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Patrick Nordmann, un justicier dans la ville

Presse Vigousse, le journal satirique romand créé en janvier 2010, vient de célébrer son 100e numéro, en s'offrant une édition spéciale de vingt pages en grand format. L'occasion d'une rencontre intime avec son rédacteur en chef adjoint, une plume engagée.

A la rédaction de Vigousse, Patrick Nordmann est dans son univers: l'écriture, l'enquête, la justice, l'humour et un peu de bière...

Si aujourd'hui, après des années difficiles, Patrick Nordmann semble enfin avoir trouvé un certain équilibre, c'est parce que sa fonction de rédacteur en chef adjoint de Vigousse mêle deux aspects fondamentaux de son caractère: le besoin de justice et... la «déconnade».

Cet amour de la justice lui vient de l'enfance, de par son père naturellement, Roger Nordmann, célèbre animateur de radio et créateur de la Chaîne du bonheur; la symbolique est forte. Pourtant, c'est à sa mère, femme de courage, espionne durant la guerre et qui sera toujours intransigeante sur les principes de défense des plus faibles et des maltraités, que pense en premier Patrick Nordmann: «Elle était beaucoup plus sérieuse que mon père» se souvient-il. «La jeunesse de ma mère a été dure... c'était quelqu'un qui a dû aller à l'école à cheval...»

Le cow boy et son canasson

Est-ce en hommage à sa mère que ce fils, qui commence sa carrière par des études de droit, deviendra quelques années plus tard cow-boy? Le lien n'est pas loin. Et le sexagénaire Patrick Nordmann vit depuis quelques années dans un ranch, près de Froideville dans le canton de Vaud. Il y monte chaque semaine l'un ou l'autre des cinquante chevaux sur place. Il pousse même la passion jusqu'à coller le portrait de feu son canasson, «Just», en grand sur le capot de sa Mini. Avec presque aussi un trémolo dans la voix à son évocation. Et du cow-boy au justicier, là encore la liaison est facile.

C'est ce qui surprend le plus chez Patrick Nordmann, que ce belliqueux à grande gueule, capable de se fâcher avec tous, soit finalement un grand sensible. Un rien susceptible et très vulnérable. Et cette dualité modifiera souvent le cours de sa carrière, pourtant toujours faite d'écriture. «Ecrire, dans le fond, c'est le seul truc que je sache faire». Et la liste est interminable: articles pour Le Matin Dimanche (La Tribune à l'époque), sketches radiophoniques pour «Au fond à gauche», puis pour «5 sur 5», chroniques télévisées pour «Le fond de la corbeille», des revues, des chansons - dont la fameuse «scène noire» pour Pascal Auberson et son refrain si fataliste: «la vie, l'amour, la mort chante-les bien, ou celle sur Just, sa fameuse jument... - des spectacles, des livres, des scénarios ... L'énoncé impressionne le péquin. D'autant que l'écriture est vive, incisive, humoristique, enlevée, pertinente.

«Faire le con»...

«J'ai fait le con toute ma vie», ajoute-t-il mi-fier, mi-réaliste. Cette notion inclut une vision amusante de son travail, les copains, les boutades, les bons mots, un peu de paraître. Qu'on puisse gagner sa vie en se marrant est une révélation qu'il obtient, adolescent, en lisant une interview de Goscinny. Il poussera le mimétisme avec son héros jusqu'à écrire, lui aussi, 30 ans plus tard un album de Lucky Luke, «Le prophète». Mais il n'échappe pas à cette contradiction: ne concevoir le travail qu'en rigolant, tout en ayant le besoin d'être pris au sérieux.

«Faire le con», c'est probablement aussi dans sa bouche une façon détournée de revenir sur ses années de galère (de 2000 à 2008), quasi une décennie de vide, où il n'écrit plus une ligne. Brouillé tour à tour avec tous ses employeurs, victime ou parfois simple témoin d'injustice..., il est persuadé qu'on ne lui a pas fait de cadeau, peut-être par jalousie de ce mode de vie, mais aussi de par sa proximité à la famille Lamunière. En effet, à la mort de son père, le jeune Patrick avait été pris sous l'aile de son parrain, Marc Lamunière, alors PDG d'Edipresse. «Mais dans les rédactions, on m'attendait au tournant»...

Un flingue sur le bureau

C'est dans cette même période qu'il vit une histoire d'amour très médiatisée avec Joséphine Dard, évoquant même l'éventualité d'avoir un enfant, lui qui prétend haut et fort détester les moutards. L'histoire se termine avant. Désormais il dit «les aimer toutes...», façon élégante de parler de son célibat, pas forcément solitaire.

En janvier 2010, à la naissance de Vigousse, il reprend du clavier et même du galon. Quand il en parle, face à son assiette d'escargots qu'il sale pour la troisième fois, et devant son éternel verre de rosé, le torse se bombe, le sourire se dessine et le personnage se pose. Au journal satirique, Patrick Nordmann a trouvé son équilibre. Parce que dans le fond, le journaliste à la déconnade, aime l'ordre, aime la loi et aimerait la voir respectée.

Dénoncer des injustices, avec de l'humour, il nage dans son élément. «On ne résout rien avec des idéologies», dit ce fervent adepte du pragmatisme. «Je n'aime pas contester, je préfère trouver des solutions», même si elles sont parfois jugées un peu simplistes. Mais avec une volonté d'être juste. Et pour boucler l'ambiance de western spaghettis, on aperçoit même un flingue dans son bureau, entre deux cendriers pleins. Un cow-boy dans la satire.

Textes et photo: Stéphanie Simon

Date:10.05.2012
Parution: 611

Des enquêtes marquantes

Publier des affaires ou révéler des éléments nouveaux sur des dossiers chauds fait partie intégrante de la ligne rédactionnelle de Vigousse. Sur 100 numéros, certaines de ces enquêtes ont fait couler beaucoup d'encre, trouvant un écho médiatique bien au-delà du journal satirique.• L'affaire Lucas, (Veysonnaz), 10 ans après Vigousse retrace toute l'histoire avec sa version des faits. • L'affaire «Légeret» (Vevey) les incohérences de l'enquête mises en évidence à chaque étape. • L'affaire Martinez (Les Avants) la gestion douteuse du restaurant de la gare des Avants passée à la loupe.• Réseau Santé Valais, les querelles internes mises au grand jour. • Le scandale de la décharge (Bonfol), les mesures de sécurité du personnel pas respectées.

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