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Il raconte sa vie d'artiste

Aigle Peintre aux multiples techniques et fondateur de l'association Chromatix, qui réalise des fresques urbaines, Gregory Chiaradia relate seize années de création dans le livre «Etre un artiste». Et se pose au passage des questions philosophiques et métaphysiques.

Gregory Chiaradia parmi ses toiles, au cœur de son atelier basé à Montreux.

Textes et photo: Valérie Passello

Naît-on artiste ou le devient-on? Peut-on l'être mais ne jamais le devenir ou, au contraire, devenir artiste sans en être vraiment un? Le questionnement, le doute, la quête de reconnaissance, le rêve et les désillusions sont autant d'éléments qu'un peintre porte dans sa valise, entre ses pinceaux et ses tubes de couleur. Pourtant, c'est bien sur ce chemin que Gregory Chiaradia a choisi de s'engager en 2002.

Assis dans son atelier montreusien entre des portraits de Dali, Daniel Craig ou encore Harry Potter, l'enfant de la Riviera aujourd'hui établi à Aigle, un gobelet de café dans une main, son livre «Être un artiste» dans l'autre, raconte: «Depuis seize ans, je prends des notes en lien avec mes tableaux. Par exemple, en 2008, j'en ai fait une série sur la métaphysique, sur le big bang. J'ai éprouvé le besoin d'expliquer ma fascination pour la création de l'univers, de mettre des mots sur ma démarche. De manière générale, j'ai toujours eu envie d'écrire un livre. Or, il se trouve que j'ai eu du temps pour le faire l'an dernier.»

Gregch, de son nom d'artiste, a ainsi passé huit mois à adapter ses textes afin d'arriver à une cohérence globale, à choisir des images pour illustrer son ouvrage, ainsi qu'à le mettre en page. «Ce livre, c'est aussi une introspection et une remise en question. Ne me suis-je pas inventé une histoire? Suis-je artiste ou vais-je le devenir? Vais-je continuer, ou faire tout autre chose?», s'interroge-t-il. Il faudra lire la conclusion de ses écrits pour déceler une ébauche de réponse.

« Je vous apprends à faire ce qui est interdit »

Le peintre nous propose de le suivre dans les moments marquants de son parcours, comme par exemple son séjour au Mexique, où il a vécu deux ans et appris à représenter la foule sur ses toiles. Il évoque aussi ses différents passages à New York. «Quand j'étais petit, je dessinais toujours des monstres, se souvient-il. Mais aujourd'hui, je suis plutôt attiré par les portraits et les paysages. Ado, je me suis naturellement retrouvé à faire des graffs avec des copains. La première fois que je suis allé à New York, j'ai participé à un festival de graffiti où j'ai rencontré les graffeurs de street art les plus importants du moment.»

C'est vers cet art urbain que Gregory Chiaradia se tourne plus résolument, alors qu'il enseigne dans une école privée de la Riviera, à son retour du Mexique en 2011: «Je me suis aperçu que les jeunes n'étaient pas très motivés à prendre du temps pour peindre ou dessiner un portrait. À 15 ans, ils avaient envie de jouer aux rebelles.» Il constate alors que les ados sont beaucoup plus réceptifs à la peinture à la bombe et aux lettrages caractéristiques de la discipline. Ainsi naît l'association Chromatix à la fin 2012: «Je dis souvent aux jeunes avec qui je travaille: ici, je vous apprends à faire ce qui est interdit», plaisante-t-il.

L'association travaille en accord avec les communes pour réaliser des fresques, souvent dans le cadre de projets socio-éducatifs. Mais, pour un art de rue tel que le graffiti, «rebelle» justement, pratiqué la plupart du temps de manière illégale, n'est-ce pas vendre son âme au diable que de collaborer avec les autorités? «Question piquante... sourit Gregch. Nous nous mettons au niveau des autorités parce qu'elles paient (rires)! Blague à part, des tags à l'arrache, j'en ai fait à 15 ans mais je ne m'amuse plus à ça. Demander des autorisations est une grande partie de mon travail. Même s'il y a un côté «bon petit Suisse», il est assumé.» Chromatix et la commune de Montreux sont d'ailleurs en discussion pour réaliser quatre grandes fresques à travers la ville, dont la première pourrait voir le jour en septembre.

Être connu ou reconnu

Une sensibilité exacerbée, un regard différent sur le monde, Gregory Chiaradia confie: «Je me suis toujours senti un peu en décalage avec la société. À chaque fois que je décrochais une place de travail, quelque chose me dérangeait. Mais en Suisse, le statut d'artiste n'est que très peu reconnu. On nous demande toujours ce qu'on fait à côté. Alors que l'on ne peut pas devenir artiste si l'on a une autre activité!»

La quête de reconnaissance, voire de célébrité, l'auteur d' «Etre un artiste» l'aborde sans complexe dans son livre. «Pour moi, la reconnaissance, ce serait que les gens achètent mon livre, me commandent des toiles ou des fresques», lâche-t-il. Mais il ajoute ne pas avoir trop d'attentes quant à son ouvrage, de peur d'être déçu. Finalement, à 41 ans, Gregory Chiaradia a-t-il des regrets? «Pas tant que ça, répond-il. Je pense que je l'aurais regretté si je n'avais pas pris cette voie-là. Jusqu'ici, une chose en a toujours amené une autre et j'espère que cela continuera.»

Date:18.04.2019
Parution: 945

à Palexpo

Membre de l'association vaudoise des écrivains, Gregory Chiaradia sera présent au Salon du Livre de Genève les 1er et 3 mai pour dédicacer son livre «Etre un artiste».

Rencontre le 1er mai de 15h à 17h et le 3 mai de 17h à 19h.

Infos: www.salondulivre.ch.

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