Pully Pour clore l'incident qui a vu, l'an dernier, une fresque de Jean Lecoultre recouverte par un visuel «moderne», une table ronde était organisée avec d'intéressants intervenants.
L'initiative était courageuse de la part du syndic. Inviter lundi 18 juin le public pulliéran à une table ronde sur l'art en ville et faire amende honorable face aux volées de bois vert qu'il s'était prises l'an dernier pour avoir autorisé – sans en avertir l'auteur – de recouvrir une fresque, montre une certaine ouverture d'esprit. Las, l'homme est vite prêt à distribuer ses blâmes mais moins enclin à faire face aux réalités. C'est donc devant une poignée de Conseillers communaux et des amis de l'art en général que s'est tenu ce débat auquel participaient Gil Reichen le syndic et Yasmine Char, directrice de l'Octogone, tous deux incriminés l'an dernier. Jean Lecoultre, l'artiste «spolié» durant quelques semaines et qui s'est mis dans le public, n'étant, a-t-il précisé, qu'un «prétexte» au débat. Etaient également présents C. Jelk, président de Visarte; le Pr. en histoire de l'art P. Kaenel et G. Junod, municipal de la culture à Lausanne. Christophe Passer rédacteur en chef adjoint de L'Hebdo dirigeait le débat.
Comment apprendre des erreurs?
Gil Reichen a tenté d'élever le débat qui a longtemps tourné autour du seul cas d'école. Toutefois, il en est ressorti des pistes intéressantes sans pour autant être transcendantes. Car il en va de l'art comme de l'architecture ou même de l'écriture. Qui peut dire à quel moment ou pour quelles raisons une œuvre peut être aliénée ou devenir désuète, voire démériter? A ces questions, chacun a sa réponse qui n'est pas nécessairement celle du voisin. Les artistes eux-mêmes n'ont pas la même manière de voir les choses, certains préférant laisser mourir leurs œuvres ou les brûler plutôt que les exposer.
Quoi qu'il en soit, en ce qui concerne les œuvres publiques, une municipalité ou un décideur ne peut en faire ce qu'il veut. Elles appartiennent au lieu et au public. C. Jelk a rappelé qu'un artiste qui ose la confrontation de son œuvre avec le public fait preuve d'un certain courage. Il en est ressorti également qu'une œuvre publique aurait parfois un certain mérite à être expliquée, surtout si elle recèle beaucoup de facettes. L'idée de l'art éphémère a également été évoquée. Tout comme ces modes qui font passer certaines œuvres du baroque au kitch pour finalement devenir modernes avec seulement un dépouillement, montrant en quelque sorte l'évolution d'une même pièce dans des environnements différents. L'immortalité de l'art a fait son apparition dans le débat, lançant une autre discussion, celle du temps et de l'oubli ainsi que l'espace pour la conservation. Il a également été souligné que le Canton de Vaud a pris beaucoup de retard dans la préservation de son patrimoine culturel et qu'il offre peu de soutien à la création contemporaine. Enfin une piste à suivre, celle de la mise en valeur du patrimoine de Pully.
Nina Brissot



