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Fronde contre le projet d'EMS

Chernex La mise à l'enquête en juillet dernier du complexe projeté par la Fondation Beau-Site au cœur du village a suscité une vingtaine d'oppositions dont une collective, plus une lettre de protestation signée par plus de 300 personnes. Avec par ailleurs des questions en suspens autour du prix de la parcelle vendue par la commune dans le cadre de ce projet. La Municipalité devrait se déterminer courant mars sur l'octroi du permis de construire, mais des recours s'annoncent déjà.

Ici devant les gabarits des bâtiments prévus, Jacqueline Neumann et Pierre Monaco se disent prêts à faire recours au Tribunal cantonal.

Textes et photo: Priska Hess

«Face au balcon de Jacqueline Neumann, les gabarits laissent deviner l'envergure des bâtiments que la Fondation Beau-Site prévoit d'ériger au centre du village de Chernex, entre la route de la Fin-du-Craux et la rue des Deux-Fontaines. Un complexe rassemblant un EMS court-séjour de 40 lits, un centre d'accueil temporaire de six places, six appartements protégés, une crèche pour 22 enfants, un parking de 98 places avec WC publics, ainsi que deux commerces. Si Jacqueline Neumann regrette déjà la perte de sa belle échappée sur le lac, ce n'est pas pour cette raison qu'elle se bat farouchement contre le projet, aux côtés de Pierre Monaco habitant, lui, juste en aval du site. «Nous n'avons rien contre la réalisation d'un EMS et d'une crèche, mais on ne peut pas laisser dénaturer le cœur de notre village avec des constructions pareillement démesurées.» En cause en particulier, les trois immeubles reliés par des passerelles vitrées, prévus au nord du site sur une longueur de 60 mètres. Autre problème: la circulation supplémentaire qui sera générée, «alors qu'elle est déjà difficile actuellement, vu l'étroitesse des rues principales du village». Aux 22 oppositions, dont une collective, suite à l'enquête publique en juillet dernier, s'ajoute une lettre de protestation «visant à sensibiliser la Municipalité», avec 300 signatures, «que nous avons récoltées en un seul week-end, en plein mois de juillet».

Intérêt public prépondérant

«Ce n'est qu'à la pose des gabarits que les gens ont pris conscience de l'ampleur des constructions», soulignent Jacqueline Neumann et Pierre Monaco. En 2016, le plan de quartier préalable avait été avalisé à une large majorité par le Conseil communal, puis validé par le Canton. Lors des débats puis lors de la mise à l'enquête du plan de quartier, les Verts avaient en vain tenté de s'opposer. Argument notamment invoqué: le non-respect de la fiche «élément du patrimoine» annexée au Plan directeur communal – l'un des bâtiments occupant en partie l'espace de verdure central qui, selon cette fiche, devait rester non bâti. Ce que reconnaît la Municipalité, mais en justifiant cette occupation du sol par l'intérêt général prépondérant. «Déroger à cette fiche pourrait créer un fâcheux précédent», maintient Florian Chiaradia (Les Verts).

Mais une autre question taraude aussi les esprits à Chernex: le projet de construction a-t-il ou non été soumis au Comité consultatif d'experts, ainsi que le prévoit le règlement communal pour les projets d'une certaine importance? «Cela n'est pas le cas, car il est justement fondé sur ce plan de quartier, avalisé par les services de l'Etat. De ce fait, la Municipalité n'a dès lors pas requis l'avis du Comité consultatif d'experts», justifie le municipal de l'urbanisme Christian Neukomm.

Permis de construire en vue

Depuis la fin de la mise à l'enquête, six mois se sont écoulés. «Pourquoi une si longue attente?», s'offusque Jacqueline Neumann. «Suite à la mise à l'enquête et conformément à la procédure, le dossier a été soumis à l'examen du Canton qui nous a transmis sa synthèse, explique Christian Neukomm. Nous avons également adapté le projet en tenant compte en partie des remarques des opposants. La Municipalité devrait se prononcer courant mars sur l'octroi du permis de construire». Et le municipal d'ajouter: «Il est normal qu'il y ait des critiques dans un projet de cette importance. Il s'agit de trouver le meilleur chemin entre les contraintes architecturales pour un EMS, la volonté de développer de ce village, et de l'autre des gens qui préféreraient que rien ou presque ne bouge».

Date:07.03.2019
Parution: 939

Une propriété communale à bas prix

Si la quasi-totalité du site acquis par la Fondation Beau-Site était en main privée, la parcelle nord, de 755 m2 occupés par deux bâtiments, dont un immeuble de six appartements tous loués jusqu'en 2016, appartenait à la commune. Une parcelle vendue à 755'000 frs à la Fondation, sur la base d'une «expertise immobilière, qui l'a estimée à 1'000 frs le m2», précisait la Municipalité dans son préavis. Or, les deux spécialistes de l'immobilier contactés par Le Régional s'accordent à dire que ce prix semble étonnamment bas, même s'il ne s'agit que du prix du terrain et qu'il faut prendre en compte les frais de démolition des immeubles. Un terrain avec possibilité de construire davantage qu'une villa serait plutôt de l'ordre de 2'000 frs le m2 dans la région. Autre élément de comparaison: en 2011, la commune avait demandé, via un préavis par voie d'urgence, un crédit d'investissement du patrimoine financier de 680'000 frs, avec possibilité d'enchérir jusqu'à concurrence du montant maximum des compétences municipales, soit 980'000 frs, dans le cadre de la vente aux enchère de la parcelle située juste en amont, de 665 m2, occupée alors par un petite halle commerciale. Sa valeur vénale avait été estimée «entre 796'000 à 880'000 frs» par une agence immobilière en 2009, selon ce préavis. Elle avait finalement renoncé à l'acquérir, un commerçant étant intéressé à la racheter. Le Régional a sollicité la Municipalité à ce propos, sans pouvoir obtenir les éclairages souhaités avant la parution de l'article.

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