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À ski, l'amour est loin d'être aveugle

Ollon Alice et Michel Bart se sont rencontrés en pratiquant le ski ensemble, elle en tant que guide, lui en tant que sportif accompli, malgré sa cécité. Ils font partie du Groupement Romand de Skieurs Aveugles et malvoyants, qui fête ses 50 ans en 2019. Portraits.

À ski, l'amour est loin d'être aveugle

Textes: Valérie Passello

Confiance, complémentarité et complicité. Ce sont des mots qui viennent immédiatement à l'esprit lorsque l'on rencontre Alice et Michel Bart, d'Ollon. Le couple célèbre deux anniversaires cette année. Ses 45 ans de mariage, mais aussi les 50 ans du GRSA, le Groupement Romand de Skieurs Aveugles et malvoyants (voir encadré). C'est d'ailleurs dans ce cadre qu'ils se sont rencontrés. Fonceur, aventurier et compétiteur, Michel Bart a perdu la vue à l'âge de 11 ans. Un handicap qui ne l'a jamais empêché de tester toutes sortes d'activités sportives, du parapente à l'équitation, en passant par le VTT, la rame, la randonnée, ou même le tir à l'arc. Et la liste n'est pas exhaustive: «Il a pratiqué tous les sports, sauf le parachute et le bob», sourit son épouse.

Pas étonnant, dès lors, de le retrouver parmi les pionniers du GRSA. Il se souvient: «En 1972, des amis et moi avons fait les premiers mondiaux handisports de Courchevel. J'y ai décroché des médailles, mais nous n'étions pas nombreux (rires). Nous avons voulu y retourner l'année suivante.» Alice accompagne alors la joyeuse équipe dans un voyage plein de péripéties, au cœur d'une tempête de neige... qui ne leur permettra finalement pas de skier. Qu'à cela ne tienne, l'amour naît entre Alice et Michel, sous la neige. Et c'est sur la neige que leur complicité va se renforcer. Elle lui prête ses yeux, il suit sa voix, ils dévalent ensemble les pentes à vive allure. Alice confie: «J'aimais accompagner Michel, parce qu'il était bon skieur. Par contre, je ne lui servais pas de guide pour les compétitions, car je n'allais pas assez vite!»

Une affaire de famille

Pour les 30 ans du groupement en 1999, le couple, leur fils Vincent, lui aussi guide, ainsi que la mère d'Alice, «Coccinelle» Jane Rossy, guide et active lors de camps pour les enfants déficients visuels, reçoivent un diplôme bien particulier. Les trois générations sont estampillées «famille GRSA». Alice reprend: «Mes parents ont rencontré Michel avant moi, car ma mère avait participé à l'un des premiers camps aux Diablerets en tant que bénévole.» Si ces septuagénaires skient moins aujourd'hui, ils retiennent du GRSA les nombreuses rencontres, les solides amitiés créées. Et d'innombrables sorties, comme ce périple de Zermatt vers l'Italie, un matin où la neige n'appartenait qu'à eux, «on pouvait carver, c'était génial», lancent-ils en chœur, ou encore cette descente mémorable de la piste de l'Ours à Veysonnaz, où Michel avait réussi à semer son guide, pourtant montagnard aguerri. Si un esprit familial prévaut au GRSA, il n'empêche que le rôle de guide requiert une concentration de tous les instants et un grand sens de l'anticipation. Le skieur aveugle ou malvoyant devra être à l'écoute en permanence et faire preuve de réactivité. La confiance est également la clé de sorties à ski réussies. Le handicap cède alors sa place au plaisir, comme chez tout adepte de la glisse. Alice se remémore une rencontre au Grand Saint-Bernard: «Une religieuse a participé à une randonnée avec nous. En nous observant, elle a remarqué que Michel devait me suivre sans me voir, en me faisant une entière confiance, tout comme elle devait le faire avec Dieu.»

Date:21.02.2019
Parution: 937

Tu es mon «rouge», je suis ton «jaune»

Des essais de guidage à la voix pour skieurs aveugles et malvoyants ont eu lieu dès 1966. Roger Alleman, un ami de Michel Bart, en est à l'origine. Ce passionné de montagne ayant perdu la vue dans un accident cherche, avec le concours de moniteurs de ski, un moyen de rechausser les lattes. C'est ainsi qu'est officiellement créé le GRSA en 1969. Aujourd'hui, le groupement compte quelque 350 membres, dont 150 actifs. Les guides suivent une formation ad hoc et sont ainsi à même d'accompagner n'importe quelle personne atteinte de déficience visuelle, les indications de guidage étant identiques pour tout le monde. Les tandems sont reconnaissables à leurs vestes, rouges pour les guides, jaunes pour les aveugles et malvoyants. «Il est très important que les skieurs fassent attention à ne pas casser les tandems sur les pistes», relève Alice Bart. Sans son «rouge», comme on dit au GRSA, un «jaune» perdra ses repères et sa sécurité ne sera plus assurée. Dans la pratique, le guide skie derrière une personne aveugle, alors qu'il précède généralement une personne malvoyante.

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