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47e Prix de Lausanne: le sacerdoce du danseur

Culture Du 3 au 10 février, le Théâtre de Beaulieu verra se mesurer huitante jeunes danseurs internationaux, à l'occasion du 47e Prix de Lausanne. C'est l'un des plus prestigieux concours de danse classique et contemporaine au monde, aux débouchés très attractifs. Les huit meilleurs décrochent une bourse pour une école de danse mondialement réputée ou une place dans une compagnie prestigieuse. Un objectif majeur pour ces adolescents qui ont choisi de consacrer leur vie à la danse, au prix de nombreux sacrifices. A quelques jours de l'événement, deux d'entre eux, le japonais Ryota Kitai, et le bulgare Georgi Kapitanski, tous deux âgés de 18 ans, dévoilent au Régional leurs attentes et expliquent comment ils gèrent la pression.

Bettina Stoess

Daniella Gorbunova

La capitale vaudoise s'apprête à vibrer au rythme du 47e Prix de Lausanne. Du 3 au 10 février 2019, huitante jeunes danseurs, âgés de quinze à dix-huit ans, viendront tenter leur chance au Théâtre de Beaulieu. Au programme: du ballet, mais aussi de la danse contemporaine dans le cadre d'une compétition mondialement réputée. Avec à la clef, des opportunités alléchantes pour ces adolescents passionnés et talentueux. «Le but principal est d'évaluer le potentiel d'un jeune danseur qui pourrait devenir un danseur professionnel, explique Kathryn Bradney, ancienne première danseuse chez Maurice Béjart et, depuis 2018, directrice artistique du Prix de Lausanne. Au départ, nous sélectionnons huitante candidats par le biais de vidéos. Ensuite, vingt finalistes sont choisis. Lors de la grande finale, les huit meilleurs candidats reçoivent une bourse pour une école de danse mondialement réputée ou une place dans une compagnie prestigieuse, selon leur âge». Des débouchés très attractifs qui attirent des jeunes de plus de vingt pays différents, de l'Argentine à la Nouvelle Zélande, en passant par la Corée du Sud. Tout cela sous l'œil d'un jury des plus respectables, avec, en tête, Carlos Acosta, grand lauréat du Prix de Lausanne de 1990 et Commandeur de l'ordre de l'Empire britannique, haut grade du système honorifique anglais. Cependant, aucun compétiteur d'origine Helvète n'est présent sur la liste de cette année, ce que déplorent les organisateurs. Même si certains participants résident en Suisse allemande et y fréquentent des écoles de danse depuis des années.

Objectif: décrocher un contrat

Cet art si gracieux, d'apparence si légère qu'est la danse demande parfois de grands sacrifices. Certains doivent ainsi renoncer à leur jeunesse, parfois même quitter leur famille à un très jeune âge. Exemple avec Ryota Kitai, qui n'a que dix-huit ans et a déjà vécu au Japon, à Hong-Kong, en Allemagne. A l'âge de quinze ans, il pose ses bagages à Zurich. Avec pour but de poursuivre sa vocation à l'académie de danse de la grande ville suisse alémanique. «J'ai commencé à danser lorsque j'avais trois ans. Cela s'est produit car j'accompagnais ma mère à ses cours de ballet, ce qui pour elle était un hobby. J'ai toujours adoré regarder ses entrainements. Puis, un jour, le professeur me proposa d'essayer».

Bien que séparé de sa famille depuis trois ans maintenant, Ryota ne regrette en rien son choix de vie et compte bien continuer à se consacrer entièrement à son art: «Ce que j'aime particulièrement dans la danse, c'est la satisfaction que je peux en tirer. La danse donne la possibilité de s'améliorer à chaque entraînement et de constater ses propres progrès». Arrivant au terme de ses études à l'académie zurichoise, le jeune homme voit dans le prix lausannois une occasion d'assurer son avenir: «C'est une grande opportunité pour trouver du travail, par exemple. Mais cela va également me permettre de rencontrer d'autres personnes de mon âge, qui mènent une vie similaire à la mienne. Si, à l'avenir, je rêve de devenir le danseur vedette d'une compagnie, mon objectif immédiat est de décrocher un contrat grâce au Prix de Lausanne».

Comment diminuer le stress

La danse est un métier où l'on fait carrière précocement. Pour nombre de ces jeunes participants, le concours représente une véritable porte d'entrée dans le monde professionnel. Ou un accès financé à une grande école. Autrement dit, le stress est au rendez-vous. Ryota Kitai en témoigne: «Evidemment, je suis sous pression. J'ai envie de faire de mon mieux. Et pour diminuer le stress, la meilleure solution est de s'entraîner le plus possible, faire son maximum».

Si, dans un tel cadre, supprimer l'aspect compétitif est illusoire, Kathryn Bradney œuvre néanmoins à l'adoucir: «Nous faisons tout pour mettre les candidats le plus à l'aise possible. Nous avons un staff médical à disposition, nous mettons également en place des ateliers qui ont pour but d'aider les participants à gérer le stress. Nous essayons de leur expliquer qu'il faut appréhender cette expérience comme un atelier, un workshop. Au final, ils sont tous gagnants. S'ils ne remportent pas le premier prix, ils peuvent tout de même se faire remarquer par nos partenaires, présents toute la semaine. En effet, la plupart des participants reçoivent une proposition pour intégrer une école à la suite du concours, peu importe le classement».

