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Bus à la demande:
Peut mieux faire

Mobilité Onze nouvelles lignes ont été lancées début décembre. Après deux mois d’exploitation, le réseau MobiChablais, qui dessert les communes d’Aigle, Ollon, Collombey-Muraz et Monthey, présente encore des faiblesses et suscite de nombreuses réclamations, même s’il est accueilli avec enthousiasme par les usagers. L’application des Transports Publics du Chablais, qui permet notamment de réserver une course à la demande, doit encore être améliorée. Des retards importants, ou pire, pas de bus du tout à l’arrêt pourtant sollicité, sont à déplorer. Le système d’achat et de contrôle des billets doit lui aussi être revu. Des erreurs de jeunesse qui devraient être corrigées progressivement d’ici à la rentrée d’août, rassure l’exploitant. Mais le bus d’Agglo n’est pas le seul à faire réagir les voyageurs. La liaison Monthey-Villeneuve mise en place pour la desserte de l’Hôpital Riviera-Chablais fait elle aussi ses premières gammes. Toutefois, la suppression de la ligne Saint-Gingolph-Aigle au profit de cette dernière ne fait pas l’unanimité. Tour d’horizon.

Bus à la demande Peut mieux faire

«Ma vie a changé depuis ce fameux dimanche où les bus ont traversé Saint-Triphon», témoigne Françoise Brunner. Cette maman de trois enfants, dont deux adolescentes, a même l’intention de remercier par écrit sa commune et les Transports Publics du Chablais (TPC). «Mon quotidien était rythmé par les trajets en voiture à Aigle, Ollon, Villy ou Monthey. Grâce au bus, j’ai retrouvé une liberté et mes grandes demoiselles ont découvert le plaisir de ne plus dépendre de leur maman pour chaque déplacement», ajoute-t-elle, heureuse aussi de diminuer son empreinte carbone. 

De manière globale, la mise en place de onze nouvelles lignes de bus desservant les communes d’Aigle, Ollon, Monthey et Collombey-Muraz, est bien accueillie. Les habitants de hameaux, qui ne profitaient jusqu’ici que d’une offre en transports publics minime, voire inexistante, sont les plus heureux, selon Yannick Buttet, président de Collombey-Muraz et du comité de pilotage (Copil) de Mobichablais: «J’ai régulièrement des échos positifs d’habitants des Neyres ou du coteau de Choëx. Ça marche aussi très fort sur Vaud, du côté d’Antagnes», relève l’élu. Si la mise en place de cette nouvelle offre de mobilité semble en ravir beaucoup, tout n’est toutefois pas encore au point. Certains arrêts se font à la demande, via l’application «TPC Preview» ou un standard téléphonique. Sur certaines lignes, si le passage n’est pas requis, le bus ne fait pas le déplacement. «Il m’est arrivé d’attendre le bus en vain, alors que j’avais demandé son passage, déplore Catherine Flütsch, conseillère communale à Ollon et habitante d’Antagnes. Il serait dommage de décourager les convaincus, dont je fais partie, car si le système ne fonctionne pas, les plus réticents n’essaieront certainement pas de se passer de leur voiture au profit du bus.»

Après deux mois, Catherine Flütsch constate des améliorations, mais elle signale systématiquement aux TPC les «quelques couacs» qui persistent. Plus véhément, Robin Métrailler de Muraz considère: «Je trouve cela totalement raté. Quand on réserve un bus, expérience faite plusieurs fois, il se permet d’arriver avec 37 minutes de retard ou de ne pas venir du tout, alors que nous devons prendre le train à la gare CFF. L’idée, je la trouve bonne, mais si on ne peut pas compter dessus, c’est inutile!» 


Améliorations en cours

Depuis le début de l’année, les TPC ont recensé une quarantaine de réclamations, par courrier, par mail ou via les réseaux sociaux. Directeur de l’entreprise, Grégoire Praz encourage d’ailleurs les clients à se manifester: «Sans retour, nous n’arrivons pas à améliorer le service. Le mieux est de nous faire part des problèmes rencontrés de la manière la plus précise possible, afin que nous puissions analyser ce qui s’est passé et corriger le tir, le cas échéant. Les suggestions d’améliorations sont aussi les bienvenues», assure-t-il. Au lancement du réseau de bus le 9 décembre, les TPC avaient d’ailleurs prévenu que le système serait en rodage jusqu’à la rentrée d’août 2019. À cette échéance, les cadences seront augmentées au quart d’heure dans les centres urbains et les parcours seront ajustés en fonction de la demande et de la fréquentation des différentes lignes.

Le Copil de MobiChablais s’est réuni à la mi-janvier pour faire un point de la situation. «Nous avons identifié trois types des problèmes, énumère Grégoire Praz: techniques d’abord, en lien avec l’application et les demandes d’arrêt. Une mise à jour informatique a été effectuée et cela devrait être réglé. Des problèmes d’exploitation aussi, car il est difficile de tenir les horaires en raison de la circulation, principalement aux heures de pointe. Enfin, les temps de parcours ne permettent pas aux chauffeurs de distribuer les billets correctement.» 

