Télécharger
l’édition n°934
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

Les corneilles croissent et font jaser

La Tour-de-Peilz Des dizaines de corneilles ont pris leurs aises au Jardin Roussy, semblent indélogeables et s'illustrent par différentes incivilités: arrachage de plantes, dégâts sur des toits, nuisances sonores, attaques de chats... Mais le principal reproche est qu'elles seraient responsables de l'apparente disparition des passereaux. A juste titre? Petite enquête entre une propriétaire qui se démène, une mystérieuse «amie des animaux», un dortoir hitchcokien et des nids de corneilles... qui n'en sont pas.

Les platanes d'Entre-deux-Villes abritent des nids de corbeaux freux et non pas de corneilles...

Textes et photo: Priska Hess

Trois pages A4 recouvertes de notes. Le compte-rendu au jour le jour des démarches entreprises depuis un an par Valérie, propriétaire d'un locatif dans le quartier du Jardin Roussy, auprès du Canton, de la police et de la commune «pour tenter d'enrayer les dégâts engendrés par la surpopulation des corneilles: déprédations sur les toits, éventrement de sacs de compost et d'ordures ménagères, attaques envers les passereaux et même envers mon chat, arrachage de plantes et de bulbes et évidemment cris très sonores», énumère-t-elle. «Le service de la faune est intervenu à trois reprises l'an dernier pour en tirer et de mon côté, j'ai installé une corneille morte sur un toit. Efficace quelque temps, mais dès la fin de l'été, elles sont revenues en nombre».

Problème: en plus des reliefs des pics-nics abandonnés au Jardin Roussy, des personnes les nourriraient, dont une mystérieuse «amie des animaux qui leur donne même des cervelas». «J'ai croisé cette personne lors d'un passage dans le secteur et essayé de la sensibiliser. Mais cela semble peine perdue...», déplore Stéphane Mettraux, garde-faune. Valérie aurait souhaité que la commune installe un panneau informatif. «J'ai même préparé un projet». Réponse négative du Service de l'urbanisme, trois mois plus tard: «Le problème n'est pas le nourrissage des corneilles, mais leur surpopulation». Selon Sophie Jaquier, porte-parole de la Station ornithologique suisse, «dire qu'il y a trop de corneilles est totalement partial. Leur population a augmenté dans les années 1990 à 2010, mais elle s'est stabilisée ces dix dernières années. D'ailleurs, Michel Renaud, municipal délégué par le Canton à Vevey, assure: «Des corneilles, il y en a plutôt moins qu'il y a un ou deux ans, selon les observations de la voirie. Et nous ne pouvons pas dire que nous ayons des problèmes avec elles, sauf par exemple dans le cas de poubelles mal fermées contenant de la nourriture.»

Des freux invisibles

Suite aux doléances de Valérie, la Municipalité pensait avoir une première solution: faire enlever les supposés nids de corneilles avant la période de nidification. Soit une dizaine au sommet de deux des grands platanes d'Entre-deux-Villes. Or, d'après les informations récoltées par Le Régional en cours d'enquête, les couples de corneilles ont chacun un territoire et n'acceptent donc pas d'y coexister avec d'autres couples de leur espèce, encore moins sur un même arbre. «Exact», confirme le syndic Alain Grangier, après vérification. Mais quels volatiles nichent là dans ce cas? «Probablement des corbeaux freux», selon le garde-faune Stéphane Mettraux, sans toutefois que l'observation menée sur place mardi dernier n'ait permis de confirmer leur présence. Mais les nids seront quand même enlevés. «Nous y allons par étapes. Peut-être qu'un nid de corneilles se trouve parmi eux?», suggère le syndic.

Entre jeu et ennui

Reste que, de l'avis des spécialistes, la première mesure est de ne pas nourrir ces volatiles. «Cela les attire et les incite à rester au même endroit, au lieu de partir ailleurs pour se nourrir naturellement. De plus, la loi sur la faune interdit de nourrir les oiseaux sauvages (réd: hormis les petits passereaux et oiseaux aquatiques de novembre à mi-avril). Nous avons d'ailleurs déjà dû dénoncer quelques cas dans le canton», rappelle Stephane Mettraux. Sophie Jaquier souligne pour sa part: «Les corvidés sont, avec les perroquets, parmi les seules espèces d'oiseaux sachant jouer. Or, ils le font quand leurs besoins primaires, comme la faim, sont satisfaits et lorsqu'ils s'ennuient. Certaines incivilités peuvent donc être interprétées comme un défoulement joueur ou une manifestation d'ennui.» Ne pas leur offrir de la nourriture pourrait donc contribuer à éviter des dégâts? «Ce n'est pas impossible», estime Sophie Jaquier.

Date:31.01.2019
Parution: 934

2'000 corneilles dorment chez Nestlé!

La Riviera compte deux très importants dortoirs, l’un à Clarens, l’autre à Vevey, sur le site de Nestlé en Bergère. «Le soir, elles se réunissent sur le toit du bâtiment, avant de rejoindre les grands arbres du secteur. D’après les comptages faits entre 2009 et 2010 avec le groupe ornithologique du Cercle des sciences naturelles de Vevey-Montreux, la population résidente sur ce seul site est d’environ 300 individus, et passe progressivement à 2'000 dès l’automne et en hiver, lorsque des corneilles migrant de l’Est les rejoignent», explique Gérard Baumann, responsable du parc immobilier du siège international de Nestlé. Des déprédations? «Ponctuellement sur les isolations des toitures où les corneilles s’en prennent notamment aux joints. Il arrive aussi qu’elles lâchent des pierres contre les façades vitrées – nous devons en changer en moyenne une à trois par année. Mais d’après les expérience des ornithologues qui sont intervenus sur notre site, réguler ces corvidés semble très difficile. Nous n’avons pas insisté dans cette voie-là et laissons la nature faire les choses. Nous leur offrons donc le gîte, mais surtout pas le couvert! Tous nos conteneurs leur sont inaccessibles. Et peut-être que la rénovation en cours du bâtiment B, avec pose de panneaux solaires, les découragera?»

Disparition des passereaux: la faute aux corneilles?

«Au Jardin Roussy, il n'y a plus que des corneilles. Dans mon jardin aussi, cela fait deux ans que je n'ai plus vu de passereaux. Alors que dans le quartier l'environnement est le même depuis des années et qu'il n'y a pas plus de chats», constate le syndic Alain Grangier. Mais peut-on vraiment établir un lien entre la présence de ces corvidés et l'apparente disparition des passereaux? «Les corneilles partagent l'habitat urbain avec toute une série d'espèces (mésanges bleues, merles, rouges-gorges, etc.) qui sont soit stables, soit en augmentation en Suisse. Bien sûr que la corneille, en période de reproduction, se nourrit d'oisillons et d'œufs. Mais les corvidés ne nichent qu'une fois par an, alors que la plupart des passereaux font trois ou quatre pontes annuelles et peuvent donc compenser les pertes après la période de reproduction des corvidés. Les prédations des corneilles n'ont donc pas de conséquences écologiques à grande échelle. Même si localement des fluctuations sont possibles», assure Sophie Jaquier.

Dans ce dossier

Documents

En images

Vidéo
Documents audio