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Un arrosage pas très orthodoxe

Noville Des écologistes dénoncent la méthode choisie pour assainir l'ancienne décharge des Saviez, consistant à asperger le terrain avec des jus toxiques.

Au pied de la buse d'arrosage, ce panneau prévient les promeneurs des dangers de l'aspersion: «Quelles conséquences pour la faune?» s'interroge la fondation MART. DR

Depuis le 27 juillet, une buse d'arrosage géante asperge l'ancienne décharge de lixiviats, des jus dont l'ammonium dépasse, d'après le Mouvement pour les Animaux et le Respect de la Terre (MART), d'au moins 100 fois la concentration autorisée pour un déversement dans un cours d'eau naturel. La responsable de la fondation, Kate Amiguet, a tiré la sonnette d'alarme en dénonçant cette pratique dans un reportage diffusé sur internet: « C'est paradoxal: on ne déverse pas ces jus de décharge dans les rivières ou les marais, car ils sont trop toxiques, mais on en asperge le site des Saviez, où la faune et la flore ont repris le dessus depuis une quarantaine d'années», dit-elle. Pour MART, la raison de cette pratique est «purement financière» sachant que le traitement des eaux contaminées à la STEP de Roche coûte environ 150'000 francs par année.

Des tests pour accélérer le processus

Selon le responsable de la division assainissement du Service vaudois des eaux (SESA) Gérald Burnier, cette méthode d'aspersion d'un site contaminé avec des jus provenant de ses propres déchets est courante: «C'est un moyen d'accélérer la dégradation de ces jus. La quantité de jus de décharge est si importante que cela prendrait une dizaine d'années pour les traiter à la STEP. Une partie est bel est bien traitée, mais le trop-plein est réinjecté dans le corps de la décharge: l'apparition d'une faune bactérienne est ainsi stimulée, et celle-ci pourra dégrader les jus plus rapidement, cela tourne en circuit fermé». De plus, il s'agit d'une phase de test: Jean-François Jaton, chef du SESA, a déclaré à l'ATS que les essais dureront trois mois. Passé ce délai, les résultats seront analysés, et si ce procédé n'est pas concluant économiquement ou pour l'environnement, il sera stoppé. Jusque-là, 100 m3 de lixiviats seront aspergés cinq heures par jour et 7 jours sur 7 sur une surface de 4'500 m2 autour de la buse géante. L'aspersion se fait uniquement sur le terrain de la décharge et non sur l'étang des Saviez qui jouxte le site, ni sur la réserve naturelle des Grangettes qui se trouve juste à côté.

«Pas dupes»

Pour Kate Amiguet, si l'explication scientifique est compréhensible, elle n'est pas satisfaisante: «Nous ne sommes pas dupes; il n'y a pas que de l'ammonium dans ces jus de décharge, il y a aussi d'autres produits toxiques, par exemple des métaux lourds, dont personne ne parle. Et cela ne va pas s'arranger: selon mes sources, des buses d'arrosage supplémentaires devraient encore être installées». La fondation MART essaie de contacter d'autres associations pour les sensibiliser au cas de la décharge des Saviez, mais pour l'heure, les réactions restent timides. La première phase de l'assainissement de la décharge des Saviez s'est achevée en 2010 (voir Le Régional N° 584), et le Grand Conseil vaudois a accordé un crédit de près d'1,5 million de francs pour financer la deuxième phase des travaux actuellement en cours. Le coût total, 3,5 mios, sera réparti entre la Confédération et le canton à hauteur de 80% et couvert à 20% par les communes concernées: Vevey, la Tour-de-Peilz, Montreux, Corsier, Corseaux, Veytaux, Roche et Rennaz, qui ont déposé leurs déchets sur le site de Noville entre 1965 et 1976.

Valérie Passello

Date:09.08.2012
Parution: 622