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Pour des soins à domicile autrement

Clarens Une nouvelle entreprise privée de soins à domicile, avec mandat de l'Etat, propose ses services à Montreux, Vevey et bientôt à Aigle et Lausanne. Sa particularité? De petites équipes autogérées dans chaque région, disponibles 7/7 jours et 24/24 heures. Sa philosophie? Accompagner les patients avec humanité et en donnant du sens au travail des soignants. Des soins pris en charge par l'assurance maladie de base.

L'équipe montreusienne des Soins Volants dans son local à Clarens.

Texte et photos: Priska Hess

Jeudi 24 janvier, 10h30. L'infirmière Lucile Durgniat arrive au domicile de Mary-Laurence à Blonay. Cette dynamique enseignante en hôtellerie, en arrêt de travail «suite à un accident, suivi d'une grave infection», a besoin d'un suivi de santé hebdomadaire, ainsi que d'une aide à la douche. Elle est l'une des premières patientes des Soins Volants, nouveau service privé de soins à domicile de proximité, agréé par le Canton et en activité à Montreux depuis le 1er janvier de cette année. «J'avais d'abord fait appel au CMS (Centre médico-social), mais je n'étais pas satisfaite. C'est ma doctoresse qui m'a proposé de changer et de faire appel aux Soins Volants. Elle m'a simplement dit: je crois en eux!». Le principe: une organisation horizontale avec de petites équipes locales autogérées, chacune dans un secteur géographique bien déterminé, un concept inspiré par le modèle mis en œuvre par l'entreprise Buurtzorg aux Pays-Bas. Pas de secrétariat central pour réceptionner les appels, mais les patients peuvent contacter directement les infirmières ou infirmiers. Pas non plus de planificateur fixant les horaires de chacun: les soignants s'organisent entre eux pour planifier leur visites.

«Nous voulons travailler au cœur des quartiers, être proches des patients, les accompagner avec humanité et en donnant du sens au travail des soignants», résume, enthousiaste, Pakize Palan, infirmière et directrice des Soins Volants. Mary-Laurence, elle, est ravie: «Avec le CMS, c'était presque à chaque fois une personne différente qui venait et aucun lien ne pouvait vraiment se tisser. Maintenant, le tournus se fait entre trois personnes seulement, en qui j'ai totale confiance. Elles viennent même le week-end, prennent le temps de faire les choses et je peux leur parler ouvertement de tout. De ma vie médicale comme de mes états d'âme.»

Miser sur les forces du patient

Mais qu'est-ce qui a poussé Pakize Palan à quitter son poste dans un CMS pour se lancer dans cette aventure? «A un moment donné, je ne partageais plus la manière de travailler des centres médicaux sociaux, avec des relations soignant-soigné qui passent finalement au second plan.» Un avis partagé par les autres membres de l'équipe montreusienne. «Je ne voulais plus être juste l'infirmière qui donne le soin, juste une anonyme qui soigne une autre anonyme, mais accompagner chaque personne et qu'il se crée un véritable échange», décrit Lucile Durgnat.

La philosophie des Soins Volants se traduit jusque dans le choix du logiciel d'évaluation des patients: «L'outil traditionnel, le RAI, comporte plus de 170 questions à poser aux patients et, grosso modo, il est orienté sur les risques. Nous avons opté pour un nouvel outil, le OMAHA system, que nous sommes parmi les premiers à utiliser en Suisse dans le cadre des soins à domicile, plus facile d'utilisation et surtout est basé sur les forces et les potentiels du patient. Nous ne venons pas en disant: voilà ce qui est bon pour vous! Mais: de quoi avez-vous besoin, quelles sont vos forces, qui autour de vous pourrait aussi vous aider? Notre but est d'impliquer le patient dans son accompagnement et de le rendre le plus autonome possible.»

En Valais aussi?

Après celle de Montreux, une deuxième équipe de quatre personnes vient de démarrer ses activités à Vevey, et une troisième à Aigle en mars. «Les contrats d'engagement sont tous déjà signés», se réjouit Pakize Palan. «Nous avons une convention avec trois réseaux de santé: Haut-Léman, Lausanne et Nord Vaudois. Pour cela, l'équipe a lancé un processus de financement participatif sur le site heroslocaux.ch (voir ci-dessous). «L'idée à terme est de constituer dans chaque secteur des équipes de 8 à 12 personnes pour s'occuper de 50 à 70 patients au maximum». La priorité pour l'an prochain: faire une demande d'autorisation pour développer leur activité de soins à domicile en Valais, pour les patients de l'hôpital Riviera Chablais. Si les soins infirmiers prodigués sont intégralement pris en charge par l'assurance de base, la jeune société espère aussi, à terme, pouvoir développer d'autres services dissociés des soins: «Actuellement nous proposons déjà de l'aide au ménage. Mais nous aimerions aussi proposer par exemple de l'accompagnement pour des activités extérieures, gardes de nuit, en fonction des demandes que nous aurons», précise Pakize Palan.

Pour parrainer les Soins Volants: www.lokalhelden.ch/les-soins-volants ou 021 888 02 02

Date:31.01.2019
Parution: 934

De plus en plus d’acteurs privés

La politique de santé publique du Canton vise à maintenir autant que possible les gens à domicile. Problème: depuis des années, des employés des centres-médicaux sociaux dénoncent la déshumanisation des prises en charge, l’organisation chronométrée des tournées, les changements incessants de patients. Depuis l’entrée en vigueur sur le plan fédéral du nouveau régime de financement des soins introduisant la concurrence dans le domaine des soins à domicile, de plus en plus d’acteurs privés s’emparent de ce secteur, dans l’idée d’offrir des alternatives plus satisfaisantes. Rien que pour la région de Lausanne à Aigle, douze entreprises privées sont au bénéfice d’une autorisation d’exploiter du Canton, et trois en attente. Et huit infirmières et infirmiers indépendants.

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