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Faut-il maintenir la police?

Lavaux Adopté au Conseil intercommunal de l'Association Police Lavaux, un postulat demande un audit afin de se déterminer sur l'avenir de ce corps de police qui serait surdimensionné. Une piste serait de le rattacher à une autre entité, comme Police Riviera, Police Est-Lausanne ou la Gendarmerie.

Faut-il maintenir la police?

Nina Brissot

Thierry Buche, membre du Conseil Intercommunal de l'Association Police Lavaux (Apol) et conseiller communal à Lutry, est, avec le soutien de Philippe Mingard, membre du législatif de Lutry, l'auteur d'une motion musclée, étayée par de nombreux chiffres, déposée au Conseil intercommunal de l'Apol, ce 2 mai à Rivaz. «Les comptes 2018 sont habilement présentés, avec un coût net de 5,476 millions de frs, pour un budget de 5,773 millions, ce qui représente une économie théorique de 297'000 frs, a relevé Thierry Buche. A l'étude, il apparait que ce résultat des comptes 2018 a été réalisé en augmentant les amendes de 334'000 frs par rapport au budget et en supprimant un investissement de 300'000 frs. Sans ces 2 montants, le coût net des comptes 2018 se monterait à 6,111 millions, soit un dépassement de 337'000 frs, attribuables aux frais de personnel.» Au vote, les comptes sont passés de justesse, par 9 oui contre 8 non et 1 abstention. Autre sujet à débat, pourquoi l'Apol va louer d'autres locaux?, a demandé une conseillère, un coût qui pèsera 53'000 frs pour 6 mois. Réponse: le personnel est trop à l'étroit dans les actuels locaux. Quant à savoir pourquoi les crédits supplémentaires n'ont pas été portés à la connaissance du Conseil Intercommunal, Jean-Paul Demierre, président du Comité de direction d'Apol (Codir), a rétorqué que les montants étaient trop petits. A relever encore qu'un spécialiste ressources humaines a été engagé à 20%.

Effectif en hausse

Depuis sa création en 2011, l'Apol regroupe les Communes de Lutry, Bourg-en-Lavaux, Chexbres, Puidoux, Rivaz et St-Saphorin, soit une population de 22'000 habitants. L'Association a été accréditée par le DIS, Département des Institutions et de la Sécurité, en 2014. Elle est exclue de prestations d'investigation judiciaires, des brigades spécialisées et de l'autoroute. En 2011, l'Apol tournait avec un budget de 3,77 millions et 26 EPT (Equivalent plein temps). Le revenu des amendes approchait les 400'000 frs. La participation à ce budget pour Lutry était de 2,10 millions. Le même budget en 2019 montre un total de 8,83 millions avec 53 EPT, un revenu des amendes de 2,40 millions, soit 6 fois plus élevé, et une participation de Lutry à hauteur de 3,67 millions. Cependant, il faut relever que, à la suite de son accréditation, l'Apol a dû augmenter son budget 2015 pour se conformer aux exigences du DIS qui prévoit un effectif de 45 EPT. Actuellement le personnel comprend 8 ETP de plus.

Zone sous dimensionnée?

Parallèlement, la population du secteur de l'Apol n'a que très faiblement augmenté. La région n'étant pas un rendez-vous du grand banditisme et «les cambriolages étant en régression», analyse le motionnaire, la question du nombre d'EPT se pose. En épluchant les rapports, si l'on excepte quelques conflits de voisinage et un canard qui s'est écrasé contre une fenêtre au Grand-Pont, rien de bien croustillant. Dès lors, le motionnaire et son compère se sont livrés à un petit calcul. Pour l'année 2018, l'Apol est intervenue 3'373 fois. Ce qui représente une moyenne de 9 interventions par jour pour 39 policiers, soit 0,24 par policier et par jour (les 14 autres étant des collaborateurs civils). Reste encore à vérifier la nature et l'importance des interventions. Autre sujet qui interpelle dans le développement de cette motion, l'Apol, qui prétend faire de la prévention et se doit d'être une police de proximité, est-elle compatible avec la répression pratiquée, au vu de l'augmentation des amendes? «La zone d'activité de l'Apol serait-elle sous-dimensionnée», interroge le motionnaire.

