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A la retraite, les cahiers au feu?

Publication Apprendre, à tout âge, c'est rester vivant, curieux, relié au monde et aux autres. Continuer ou recommencer à se former après 65 ans donne de la saveur et du sens à cette nouvelle tranche de vie. Tout ne s'arrête pas, il est possible de forger et de réaliser des projets. C'est ce que défendent les auteurs du livre «A la retraite les cahiers au feu?». Entre témoignages et données scientifiques, cet ouvrage se lit comme un roman policier. Et ravigote les neurones.

Dans l'ouvrage collectif dirigé par le sociologue Roland J. Campiche (photo) et le neurobiologiste Yves Dunant, «A la retraite, les cahiers au feu?», les auteurs démontrent par des approches transversales l'importance et le bien-fondé de la formation non seulement pour l'individu mais pour l'ensemble de la société.DR

Magaly Mavilia

Contrairement au déterminisme qui a prévalu jusqu'au début du XXIe siècle (avec le temps va tout s'en va), les neurosciences prouvent ce que la spiritualité transmet depuis des millénaires: les connexions neuronales ne se détériorent pas «forcément» avec l'âge et peuvent se régénérer et/ou trouver de nouvelles pistes dans le cerveau. Le «cas» de Sœur Mary, décédée à 101 ans, en est l'un des exemples les plus populaires (voir encadré).

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La science a beau prouver que la formation est un facteur déterminant au maintien de la santé, donc à la baisse des coûts de cette dernière, la Suisse ne voit toujours pas l'utilité de former des gens qui ne «travaillent plus». Dans l'ouvrage collectif dirigé par le sociologue Roland J. Campiche et le neurobiologiste Yves Dunant, «A la retraite, les cahiers au feu? Apprendre tout au long de la vie, enjeux et défis», les auteurs démontrent par des approches transversales l'importance et le bien-fondé de la formation non seulement pour l'individu mais pour l'ensemble de la société.

«Un des éléments importants de la formation est de rester en relation avec son temps. De comprendre ce qui se passe et d'avoir la distance critique nécessaire. A l'heure des fake news, c'est plus que jamais d'actualité», relève Roland J. Campiche professeur honoraire à l'Université de Lausanne et président honoraire de l'Université des seniors du canton de Vaud.

Le rôle des seniors

A 82 ans, le sociologue des religions désormais établi à St-Légier ne cesse de défendre avec force cette cause qu'il estime essentielle: «La société a misé en priorité sur tout ce qui était fonctionnel aux dépens de ce qui donnait du sens à l'existence. Car on ne comprenait pas en quoi cela pourrait améliorer la performance et la productivité» s'étonne Roland J. Campiche. Encore une fois, les récentes études sur le sujet démontrent que l'éducation et les valeurs fondamentales favorisent le bien-être, le mieux vivre ensemble et la productivité (voir le dossier du Régional sur ce sujet dans l'édition 940).

Acquérir de nouveaux savoirs, faire valoir son expérience tout en nouant de nouvelles relations permettent de trouver une nouvelle confiance en soi mais aussi de rester actif. Un programme national a montré que la prise en charge de petits-enfants par leurs grands-parents économisait des milliards de francs à la société. «Les observations relatives au bénévolat montrent que nombre d'adultes aînés, âgés, disons de 60 à 85 ans, remplissent de nombreux services tels que le transport de malades ou l'animation de diverses associations... ces mêmes personnes sont encore celles qui votent le plus fréquemment», appuie Roland J. Campiche.

Pas de travail, pas de formation

Où en est-on en Suisse dans la mise en pratique de la formule plébiscitée par les grandes instances internationales «la formation ou apprentissage la vie durant»? «Pas très loin!», déplorent Farinaz Fassa Recrosio, sociologue et Gabriel Noble, psychologue, dans le chapitre 8. En dehors du canton de Fribourg, qui inclut la formation dans sa politique du vieillissement, la Confédération ainsi que les autres cantons se distinguent par l'absence d'un soutien tangible à une formation continue qui ne soit pas une professionnelle, mais également une aide au «bien-vivre».

