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Les poivrons échauffent les esprits

Collombey-Muraz Alors que Migros prévoit de construire une serre agricole de vingt hectares dévolue à la culture de ces solanacées, les Verts et l'UDC s'élèvent contre le projet, baptisé «Pimiento».

Selon les opposants, l'exploitation va consommer 66 mios de kw/h par an en électricité.      Stephen Léger Info-graphisme

Valérie Passello

«Ne cédons pas au profit à court terme, au détriment de nos agriculteurs locaux, de nos paysages et de la biodiversité», martèlent les Verts du Chablais valaisan dans un communiqué. L'UDC de Collombey-Muraz prend elle aussi position sur le projet Pimiento de la Migros (voir encadré): «Nous voyons d'un très mauvais œil une situation qui deviendrait rapidement malsaine pour notre agriculture locale mais également nationale», indique-t-elle. Tous deux expriment leur scepticisme quant à la culture intensive de poivrons prévue par le géant orange.

Présenté au Conseil général le 8 avril puis à la population, le concept vise à remplacer une grande partie de l'importation de poivrons venus de Hollande ou d'Espagne par une production valaisanne, sous serre, de quelque 3'600 tonnes annuelles. «Par rapport à une production aux Pays-Bas chauffée au gaz naturel, le projet représente une réduction de 24'000 tonnes de CO2 par an et une charge environnementale globale près de huit fois inférieure», avance Michel Charbonnet, président du conseil d'administration d'Ecoserre SA, société créée pour assurer l'exploitation.

Appel au refus

Les serres s'élèveront sur une parcelle privée, au lieu-dit Pré de Moura. Les élus de Collombey-Muraz auront leur mot à dire uniquement sur l'homologation de la zone. Si le législatif donne son aval à l'automne, le terrain agricole sera classé en «surface d'assolement hors quota temporairement». Présidente des Verts, Carole Morisod explique: «D'abord, le chauffage à distance de la SATOM n'est pas une énergie renouvelable. Mais en plus, l'exploitation va consommer 66 mios de kw/h par an en électricité, ce qui est énorme. Tout ça pour cultiver des poivrons, un légume non-indigène et de faible valeur. Migros avance l'argument écologique, mais l'agriculture de demain, ce n'est pas celle-ci. Nous allons tenter de convaincre nos collègues du Conseil général de refuser le changement d'affectation», promet-elle.

Si l'objet est accepté tel que présenté, l'UDC envisage même le référendum, selon Romain Gex-Fabry: «Migros est un distributeur. Le laisser devenir producteur, c'est une porte ouverte dans laquelle d'autres grands groupes pourront s'engouffrer. La culture de poivrons ne concurrencera pas l'activité des agriculteurs de la région, mais celles de tomates et de concombres, oui. Migros affirme qu'en se limitant à la culture de poivrons, le projet ne serait pas rentable. Peut-être que dans dix ans, ils décideront de ne cultiver que des tomates ou des salades, on n'en sait rien!»

120 emplois oui, mais...

Autre point chaud des débats, la baisse de vitalité du sol. Michel Charbonnet le reconnaît: «Une perte de fertilité ne peut être évitée, mais celle-ci pourra être rapidement reconstituée en fin d'exploitation. Nous prendrons des mesures strictes en ce sens», promet-il. Romain Gex-Fabry n'est pas convaincu: «C'est l'une des meilleures terres de la région, c'est dommage de la gaspiller.» Carole Morisod abonde: «J'ai de sérieux doutes quant à la remise en état du terrain après trente ans sous une couche de plastique. N'oublions pas non plus l'impact sur le paysage, ajoute-t-elle, le volume de ces serres sera celui de barres d'immeubles de trois étages. Même si l'on met quelques buissons autour, ça va être immense.»

Enfin, les deux partis sont frileux quant à la création annoncée par Migros de 120 postes de travail. «Seulement une dizaine sont définis comme emplois à responsabilité. Le reste étant par conséquent des emplois de saisonniers, notre section s'attend à voir augmenter le nombre de frontaliers, mais surtout de travailleurs des pays de l'Est. Soyons honnêtes, s'attendre à une diminution du taux de chômage régional est totalement illusoire», assène l'UDC locale. Carole Morisod, elle, s'inquiète des conditions de travail précaires: «Ce genre d'agriculture casse les prix pour faire de l'argent, on n'emploie plus d'agriculteurs, mais des ouvriers agricoles mal payés.» La Municipalité de Collombey-Muraz se dit favorable à Pimiento, selon son président Yannick Buttet: «Nous le voyons d'un bon œil, mais il est vrai qu'il y a une pesée d'intérêts à faire, car il n'a pas que des avantages», reconnaît-il.

Date:02.05.2019
Parution: 947

45 mios sur 43 terrains de foot

La réalisation de Pimiento est prévue en deux étapes, sur deux fois dix hectares de cultures. D'abord, la Migros envisage de faire pousser uniquement des poivrons, dont la production devrait débuter dès 2023. La deuxième étape, qui pourrait se concrétiser en 2025, consiste à cultiver deux autres hectares de poivrons, mais également des spécialités de tomates sur six hectares et des concombres sur les deux hectares restants. Au total, l'emprise de l'exploitation sera d'une trentaine d'hectares, comprenant également différents locaux et équipements techniques, ce qui représente la surface de 43 terrains de foot. Les serres seront chauffées exclusivement par le chauffage à distance de la SATOM et l'eau de pluie sera récupérée pour l'arrosage. Le projet consiste en une culture hors-sol de substrat sur fibres de coco, dans des gouttières suspendues. À l'intérieur des serres, le sol sera recouvert de plastique blanc, attirant la lumière. Migros entend investir 45 mios pour Pimiento et espère en retirer un chiffre d'affaires annuel de plus de 20 mios. L'exploitation durera 30 ans, période après laquelle le terrain devra redevenir terre d'assolement.

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