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Les Boverattes font "jazzer" et le syndic «appelle au calme»

Pully Le projet de logements d'utilité publique sur la parcelle des Boverattes continue d'agiter la classe politique. Assaillie de questions et de reproches, la Municipalité tente de calmer les ardeurs des conseillers communaux.

Le Conseil communal de Pully attend encore des réponses concernant le concours d'investisseurs pour la construction de logements aux Boverattes.

«J'appelle au calme, lance le syndic Gil Reichen. La politique du logement est un sujet hautement émotionnel et la Municipalité va chercher une solution équilibrée». L'exécutif s'est efforcé d'apaiser les esprits et de recréer un climat de confiance au Conseil communal du 24 avril. Une attitude qui fait suite à la colère et l'inquiétude de nombreux élus, suscités par le concours d'investisseurs pour la construction de logements aux Boverattes (voir Le Régional 656). Idéalement située, cette parcelle communale devrait accueillir 90 à 100 appartements d'utilité publique. Ce dossier inaugure la nouvelle politique des autorités pour lutter contre la pénurie de logements et les loyers élevés. Mais des élus du parti socialiste, des Verts, de l'Union Pulliérane et des Verts-libéraux critiquent le manque de communication de la Municipalité, et surtout les loyers trop chers envisagés dans le règlement du concours d'investisseurs qui ne répondraient pas aux critères de logement d'utilité publique. Exclu du processus de sélection du concours, le Conseil communal aura néanmoins le dernier mot, puisqu'il pourra accepter ou rejeter l'investisseur retenu «in fine» par la Municipalité.

Municipale sous pression

Face aux critiques, la municipale libérale radicale des domaines et bâtiments Lydia Masmejan, en charge du dossier, a rassuré les élus. «J'ai compris vos inquiétudes et nous allons travailler la communication, je vous le promets, d'ailleurs une séance publique d'information sera organisée en temps voulu». Contactée par téléphone, l'édile relève aussi les pressions politiques importantes qui entourent ce dossier. «J'ai reçu plusieurs sms de la droite qui ne veut pas céder et faire des logements sociaux à Pully. J'ai donc des pressions de chaque côté. Notre choix se portera sur un projet politiquement acceptable sans répondre uniquement aux revendications de la gauche mais en tenant compte aussi de celles de la droite. Nous ne pouvons pas faire abstraction de la qualité du terrain des Boverattes, le plus beau de la commune qui ne peut pas accueillir des logements sociaux». Elle a rappelé encore que le projet n'en est qu'à ses débuts. «Nous sommes en train d'analyser les offres sur le plan technique. Il y en a eu une douzaine d'intéressantes, se réjouit la municipale qui avait été critiquée sur le règlement du concours d'investisseur. Au vu de la situation, ce ne sera plus possible de venir avec le lauréat du concours au mois de juin. L'idée initiale était d'aller très vite, mais finalement nous allons prendre le temps».

Loyers au «juste prix»

Le Conseil communal, lui, attend encore un certain nombre de réponses. Deux interpellations ont été lancées ce 24 avril. La première, portée par Philippe Haldy de l'Union Pulliérane, demande la mise à disposition de quatre règlements fixant les conditions auxquelles les investisseurs devront se plier. La deuxième interpellation, plus incisive, est lancée par Les Verts. Ils reprochent à la Municipalité de s'écarter de la définition officielle de logement d'utilité publique, qui est à but non lucratif et couvre les besoins en logements à loyers ou à prix modérés. «La Municipalité étend cette notion à des logements dits «au juste prix» basés sur le coût de revient au rendement admissible, relève Anne Virdaz, cheffe du groupe des Verts. Il est évident que nous ne sommes plus dans une opération à but non lucratif». Le prix moyen maximum de 340 frs le m2, inscrit dans le règlement du concours, soulève toujours des critiques. «Les futurs locataires devront en principe débourser 1'700 frs net par mois sans charges pour un 2,5 pièces de 60 m2 et plus de 2'800 francs net par mois pour un 4,5 pièces à 100 m2». «Le fait que ce prix de 340 frs le m2 fait autant «jazzer» est dû à une mauvaise compréhension», affirme Gil Reichen. Tandis que Lydia Masmejan rappelle: «Actuellement nous disposons d'une grande marge de manœuvre notamment pour discuter avec les investisseurs. Et contrairement à ce qui se dit, rien n'est encore choisi. Mais la population s'attend à ce que les constructions sur ce magnifique terrain soient esthétiquement belles. On n'y construira pas des «barres à mine». Et cela a aussi son incidence sur les loyers».

Avoir confiance

L'interpellation des Verts s'interroge encore sur le prix, le type de rendement du terrain recherché par la Municipalité et sur les critères d'évaluation des projets. Face à la ribambelle de questions soulevées en séance, le syndic Gil Reichen ne laisse pas le temps à la municipale Lydia Masmejan de répondre. Il se lève et lance: «Vous vous doutez bien que la Municipalité ne répondra pas tout de suite à cette importante série de questions». Puis, le chef de l'exécutif souligne la volonté de la Municipalité d'aller de l'avant au sujet de la politique de logement. «Je vous appelle à faire confiance à la Municipalité. Quand le choix de l'investisseur sera fait, vous aurez tout le loisir de le critiquer, d'apporter des amendements, c'est le jeu politique, mais là nous sommes face à une anticipation que je n'ai encore jamais vue». Quelque peu agacé, il ajoute. «Nous viendrons avec une solution équilibrée. Bien sûr si nous avons le temps de travailler sur le dossier et que nous ne passons pas notre temps à répondre à toutes vos interpellations et questions».

Texte et photo: Zoé Decker

Date:01.05.2013
Parution: