Biorisques A l'heure où le raisin commence à mûrir, un champignon tenace, l'oïdium, a envahi le vignoble de Lavaux et prend des allures d'épidémie. Sur le pied de guerre, les chercheurs s'apprêtent à homologuer un cépage résistant. Mais pas avant l'an prochain...
Tel un petit duvet farineux déposé délicatement autour du raisin, à première vue l'oïdium ne paraît pas néfaste. Pourtant, ce champignon microscopique est la bête noire des agriculteurs. Il empêche le développement des baies et ravage les récoltes. Le 27 juillet, le quotidien Le Temps alertait sur la présence de ce parasite dans les vignobles de Suisse romande. Et cette année en Lavaux, l'oïdium prend des allures d'épidémie. De mémoire de vignerons, c'est du jamais vu: «Il y en a chaque année, mais cette fois la situation est rarissime, reconnait David Marchand, ingénieur œnologue et conseiller viticole à Proconseil. Je me suis rendu dans un domaine où près de deux hectares sont malades». Selon le spécialiste, le secteur de Villette serait particulièrement touché, bien que toute la région soit concernée. Pour lutter contre le fléau des parasites, la parade absolue est en voie d'homologation. Des chercheurs en viticulture ont développé un cépage résistant entre autres à l'oïdium, demandant un minimum de traitement et répondant à de bonnes qualités œnologiques (voir encadré).
Lutter avec le soufre
En attendant la mise en circulation de ce «super cépage», opérationnel dès l'an prochain, le champignon gagne du terrain. Il s'est installé pendant la floraison de la vigne à mi-juin. Les conditions climatiques contribuent largement à sa propagation puisqu'il raffole de l'humidité et de la chaleur. La topographie de Lavaux explique également son développement, les côtes escarpées rendent les traitements fongicides plus compliqués. «L'utilisation d'hélicoptères nous soulage, explique Nicolas Pittet, vigneron-encaveur à Aran. Mais la qualité d'application n'est pas aussi efficace et précise que celle effectuée par la main de l'homme». Pour lutter contre cette maladie sournoise, les spécialistes préconisent le soufre en poudre ou mouillé qui asséchera le champignon. Mais pour David Marchand, le meilleur moyen reste la prévention. «Le vigneron doit appliquer des traitements préventifs bien avant l'apparition du champignon. Car une fois installé, il est difficile de s'en débarrasser».
«Nous travaillons deux fois plus»
Ebranlés, les vignerons voient leurs récoltes fondre comme neige au soleil. «Moralement c'est difficile mais financièrement aussi, confie Nicolas Pittet. Nous travaillons deux fois plus. Il faut traiter au minimum une fois par semaine, cela a un coût. Il faudra être vigilant lors de la cueillette, trier les raisins atteints. Il y aura un manque à gagner considérable». En ce qui concerne la qualité de la récolte, David Marchand n'est pas inquiet: «Cela n'aura pas d'impact néfaste sur la qualité des vins produits, il y aura néanmoins des pertes de récoltes».
Zoé Decker