Les auteurs constatent que l'État limite fortement son soutien, «lorsque les populations en formation ne peuvent faire valoir qu'elles rendront au monde du travail ce qu'elles ont reçu en termes de formation.»

La transmission du savoir

Heureusement, depuis les années 1970, neuf universités du 3e âge (Uni3) sont présentes en Suisse et les cours, donnés par des universitaires et des spécialistes, sont fréquentés par près de 30 000 adultes aînés sur les plus de 1 million et demi de retraités suisse. A Lausanne, La Tour-de-Peilz, Les Ormonts, Leysin et Aigle, Connaissance 3 donne chaque semaine des conférences qui sont suivies par un public intergénérationnel friand de domaines les plus divers: plantes médicinales, économie, histoire de l'art, philosophie, etc. (voir www.connaissance3.ch et Le Régional 925).

Pourtant, l'Uni3 échappe aux droits à la formation tels que la LFCo (Loi sur la formation continue) les définit. Force est de constater que «la notion de «vie» n'y est pas appréhendée sous un angle biologique, mais bien sous celui de la participation au monde professionnel», s'indignent Farinaz Fassa Recrosio et Gabriel Noble.

L'histoire de Magdalena R

L'histoire de Magdalena R. ouvre la partie de ce livre centrée sur les «expériences de vie». Elle permet de se faire une idée des problèmes et questions auxquels sont confrontées les personnes qui arrivent à l'âge de la retraite. Son cheminement sert de fil rouge pour relier les diverses réflexions et apports qui constituent cet ouvrage. Magdalena R. sort d'une vie professionnelle relativement terne. Confrontée brutalement au vide de son agenda, elle amorce un parcours qui va donner à sa vie un tonus et un sens jamais éprouvés. C'est une autre tranche de sa vie qui commence, stimulée et nourrie par la confrontation à de nouveaux savoirs et par la rencontre de personnes qui l'aident à voir l'existence différemment et à la vivre avec le sentiment d'être socialement utile.

Dans la conclusion de cet ouvrage, Roland J. Campiche écrit: «La retraite constitue un des carrefours de la vie où l'humain est particulièrement sollicité par la question du sens de l'existence. Confrontée à la lecture de Ramuz, Magdalena R. reconsidère ses valeurs et son nouveau rôle social. «Il faut que je reste le sujet de ma vie», conclut-elle, «et pour cela il convient que je consolide mon éducation». Elle reconnaît aussi l'urgence de changer de mentalité et de faire un inventaire de ses capacités et compétences. Elle réalise, in fine que «le régime du possible l'emporte sur la résignation». Son horizon s'ouvre enfin.

Date:11.04.2019
Parution: 944

Le miracle de la Vie

Le cas de Sœur Mary, décédée à 101 ans après une vie dédiée à l’enseignement et à la réflexion, donne à penser. En léguant son corps à la science, l’autopsie de son cerveau allégé et atrophié a révélé une maladie dégénérative. Or, six mois avant sa mort, elle passe des tests qui indique sa pleine maîtrise intellectuelle. La recherche a ainsi démontrer que les fonctions perdues dans les régions atrophiées étaient reprises dans d’autres, stimulées, sans doute, par son activité intellectuelle continuelle tout au long de la vie.

A lire

«A la retraite, les cahiers au feu? Apprendre tout au long de la vie, enjeux et défis», ouvrage collectif sous la direction de Roland J. Campiche, sociologue et Yves Dunant, neurobiologiste. Les co-auteurs: Roger Darioli, médecin; Benoît Gaillard, enseignant; Farinaz Fassa Recrosio, sociologue; Jacques Lanarès neuropsychologue; Pierre Lässer, Secrétaire central de la Fédération suisse des retraités; Gabriel Noble, psychologue; Martine Ruchat, historienne de l'éducation.

Editions Antipodes. www.antipodes.ch. 021 311 93 20