Lutry Figure locale, Daniel Perrin est révolté. L'ancien policier est expulsé d'un cabanon qu'il occupe depuis 27 ans.
«J'en ai sec de cette histoire. Ils m'ont traité de squatteur et d'insolvable alors que je suis dans mon droit. Je ne veux pas me laisser faire». Daniel Perrin est hors de lui. Il y a six mois, ce retraité, ancien policier à Lutry, apprenait son expulsion d'un cabanon situé au bord du lac Léman à quelques centaines de mètres de la plage de Lutry. Un petit chalet rafistolé qu'il entretient et utilise depuis 27 ans. Au-dessus de l'entrée une plaque en bois indique: Chez Nenet. Un nom tiré d'un jeu de dé auquel s'adonnaient Perrin et quelques-uns de ses collègues.
Petit coin tranquille
Situé sur le domaine de l'Etat de Vaud, le cabanon a été construit il y a environ 80 ans, probablement par un pêcheur du Léman. «Je l'ai découvert en1985. Il était envahi de lierres, j'ai tout défriché, raconte Daniel Perrin. La propriétaire de l'époque de la parcelle située en retrait du cabanon, Madame Jan (ndlr : du groupe Jan Auto), m'a dit «Installez-vous, il n'y a pas de problème». C'est ce que j'ai fait». Au début, il vient lors de ses congés, mais depuis sa retraite, il y a 20 ans, il l'utilise plus régulièrement. «Ici je peux bricoler, je vends les poissons que je pêche et des champignons que je prépare puisque je suis membre de l'Association Suisse de Contrôle des Champignons (VAPKO)».
Mauvais voisinage
En 2002, la propriété change de mains. Mais Daniel Perrin ne rencontre aucun souci avec ce nouvel acquéreur, un médecin. L'ancien policier affirme qu'à cette époque, il reçoit même oralement le droit d'utilisation du cabanon par le Service des eaux, sols et des assainissements de l'Etat de Vaud (SESA). En contrepartie, il assure spontanément l'entretien de la propriété du médecin, comme il l'avait fait pour les précédents. Mais les problèmes apparaissent lorsque, à la suite du décès de son épouse, le médecin revend une partie de la propriété. En février 2012, le nouvel acheteur, reçoit les clés de la maison, où il projette d'importants travaux de rénovation. Daniel Perrin tombe des nues lorsqu'il voit débarquer les nouveaux propriétaires, un couple, venu non pas pour le saluer mais pour exiger son départ dans les plus brefs délais. «Ils veulent s'accaparer ce lieu qui n'est pas à eux, car cette parcelle ne fait pas partie de la propriété qu'ils ont acquise», s'exclame le retraité. En effet, selon les plans communaux, la propriété n'inclut pas le cabanon qui se trouve en terres cantonales.
David contre Goliath
Alors Daniel Perrin décide de se battre et engage un avocat. Les propriétaires font de même. Mais en juin, un document va bouleverser le cours des événements. L'avocat du couple présente une concession accordée par l'Etat de Vaud. «Celle-ci octroie aux nouveaux propriétaires le droit de jouissance du port et du cabanon, confirme Philippe Hohl, chef de la division économie hydraulique du SESA. Ceci est le côté officiel et formel, pour ce qui est du bon sens commun et des rapports de voisinage, nous n'intervenons pas, c'est aux concernés de s'entendre». Un coup dur pour le retraité qui ne veut pas s'avouer vaincu: «J'ai eu un contrat oral bien avant, je suis dans mon droit». Dépité, il ne lui reste plus beaucoup d'alternatives. «Les frais d'avocat m'ont déjà coûté près de 3000 francs. Je ne sais pas ce que je vais faire. Peut-être que je saisirai la Justice de Paix. Ce qui est sûr, c'est que je ne vais rien laisser. J'organise un vide grenier pour revendre toutes mes affaires.». Sur le plan juridique, Perrin a peu de chance de gagner. Mais qu'en est-il du plan humain? Silence radio du côté des propriétaires qui ont préféré ne pas répondre aux questions du Régional. Bientôt privé de son petit coin de tranquillité, le retraité reste néanmoins philosophe: «Avec ma femme, nous avons un appartement à Lutry, je ne suis pas à la rue. Mais cet endroit compte pour moi, j'ai tout réparé, je l'ai aménagé, je surveille le coin le soir et ramasse les bouteilles vidées par quelques jeunes fêtards. Je ne sais pas ce que je vais faire maintenant».
Texte et photo: Zoé Decker