Sur ce dernier point, Christian Rudaz, de Roche, s’interroge: «Je trouve incompréhensible l’absence de distributeurs de billets dans les bus. Les retards sont souvent dus à la prise de billets directement au chauffeur, qui font le contrôle eux-mêmes. Du grand n’importe quoi!» Même si quelques automates supplémentaires vont être installés aux arrêts les plus fréquentés, la volonté des TPC n’est pas de les multiplier. Les usagers ont aussi la possibilité de prendre leur billet via «TPC Preview», ou alors par sms, au numéro 788.

Pour ce qui est des retards dus à l’engorgement du trafic aux heures de pointe, des discussions sont en cours avec les quatre communes concernées afin de revoir certaines infrastructures, comme l’aménagement de couloirs de bus ou la pose de feux leur laissant la priorité. Des démarches qui prennent généralement du temps. 

Trop compliquée l’appli?

Si l’utilisation de l’application est souvent qualifiée de «fastidieuse» par les usagers, il n’empêche qu’à ce jour, elle a été téléchargée plus de 3’100 fois, 1’350 comptes clients y ont été créés et 91% des demandes de passage y ont été faites, contre 9% seulement au standard téléphonique. «J’aimerais bien que l’on me dise exactement ce qui est compliqué, réagit le directeur des TPC. Lorsqu’on ouvre l’application, on trouve tous les bus à proximité, il suffit de cliquer sur une ligne pour voir son itinéraire. Et une icône s’affiche automatiquement si l’arrêt est à la demande.» 

Aux usagers de se familiariser avec son maniement, mais des améliorations sont tout de même au programme, annonce Grégoire Praz: «Nous voulons que l’application fonctionne en temps réel. Ainsi, les utilisateurs pourront savoir si leur bus est coincé quelque part dans le trafic et quel est son temps de retard. Des tests sont en cours actuellement.» Reste encore le souci de la tarification, le Chablais vaudois faisant partie de la Mobilis, mais pas le Chablais valaisan. Les TPC espèrent pourvoir simplifier et uniformiser les tarifs d’ici à la fin de l’année.

Afin de permettre au public de comprendre le fonctionnement du réseau, de l’application et du système d’arrêts à la demande, des brigades d’information-clients ont investi les bus et les gares principales au lancement du service et après les vacances de Noël. Aujourd’hui, les voyageurs ont à leur disposition dépliants et horaires papier à l’intérieur des bus. L’aide des conducteurs est aussi appréciée, comme en témoigne Joseph-Marie Oberholzer, conseiller général à Monthey: «Les chauffeurs font leur travail correctement et donnent les renseignements adéquats.» Enfin, depuis ce mois de février, les véhicules seront progressivement équipés de panneaux déroulants indiquant les prochains arrêts. À terme, les correspondances seront aussi annoncées. 

Au vu de toutes les améliorations à apporter, les quatre communes de l’Agglo ne sont-elles pas allées un peu vite en besogne en lançant leur service de bus? Ce n’est pas l’avis de Yannick Buttet: «S’il avait fallu attendre que tout soit au point, cela aurait pris deux ans supplémentaires, selon les spécialistes. Nous avons préféré aller de l’avant et offrir ce service à notre population immédiatement. De toute façon, un tel réseau ne peut pas être parfait du premier coup. Même en attendant encore, des ajustements auraient été incontournables avec l’expérience sur le terrain.»

Date:07.02.2019
Parution: 935

L’avis des usagers de MobiChablais

Pour: 

«Grâce au bus, j’ai retrouvé une liberté»

F. Brunner, Saint-Triphon


«Les chauffeurs font leur travail correctement et donnent les renseignements adéquats»

Joseph-Marie Oberholzer, Monthey


Contre: 

«Je trouve incompréhensible l’absence de distributeurs de billets dans les bus»

Christian Rudaz, Roche


«Quand on réserve un bus et qu’il se permet d’arriver avec 37 minutes de retard, voire pas du tout, c’est totalement raté:»

R. Métrailler, Muraz

Un bus vers l’hôpital, oui, mais…

L’Hôpital Riviera-Chablais de Rennaz devait être fonctionnel en juillet, mais des retards repoussent son ouverture, dont la date n’a pas encore été communiquée. Qu’importe, les transports publics s’organisent pour desservir au mieux l’établissement. Complétant le réseau ferroviaire, la ligne de bus TPC Aigle-Villeneuve augmentera ses cadences et la ligne VMCV 201 au départ de Vevey sera prolongée pour rallier Rennaz depuis la gare villeneuvoise. 

Au départ du Valais, une nouvelle liaison en car postal va de Monthey à Villeneuve depuis le 9 décembre. À Noville, le syndic Pierre-Alain Karlen s’en réjouit: «Notre commune bénéficie d’un effet d’aubaine. Nous avons désormais des courses horaires toute la journée, de 6h à minuit. Toutes les remarques sont favorables.»


1’800 signatures

Mais la desserte Monthey-Villeneuve a été mise sur pied au détriment de la ligne Saint-Gingolph- Monthey, supprimée sur décision du Service de la Mobilité du canton du Valais. En novembre dernier, des citoyens de Vionnaz ont lancé une pétition pour son maintien (voir Le Régional 927), récoltant plus de 1’800 paraphes. Le fait de ne plus pouvoir rallier Aigle est notamment en cause, tout comme l’abandon de la desserte en bus du bout du lac, ou encore l’augmentation des temps de parcours induits par ces changements. Le PLR du Chablais a, à sont tour, déposé une question et un postulat au Grand Conseil, demandant que cette ligne soit rétablie en décembre 2019. 

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