Infos pratiques: www.prixdelausanne.org


Georgi Kapitanski: "La danse, c'est mille fois plus qu'une profession"
Georgi Kapitanski a dix-huit ans. Il est né à Sofia, en Bulgarie. Désormais étudiant dans une académie de danse bâloise, il a la ferme intention d'accomplir son rêve: danser en tant que professionnel.


Comment la danse est-elle devenue votre passion, voire votre choix de carrière?

> Pour moi, tout a commencé en 2011, dans un studio de ballet. J'ai pris part à une audition pour l'école de ballet de Sofia et, dès lors, la danse est devenue ma passion. Et c'est en effet ce que je souhaite faire de façon professionnelle. Bien que, de fait, le ballet n'ait pas été un rêve d'enfant pour moi. A cette époque-là, c'étaient plutôt les arts visuels, le dessin. D'ailleurs, il m'arrive encore de dessiner, cela me permet de me détendre. Actuellement, j'étudie à la Ballettschule Theater de Bâle. Depuis que j'ai commencé à danser, j'ai également eu l'opportunité de voyager. Et cela m'a permis de faire face à beaucoup de situations, de cultures différentes, ce que je considère comme étant un très grand avantage. D'autant plus pour un danseur, car l'on peut se développer, apprendre grâce aux autres. Ici, à Bâle, je suis également très chanceux d'être entouré par des professeurs incroyables qui contribuent chaque jour à mon développement personnel et artistique. Et qui m'ont permis d'accéder au Prix de Lausanne.

Pourquoi êtes-vous tombé amoureux du ballet?

> Cette discipline m'a passionné pour de nombreuses raisons. Notamment l'énergie positive que procure la danse en soi, ainsi que le soutien des spectateurs, sont inestimables. Mais, selon moi, la plus belle chose reste le développement de soi à travers le ballet. De fait, réellement aimer la danse et lui consacrer toute son énergie apportent un grand sentiment d'accomplissement de soi. La danse n'est pas une profession ordinaire, c'est mille fois plus que cela.

Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter au Prix de Lausanne et qu'attendez-vous de ce concours?

> En 2018, j'ai participé au Concours international de ballet de Varna (réd: en Bulgarie). Tout de suite après, j'y ai beaucoup repensé. J'ai réfléchi à ce que cela m'avait apporté, au niveau de l'entraînement entre autres. Et cette expérience a été très constructive. C'est grâce à cela que l'idée de me présenter au Prix de Lausanne est née. De plus, ce dernier est l'un des concours de ballet les plus reconnus au monde. Cela a évidemment de quoi éveiller l'intérêt de tout jeune danseur qui rêve de faire carrière dans le domaine, moi y compris.

Etes-vous anxieux à l'approche du concours et si oui, comment gérez-vous le stress?

> A vrai dire, la peur est un sentiment qui ne m'est pas très familier, anxieux ne serait donc pas le bon terme. Bien sûr, il y a toujours un petit moment de stress juste avant de monter sur scène, je pense que tout danseur peut se reconnaître là-dedans. Mais ce n'est pas de l'angoisse, plutôt de l'excitation! Je me réjouis beaucoup de cette aventure, de rencontrer d'autres jeunes danseurs tout aussi passionnés que moi. Il me tarde aussi de rencontrer les professeurs de renom qui, j'en suis sûr, m'apporteront beaucoup et me permettront d'évoluer. Dans tous les cas, je ne doute pas du fait que ce sera une expérience géniale.

Quels sont vos prochains défis et comment voyez-vous l'avenir?

> Quant à mon futur proche, la compétition reste ma première priorité. J'espère aussi qu'elle m'apportera des options intéressantes pour l'avenir, car les opportunités que l'on peut tirer d'un concours de ballet sont souvent très attractives. Autrement, j'ai beaucoup de projets en ce qui concerne mes entraînements, mon développement en tant que danseur, et j'y travaille tous les jours d'arrache-pied.

Date:24.01.2019
Parution: 933

Le Prix de Lausanne aussi à Tokyo et Moscou

Le prix de Lausanne est né en 1972, non pas en Suisse romande, mais à Cannes. Philippe Braunschweig, industriel philanthrope originaire de la Chaux-de-Fonds, eut l'idée de créer un concours pour jeunes danseurs. Avec le soutien de la Royal Ballet School de Londres, l'événement prit place, pour la première fois, cette même année dans la capitale vaudoise. Depuis, d'année en année, le concours n'a cessé de rencontrer des succès fulgurants - jusqu'à être exporté à Tokyo en 1989, puis à Moscou en 1995. Actuellement, l'organisation compte parmi ses partenaires de grandes écoles du monde entier, dont l'Académie de Danse Vaganova de Saint-Pétersbourg, et l'école de danse du Ballet de l'Opéra national de Paris.

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