose que l'on dit est: «Christ est né» et l'interlocuteur répond: «La vérité est née». Enfin, le 7 janvier, il est très important que la première personne qui entre dans la maison soit un garçon ou un homme, c'est un signe de chance pour l'année à venir.»

C'est aussi le cas en Russie, confirme Zareta Mitieva: «Ce sont encore des sociétés patriarcales, c'est pour ça que la visite d'un garçon porte bonheur», relève-t-elle. Cette Tchétchène d'origine raconte: «Là-bas, pour Noël, on installe un grand sapin de 10 à 15 mètres de haut dans chaque ville et chaque village.» Venue de Moldavie, Valentina Dussex renchérit: «Ici, il y a aussi des sapins sur les places publiques, mais ce n'est pas pareil. Chez nous, ce sont de véritables lieux de réunion. Tout le monde s'y retrouve pour chanter et danser. Et si les enfants récitent un poème, ils reçoivent des bonbons, des peluches ou des poupées. Le soir, des concerts y sont organisés.»

«Cocorico!»

Au Chili, Noël tombe en plein été, hémisphère sud oblige. Mabel Hutchinson relate: «Le 24, les Chiliens fêtent un peu comme les Suisses, ils soupent en famille et déposent les cadeaux sous le sapin pour que les enfants les trouvent au matin. Ensuite, ils se rendent à la messe de minuit, baptisée «messe du coq», «misa del Gallo», en espagnol.» Au Portugal et en Espagne aussi, cette appellation particulière est utilisée pour la célébration nocturne. D'après une croyance répandue dans le sud de l'Europe et l'Amérique latine, le coq aurait, par son chant, été le premier à annoncer la naissance de Jésus.

«Le 25, tout le monde a congé, reprend Mabel. Alors, comme il fait beau et chaud, nous allons au bord de la mer, des lacs ou des rivières, pour faire des grillades. De la viande, chez nous, il y en a toujours assez.» Pas de vin chaud sous ces latitudes, mais de la sangria à la chilienne, ajoute-t-elle: «Soit nous mettons des fraises dans du vin blanc bien frais, soit nous évidons un melon que nous remplissons de vin blanc et buvons à même le fruit. C'est délicieux!»

Au Portugal, le repas partagé en famille au soir du 24 décembre vient conforter la légende voulant que les autochtones aient inventé 365 façons d'apprêter «le bacalhau», soit une par jour. Noël ne fait pas exception, décrit Elisabeth Alves: «Nous mangeons de la morue avec des patates et des choux. Pour le dessert, nous préparons beaucoup de gâteaux et de pâtisseries portugaises.»

Pas de fêtes sans bonne pitance

Plus à l'Est, Valentina évoque un plat à ne jamais oublier en Moldavie: «C'est obligatoire lors de toutes les fêtes, à Noël, mais encore plus à Nouvel An. S'il n'y en a pas, tu rates toute ton année! Ici, vous l'appelez salade russe, mais nous nous l'appelons salade Olivier». Si plusieurs variantes existent aujourd'hui de par le monde, la recette originale est attribuée au chef russe d'origine franco-belge Lucien Olivier, propriétaire du fameux restaurant l'Ermitage, au centre de Moscou. Jalousement gardé, le secret des composants de sa salade n'aurait été divulgué qu'à sa mort, en 1883. Les becs à sucre ne sont pas oubliés non plus lors du passage à la nouvelle année, reprend Valentina: «Nous préparons un plat à base de miel, de blé, de pavot et de noix. Chaque invité doit en manger au moins un petit peu, c'est la tradition.»

En Erythrée, la boisson typique de Noël est le Sowa, une sorte de bière à base d'orge. «Nous la préparons en famille, explique Mesgana Tekie. À l'extérieur, nous faisons chauffer sur le feu un mélange de farine et d'eau, puis nous laissons reposer ce mélange dans des bidons à la maison pendant environ une semaine, pour que la boisson fermente. Impossible de le faire en Suisse, car avec la température du pays, ça ne fonctionne pas!» Pour ce qui est de la nourriture, à Noël, les Erythréens dégustent notamment de l'agneau en sauce, accompagné de galettes baptisées injeras, à base de teff, une céréale originaire des hauts-plateaux d'Erythrée et d'Ethiopie. Ces crêpes sont caractéristiques des régions de l'Afrique de l'Est.