Audit demandé

Après tous ces développements, Thierry Buche en arrive à ses conclusions. En résumé, il demande qu'un audit soit réalisé par un expert indépendant, situé hors canton et spécialisé dans la sécurité, afin de formuler des propositions quant à trois points. Le maintien de l'Apol, d'abord, et si oui, quelles corrections apporter? Ou alors rejoindre d'autres associations (réd: comme par exemple Police Riviera, Police Est-Lausanne, la Gendarmerie), «ce qui permettrait de réaliser des économies d'échelle et d'améliorer l'efficacité des prestations», estime le motionnaire. Enfin, pour le successeur de l'actuel commandant, qui prend sa retraite à fin janvier 2020, il est jugé judicieux que les résultats de cet audit soient connus avant son entrée en fonction «pour que celui-ci puisse mettre en œuvre les solutions préconisées par l'expert».Prévu en octobre 2019, le départ du lieutenant-colonel Eugène Chollet est reporté de 3 mois. Motif de cette prolongation, selon Jean-Paul Demierre, président du Codir: pouvoir former le nouveau qui, selon lui, n'est pas encore élu, il reste quatre candidats en lice sur vingt dossiers reçus.

Les petites communes, moins impactées par la répression et soutenues financièrement par Lutry – laquelle couvre 64% du budget pour ses quelque 10'000 habitants sur les 22'000 de la zone d'intervention d'Apol – n'ont pas montré un intérêt débordant pour cette motion. Thierry Buche a alors proposé de la transformer en postulat ce qui a été accepté par 12 oui contre 8 non. Le contrat liant les communes et l'Apol prendra fin, s'il n'est pas renouvelé, en 2021. Il peut être dénoncé en tout temps moyennant un préavis de 3 ans. Assez de temps pour réfléchir car, a encore souligné Thierry Buche, «l'APOL fait l'objet de nombreuses rumeurs, critiques et commentaires pas toujours très favorables sur son fonctionnement, la qualité de ses prestations et la qualification de son personnel». (voir encadrés).

Date:09.05.2019
Parution: 948

Course aux amendes ?

«Le volume du contrôle est très certainement défini par Apol en fonction des besoins budgétaires», estime Philippe Mingard, conseiller communal à Lutry. Le Régional a reçu des témoignages étonnants à ce sujet, émanant de plusieurs sources internes à la police et externes, mais proches du dossier. Il en ressort que les différentes unités de l'Apol se livreraient à des comparaisons et que les hommes à la traine par rapport à un objectif seraient pénalisés. Un tableau Excel serait affiché, montrant qui, de telle ou telle unité, est gagnant. Avec deux radars pistolet LTI-Trucan (à titre comparatif le Canton n'en a qu'un seul pour tout son territoire ainsi que Pully mais depuis quelques semaines seulement), les contrôles se sont intensifiés avec un pistolet pour Lutry et environs, l'autre pour Chexbres et environs. Pour expliquer la hausse des amendes, Jean-Paul Demierre s'appuie sur deux chiffres: «Seuls» 17 % des épinglés sont du territoire Apol, les 83% restants sont de passage».

d'Apol en question

Autre aspect critiqué, la fonction de commandement d'Apol, qui permettrait au Commandant de rédiger lui-même les préavis en relation avec la police. Ces derniers sont ensuite étudiés et signés par la Municipalité. Ce qui, pour certains, équivaut à une double casquette de quelqu'un qui établit les demandes alors que c'est lui et ses hommes qui devront les exécuter ou en bénéficier. Selon plusieurs conseillers et des internes au poste de police, il ressort que, de ce fait, les vraies tâches de commandement seraient déléguées à des chefs. Ordres et contre-ordres sèmeraient le désordre et une ambiance difficile qui se ressentirait fortement dans le corps de Police.

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