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Quand l'Iran s'invite à Lutry

Théâtre La troupe Plateau IX, composée d'une vingtaine d'élèves du Collège de La Croix, est impatiente de présenter sa pièce, Persépolis. Ces adolescents de 14 à 16 ans travaillent depuis plus de deux ans sur les thèmes de l'exil et de l'identité. Représentations publiques les 2 et 3 juillet au café-théâtre de l'Esprit Frappeur.

Les élèves du Collège de La Croix ont répété pendant deux ans pour aboutir à leur pièce, Persépolis.

Textes et photos: Xavier Crépon

«Parfois, et même très souvent, je m'interroge. Qui suis-je réellement? Quoi que je dise, quoi que je fasse, cette question sans cesse me tracasse. Elle m'empêche de dormir voire même de réfléchir. Sérieuse, rêveuse, peureuse ou courageuse? J'en deviens songeuse. Absente, présente, confiante, défiante? J'en deviens saoulante. Quel est mon véritable tempérament? Quelle est la vraie couleur du caméléon?» Voici les questions que se pose la jeune Sarah, qui interprète Marjane Satrapi dans Persépolis. Inspirée de la bande dessinée autobiographique à succès des années 2000, la pièce de théâtre reprend les thématiques de l'exil et de l'identité auxquelles est confrontée la jeune iranienne.

Tiraillés entre l'enfance et l'âge adulte, ces adolescents se posent aussi une myriade de questions. À mille lieues d'un spectacle scolaire traditionnel, cette pièce, qu'ils ont écrite avec l'aide de leurs deux enseignants, les pousse à réfléchir et leur permet d'avoir une emprise sur ces enjeux contemporains.

La métaphore de l'adolescence

«Le choix de Persépolis n'est pas un hasard, explique l'enseignant Chaya Chayestemehr. En pleine révolution islamique et guerres de pouvoir en Iran, le destin de Marjane Satrapi nous a touchés. Son immigration européenne forcée la confronte malgré elle à des questions d'identité, d'intégration et de culture. Un exil géographique et psychique qui relate comme une métaphore les transformations vécues par les ados.»

«Pour notre performance théâtrale, nous nous sommes écartés du caractère politique pour nous concentrer sur ce moment délicat qu'est l'adolescence, poursuit son collègue Anthony Sière. Nos jeunes ont ainsi été amenés à se confronter à des expériences de vie fortes. Sur lesquelles ils pourront s'appuyer à l'avenir.»

Une implication sans limites

Au-delà de la performance sur scène, les élèves ont aussi participé activement au processus d'écriture de la pièce. «Nous ne pouvions pas nous appuyer uniquement sur les dessins et les phylactères de la bande dessinée pour monter notre Persépolis, confie Anthony Sière. Nous les avons donc impliqués dès le début du processus de création.» Les collégiens ont ainsi apporté leurs idées et expériences personnelles. «Nous venions avec des situations brutes qu'ils devaient développer en s'appuyant sur leur vécu, raconte Chaya Chayestemehr. Il y a aussi eu une optique de reportage. Ils sont allés interroger des personnes en situation d'exil et ont demandé à leurs proches de s'exprimer sur cette thématique.» Fruit d'un travail de longue haleine, cette pièce se veut pleinement intégrative. Tous volontaires, les jeunes se sont appropriés, au fil des deux ans de répétitions, l'œuvre et ses thématiques. «Cette expérience théâtrale qui dépasse les attentes scolaires est une vraie réussite, se réjouit Anthony Sière. Elle a obligé les élèves à se confronter à eux-mêmes, à prendre des risques et à plonger dans leurs émotions. Très complices, ils ont créé des liens forts. Ça se ressent lorsqu'ils jouent.» Désormais fin prêts, ils ne demandent plus qu'à surprendre leur public.

Esprit Frappeur à Lutry, les 2 et 3 juillet à 20h. Les représentations scolaires seront aussi ouvertes au public les 3 et 4 juillet en matinée. Prix au chapeau. Plus d'infos: infos.persepolis@bluewin.ch

Date:13.06.2019
Parution: 953

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