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Le chemin de la forêt mène à l'impermanence

Jardin secret Jil Silberstein, écrivain

Jil Silberstein

Lauréat de la Bourse à l'écriture 2012 du Canton de Vaud, Jil Silberstein explore ses jardins secrets par l'écriture et l'immersion dans ce «monde naturel» auquel il aspire. Dans son dernier ouvrage, «La Terre est l'Oreille de l'Ours», il raconte en de multiples préludes ses rencontres avec les éléments naturels. On y découvre aussi l'homme de lettres, avec une solide et belle écriture; Jil Silberstein a travaillé aux éditions l'Age d'Homme et Payot Lausanne, et publié de nombreuses chroniques littéraires dans la presse romande. Poésie, romans, essais, traductions, ce parisien d'origine multiplie les champs d'expériences.

La rencontre avec la forêt a commencé au Québec-Labrador, où l'écrivain partage la vie des Indiens pendant un an. Le besoin impérieux de raconter leur ségrégation mais aussi la beauté et la loyauté de ce peuple «conscient de la précarité des choses - donc du miracle d'exister»: en 1998 paraît «Innu - A la rencontre des Montagnais du Québec-Labrador», puis suivra «Kali'na - Une famille amérindienne de Guyane française», en 2002.

Mais aujourd'hui, ce qui hante l'homme c'est «ne plus seulement traverser la forêt, mais me porter à sa rencontre». Par chance, Jil Silberstein s'est vu confier un petit bout de terre sertie à l'orée d'une forêt où il vit depuis 12 ans avec toute une ménagerie insolite.

«Le chemin de la foret mène à l'impermanence et permet d'aborder tout ce qui est mortel en nous, mais avec un allègement et une liberté considérables. Elle nous réjouit par la polyphonie de tout ce qui existe, rien n'est fixe, mais rien n'est chaos. Si nous avions un millième de cette souplesse, nous pourrions tout affronter, ou presque. La foret nous offre d'être un royaume».

«La Terre est l'Oreille de l'Ours»

Jil Silberstein

Editions Noir sur Blanc

Il aime: la confiture de mandarines

Il n'aime pas: la présomption

Texte et photo: Magaly Mavilia

Date:25.10.2012
Parution: 633

La Terre est l'Oreille de l'Ours

Extraits:


La clairière est lumière qui caresse au sortir de la nuit ou de l’ombre. Elle est le lieu et le moment où tout rayonne, respire calmement, où l’allégresse monte, comme après un cauchemar. L’allégresse. La paix. La confiance. Le pardon. La certitude que tout est bien ainsi, malgré ce qui menace, dévore et détruit lentement. On ne veut plus que se tenir dans la lumière de la clairière – en paix -, consentir à l’inacceptable qui, sait-on, va sous peu nous saisir, nous courber, nous faire basculer, puis nous défaire.

 

En route pour Zürich. Lumière éblouissante du matin. Fraîchement retournée, prête à recevoir les semailles, la terre me fait l’effet d’une gigantesque forêt noire, avec ses copeaux sombres, chocolatés et onctueux. Au milieu de pareil océan, un toupet de verdure, d’un vert acidulé, se dresse hardiment – pied de nez joyeux au laboureur.

 

A qui conjugue Arctique et stérilité, et ne peut donc imaginer qu’un peuple «condamné» à y évoluer puisse déborder d’amour pour sa terre, il conviendrait de faire lire les Rêves arctiques de Lopez, hymne splendide à la ténacité du Vivant capable de profiter de la plus infime niche écologique et de s’y établir. Qui donc, après cela, s’étonnerait encore qu’un peuple comme Les Inuits puisse saluer avec ardeur chaque retour de la lumière ?