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A huit ans, elle écrit au Président

Territet La Riviera a sa Greta Thunberg. Fin 2018, Emma Costantini, élève de 4P à Montreux, envoie un courrier à Alain Berset pour lui exprimer ses inquiétudes face aux changements climatiques. Début 2019, il lui répond, via l'Office fédéral de la santé publique. Déçue des explications obtenues, l'écolière avertit: «Je ne lâcherai pas».

Devant ses bricolages, parfois en matériaux recyclés, Emma s'inquiète aussi des effets des téléphones portables, et de leurs ondes, sur la société.

Textes et photo: Amit Juillard

«Monsieur le Président, je vous fais une lettre que vous lirez peut-être, si vous avez le temps.» Février 1954, Boris Vian signe sa missive antimilitariste. Décembre 2018, Emma Costantini, huit ans, adresse à son tour un courrier au président de son pays, Alain Berset. Préoccupations différentes et voix plus fluette pour un objectif similaire: mettre l'autorité suprême face à ses responsabilités.

«Monsieur le Président, (...) je suis inquiète pour la planète car il y a des personnes qui sont mortes ou malades à cause du réchauffement climatique.» Après s'être présentée, Emma débute par ces mots son texte dactylographié. «Un soir à table, elle nous a demandé comment faire bouger les choses», raconte Claudio, son papa, assis sur le canapé familial à Territet. Dominique, sa maman, complète: «Nous lui avons dit qu'il y avait peut-être une personne à qui s'adresser...» Le week-end venu, Claudio s'assoit devant l'ordinateur avec sa fille. «Et elle m'a dicté les phrases», sourit-il.

« S'il vous plait, faites quelque chose »

«J'ai envie que tout le monde se réveille, que les gens prennent conscience du danger», explique Emma, installée entre ses deux parents dans le salon. Dans sa bafouille, elle dénonce la dépendance au téléphone portable et les «nombreuses personnes qui (...) ne sont plus connectées à la réalité», la coupe des arbres «pour en faire des objets inutiles», les fumeurs – «ça pollue la nature» – et les ondes, «qui provoquent de graves maladies». Elle exige en outre l'accès à une nourriture saine, «sans produits mortels», et la mise en place, dans les écoles, de «mini-cours sur la nature et comment la protéger». Ce 27 décembre, elle implore: «S'il vous plait, faites quelque chose pour informer et protéger les gens».

Un mois plus tard, elle reçoit une réponse. Sur mandat du bureau du Président, c'est Patrick Vuillème, de l'Office fédéral de la santé publique, qui la rédige en date du 25 janvier. «Si beaucoup de gens ont les mêmes soucis, ils ont souvent des opinions différentes sur la manière de résoudre les problèmes», écrit-il. Pour le collaborateur scientifique, «il serait nécessaire de prendre toute une série de mesures» individuelles afin de lutter contre les changements climatiques. Comme manger moins de viande, abandonner les bains au profit des douches ou mieux isoler les bâtiments.

« Tu le vois c'est compliqué »

«On peut aussi faire des règles (...), poursuit-il. Mais (...) il faut qu'une majorité de gens soient d'accord. Et ce n'est pas le Président de la Confédération qui peut décider tout seul (...).» Après avoir exposé quelques démarches de prévention contre le tabagisme et la malbouffe, Patrick Vuillème termine sur une note optimiste. «Tu le vois, c'est compliqué, mais il est important de ne pas se décourager. Ces derniers jours tu auras peut-être vu à la TV Greta Thunberg, une jeune suédoise de 16 ans (réd: proposée pour le Nobel de la paix 2019). Elle demande comme toi que les adultes prennent des mesures pour éviter le réchauffement climatique. (...) Son appel aura certainement contribué à ce que beaucoup de gens changent leurs habitudes. (...) Donc il est important que tu continues de réfléchir à tout cela et que tu demandes qu'on améliore les choses, car nous, les adultes, devons te laisser un monde où il fait bon vivre.»

« Un petit peu pas très contente »

L'échange épistolaire a fait l'objet d'un petit cours dans la classe de 4P d'Emma au collège d'Etraz à Montreux. Mais, comme ses parents, Emma n'est pas convaincue par les mots de l'officiel. «Je suis un petit peu pas très contente, grince-t-elle. J'aurais aimé que le Président dise qu'il allait faire quelque chose. Il n'a pas répondu sur les ondes ou sur les arbres qu'il faut protéger parce que des oiseaux vivent dedans.»

La jeune montreusienne a des solutions. Radicales: «Il faut faire des lois. Interdire de fumer. Interdire de jeter des papiers par terre. Et mieux construire les maisons». Malgré sa déception, elle ne perd pas espoir: «J'essaie de m'encourager en me disant que ça va aller. Je ne lâcherai pas le bout du fil!»

Date:21.03.2019
Parution: 941

Environnement familial propice

L'engagement et la sensibilité environnementale d'Emma, 8 ans, ne tombent pas du ciel. Dominique et Claudio Costantini, ses parents, tiennent un cabinet de soins énergétiques. Elle est aromathérapeute, lui géobiologue et maître reiki, en sus de son poste dans un bureau d'ingénieurs civils. Ils reçoivent leurs clients à domicile. Surtout durant les week-ends, lorsqu'Emma est à la maison. «Elles nous entend parler de dangers environnementaux ou de pétrochimie, analyse sa mère. Mais déjà très petite dans sa poussette, elle était sensible. Elle n'aimait pas voir les services communaux abattre un arbre. Et elle n'a jamais mangé de viande. Je n'en mange pas non plus.» Pas question toutefois de lui faire porter le poids des soucis des adultes. «Nous l'informons et elle fait ses choix, assure son père. Mais nous essayons de la faire grandir comme les autres enfants de son âge.»

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