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«Les WC ne sont pas une déchetterie»

Oron Sise à Ecublens, la STEP de La Verna dessert la Veveyse (FR), Oron et la Glâne. Elle a enfin reçu le feu vert pour s'agrandir. Un investissement de près de 30 millions pour une capacité de 45'000 équivalents-habitants, incluant le traitement des micropolluants rejetés dans les eaux usées. Explications.

Les travaux d'agrandissement de la STEP de La Verna dureront du printemps 2019 à début 2022.DR

Magaly Mavilia

Si l'industrie produit une partie des micropolluants, ce sont surtout les humains qui sont responsables, par ignorance ou négligence, de la présence de ces indésirables dans les eaux usées. Leurs provenances est étonnante: «La presse fait tout un foin avec la pilule contraceptive, observe Frédéric Sonney, responsable d'exploitation de la STEP de La Verna, mais la plupart des gens ne savent pas que la caféine ou les édulcorants et en particulier le cyclamate des boissons à la mode sont des micropolluants très présents dans les eaux que nous traitons».

Si les autorités font de plus en plus d'efforts pour communiquer à ce sujet, notamment dans leurs bulletins tous ménages, la liste de ces produits toxiques est longue comme un jour sans pain et la Confédération en recense des centaines. Comment s'y retrouver sans y perdre son latin? En privilégiant les matériaux, les traitements médicaux et les produits cosmétiques et de nettoyage les plus naturels possible. «Lors des visites scolaires, c'est ce que j'essaie de faire comprendre aux enfants, relève Frédéric Sonney. Les produits chimiques affectent tout autant notre santé que celle de l'eau et il faut en être conscients dans nos choix de consommation».

Au charbon actif

Selon l'activité des régions - industries ou pas -, les nouvelles exigences fédérales et cantonales ne sont pas les mêmes. «A Ecublens, nous devons éliminer le 80% de 12 micropolluants de référence qui proviennent essentiellement des eaux domestiques car nous avons peu d'industries dans la région», précise le spécialiste. L'élimination des micropolluants demande un procédé particulier et des cuves distinctes (voir encadré). La majeure partie des matières présentes dans les eaux usées sont d'origine organique et peuvent être traitées de façon naturelle grâce à des micro-organismes qui s'en nourrissent. Mais les micropolluants, qui sont des matières de synthèse, leur sont indigestes. C'est donc le charbon actif qui prend le relais.

Stop aux lingettes humides

«Ce que l'on voit arriver à la STEP est aberrant. Les WC ne sont pas une déchetterie», s'indigne Frédéric Sonney. Cela représente, entre autres, plus de 50 tonnes par année de lingettes humides et autres tissus. «Le consommateur ne se rend pas compte, mais c'est toute la collectivité qui paie pour ces déchets. Chacun doit se responsabiliser». L'impact est financier mais aussi environnemental. Chaque année, plus de 1'100 tonnes de boue déshydratée ne peuvent être recyclées et doivent être brûlées. «A l'heure actuelle, leur traitement serait techniquement possible mais pour un coût beaucoup trop élevé. Ce ne serait pas du tout rentable», précise le responsable d'exploitation. Le solde des déchets est en revanche rentable puisqu'il est utilisé pour produire le 70% de l'électricité consommée par la STEP de La Verna et le 100% du chauffage dont une grande partie est utilisée pour traiter à nouveau les eaux.

Date:31.01.2019
Parution: 934

Cinq ans d'attente

Espéré depuis 2013, l'agrandissement de la STEP de La Verna trouve enfin son épilogue et les travaux vont pouvoir démarrer dès les beaux jours. Le projet avait en effet été bloqué par le moratoire de la Loi sur l'aménagement du territoire (LAT). «Malgré ce qu'on l'on pense, une STEP n'est pas considérée d'utilité publique, comme les écoles par exemple et ne bénéfice pas d'un traitement d'urgence comme les hôpitaux», regrette Christian Rouiller, président du comité de direction. Une situation d'autant plus regrettable qu'elle avait causé, en 2016, la pollution de la rivière La Broye (voir Le Régional 830). «Mais si la LAT a joué en notre défaveur, elle pourrait cette fois nous êtres favorables, se réjouit Christian Rouiller. La capacité de la STEP a été planifiée pour 45'000 équivalents habitants. Or, les restrictions de construire risque de faire baisser l'expansion démographique.»

D'une surface de 16'700 m2, la STEP va s'étendre sur 22'000 m2 et accueillir des bassins supplémentaires pour le traitement des micropolluants pour lequel elle bénéficiera de subventions. Les travaux sont devisés à près de 30 millions et dureront du printemps 2019 à début 2022. En attendant, la STEP reste en activité.

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