Les enfants mettent tout le monde d'accord

Jiandan Dong vient de Chine: «Là-bas, c'est le Nouvel An qui est très important, on s'habille bien, on s'offre des cadeaux et on se retrouve en famille pour déguster des spécialités chinoises. Mais les bouddhistes ne célèbrent pas Noël, raconte-t-il. Depuis que je suis en Suisse, j'essaie de m'y mettre un peu, avec le sapin et les cadeaux, car j'ai deux enfants de 16 et 14 ans.»

Récemment arrivée d'Irak, Shilan Haji se familiarise doucement avec les fêtes de fin d'année helvétiques: «Je vais au marché de Noël avec mes enfants, c'est très joli. Je ne décore pas de sapin à la maison, mais ma mère le fait. Elle vit ici depuis 18 ans. À Noël, elle invite toute la famille à partager un repas chez elle.» Palestinien d'origine né en Irak, Nashaat Al Hassan a, lui, une raison bien particulière de se réjouir: «Ma fille est née dans la nuit du 24 au 25 décembre, alors on fait la fête à la maison, un peu pour Noël et un peu pour son anniversaire», sourit-il. Iranienne, Narges Baniasadi a adopté plusieurs coutumes de son pays d'accueil: «L'année dernière, pour Noël, nous avons décoré un sapin et invité les membres de notre famille qui vivent ici. Nous nous offrons aussi des cadeaux.» Rim Abassi, elle, vient de Tunisie: «Je ne fête pas Noël, indique-t-elle, je prépare juste un petit gâteau pour le Nouvel An. Quand je suis arrivée ici, ça ne m'a pas paru bizarre de découvrir les habitudes suisses lors des fêtes, chaque pays a ses traditions, tout simplement.»

Textes et photos: Valérie Passello

Date:20.12.2018
Parution: 930

Comme un air de Père Noël

En Iran, la population vit au rythme du calendrier persan. Une petite minorité chrétienne, moins de 1% des habitants, célèbre Noël le 25 décembre. Le Nouvel An, appelé Norouz, est beaucoup plus populaire et s'adresse à tous. L'événement est d'ailleurs classé au patrimoine culturel immatériel mondial de l'UNESCO depuis 2010. Narges Baniasadi décrit: «Chez nous, l'année commence au premier jour du printemps, le 21 mars. Et nous avons aussi notre Père Noël, qui ressemble beaucoup au vôtre, il s'appelle «Baba Norouz», ce qui veut dire Papa Nouvel An. C'est une tradition typiquement iranienne et afghane.» Autre personnage emblématique, «Hadji Firouz», vêtu de rouge et le visage peint en noir, parcourt les rues et joue du tambourin pour semer la liesse de l'an neuf en quémandant quelques pièces aux passants. Baba Norouz, à l'instar de son jumeau occidental, offre des cadeaux aux enfants. Les deux compagnons (photo: DR) peuvent être vus ensemble ou séparément.

Costume blanc pour nuit blanche

En Erythrée, environ la moitié de la population est chrétienne, rattachée à l'église orthodoxe, pour la plus grande partie. C'est le cas de Honok Abodom, Sara Welday, Yohana Gebrkrestos, Elsa Gebresselassie et Letekidn Mehri. Mesgana Tekie, elle, est catholique, mais, explique-t-elle: «Pour tous les chrétiens d'Erythrée, Noël se célèbre à la même date, le 7 janvier.» Sara décrit: «C'est une occasion pour tous les membres de la famille de porter des habits traditionnels, tout le monde est vêtu de blanc. Les femmes se tressent les cheveux, c'est une coiffure de fête» (photo: S. Welday). Honok reprend: «À deux heures du matin, tout le monde se retrouve à l'église pour prier et chanter des chants traditionnels durant toute la nuit. Enfin, nous rentrons à la maison, où nous nous retrouvons en famille pour le repas de midi. Nous buvons et mangeons ensemble, en écoutant de la musique tigrigna et des chants religieux.»

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