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«Je suis un syndic énervé»

Rennaz Les opposants au plan partiel d'affectation des Cornettes ayant obtenu gain de cause au Tribunal cantonal, le projet de nouveau quartier en face du futur hôpital Riviera-Chablais est abandonné. Alors que 800 nouveaux habitants étaient attendus, les possibilités de développement sont désormais quasi nulles pour la commune. Fâchées, les autorités réagissent.

Les terres jouxtant l'Hôpital Riviera-Chablais, sur la commune de Rennaz, resteront des surfaces d'assolement.

Texte et photo: Valérie Passello

«Je suis un syndic énervé», lâche Charly Monnard au Conseil général de Rennaz en ce 21 février. C'est avec une grande amertume que l'exécutif a renoncé à faire recours au Tribunal fédéral pour contester la décision du Tribunal cantonal (TC), donnant raison aux opposants du plan partiel d'affectation des Cornettes (voir Le Régional 797). Motif: la Loi sur l'Aménagement du Territoire (LAT) interdit les constructions sur des surfaces d'assolement, tant qu'il existe des réserves de terrains à bâtir. En substance, le TC a considéré que les réserves étaient suffisantes à l'échelle régionale, pour ne pas toucher aux terres agricoles de Rennaz.

Jacques Haldy, l'avocat ayant suivi et défendu le projet, analyse: «Fondamentalement, on ne peut pas reprocher aux autorités communales ou cantonales d'avoir commis des erreurs dans la gestion de ce dossier. On s'est retrouvés confronté à un calendrier, celui de l'entrée en vigueur de la LAT et de son application rapide. Cette donne n'était pas connue au moment de l'élaboration du projet. Tous les voyants étaient au vert.» Adieu habitations, EMS, appartements protégés, zone para-hospitalière et doublement de la population de la commune; la parcelle de 8 hectares restera pré.

10 mios de manque à gagner

Énumérant les investissements engagés par la commune depuis le début du processus, le syndic articule une perte de 820'000 frs. Une somme similaire, de l'ordre de 800'000 frs, est perdue elle aussi pour les propriétaires du syndicat d'améliorations foncières des Cornettes, dont l'avenir est encore incertain à ce jour. «Avec la perte de deux terrains, donnés pour un franc par le syndicat et estimés à 2,1 mios, ainsi que la perte des taxes sur les équipements communautaires et sur les gains immobiliers, le manque à gagner pour Rennaz est, dans un premier temps, d'environ 10,12 mios», estime Charly Monnard.

Dans ces circonstances, la Municipalité a décidé de quitter certaines organisations régionales de développement, annonce encore l'élu, qui compte par ailleurs abandonner son mandat au 31 décembre: «Nous avons claqué la porte de Rivelac, qui ne sert que les grandes villes et Châtel-St-Denis. Nous allons quitter Aigle Région, qui défend d'abord Aigle, Bex et les Ormonts, ce sera 10'000 frs d'économisés. Nous sommes encore en discussions concernant Cooridat (Coordination intercommunale pour le développement et l'aménagement du territoire, réunissant Rennaz, Noville et Villeneuve), mais avons déjà annoncé l'abandon de notre participation à l'étude de la passerelle CFF derrière la Coop», assène le syndic.

Hausse d'impôts en vue

Coupes dans le budget dévolu à la traversée du village, économies sur les réceptions après les réunions du Conseil général, ou encore abandon de la gratuité de la manifestation du 1er août. Ce sont quelques-unes des mesures imaginées par les autorités pour «économiser fortement sur le budget 2019». Une hausse du taux d'impôts sera en outre soumise au législatif à l'automne. Des mesures jugées «excessives» par le conseiller général Emanuele Ferrara: «Il serait peut-être judicieux de prendre le bâton de pèlerin et d'aller chercher des solutions, avant de précipiter Rennaz dans le néant», juge ce dernier.

Le municipal Gérald Dumusc reconnaît: «Il est vrai que l'exécutif est fâché et écœuré, car nous visions le bien commun avec le quartier des Cornettes. L'idée était qu'on n'ait pas seulement les inconvénients de l'hôpital, mais aussi un développement en compensation.» Manifestement très remonté contre les services de l'Etat, Charly Monnard est plus tranchant: «Notre développement est mort pour les vingt prochaines années. Le Canton voulait construire son hôpital, c'est tout. Le reste, il n'en a rien à cirer!»

Date:28.02.2019
Parution: 938

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