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Classé confidentiel: les petits secrets du SIGE

Exclusif Le Régional a mis la main sur de nombreux documents sensibles, dont les quatre audits relationnels, organisationnels et qualitatifs menés sur le Service des eaux de la Riviera, ainsi que des pièces comptables d'un supposé détournement d'argent public.

L'unité de Distribution, basée à St-Légier, où règne une «guerre des clans», selon des employés audités, est qualifiée de «république bananière».G. Bosshard

C'est le secret le mieux gardé du SIGE. Les audits organisationnels, relationnels et comportementaux réalisés en novembre 2012 sur deux de ses sept unités, l'Administration de Vevey et la Distribution de l'eau de St-Légier. Ce sont ces diagnostics qui ont conduit son Comité de Direction (CoDir), l'exécutif de cet organe intercommunal qui gère l'eau et l'abattoir de la Riviera, à licencier son directeur Christophe Higy. Des documents maintenus depuis sous silence par le CoDir, que ni le Conseil intercommunal du SIGE (législatif), ni sa Commission de gestion (CoGest) n'ont pu consulter. Ce malgré plusieurs demandes de cette dernière, en sa qualité d'organe de contrôle. Motif du refus du CoDir: séparation des pouvoirs et protection de la personnalité. Au point que la CoGest vient de saisir le Conseil d'Etat vaudois, l'autorité suprême de surveillance des communes. Dans un courrier du 7 mai adressé au Président du Gouvernement en personne, Pierre-Yves Maillard, mais aussi à sa collègue Béatrice Métraux, ministre de l'Intérieur, ainsi qu'au Préfet de la Riviera et au Service des communes, la CoGest se plaint de n'avoir pas eu accès à ces pièces qui lui permettraient de comprendre les motivations du licenciement du directeur. «Les trop rares informations portées à notre connaissance ne nous ont pas convaincus du bien-fondé de cette décision», déplore la Commission, dans cette démarche décidée à l'unanimité de ses 7 membres, toutes tendances politiques confondues. Critiquant un gaspillage d'argent public lié aux indemnités de départ du directeur, ainsi qu'une perte de ses compétences et de ses connaissances accumulées pendant dix ans sans possibilité de transmission, ces élus prient Pierre-Yves Maillard et Béatrice Métraux «de s'assurer que la décision de licencier le directeur exécutif du SIGE a bien été prise dans l'intérêt de ce service et qu'elle ne met pas en péril son fonctionnement futur».

«Cochonneries peu éthiques»

Ces pièces, toutes classées «confidentiel», Le Régional en a obtenu copie. Outre les deux audits de novembre 2012, il s'agit de deux autres audits d'évaluation des normes ISO du SIGE, d'un courrier de l'avocat du SIGE à sa direction confirmant deux cas avérés de harcèlement à l'Administration et la Distribution, ainsi que de pièces comptables de la supposée caisse noire. Une trentaine de pages en tout, dont une note faisant état de «merdier», «cochonneries peu éthiques», «actes délictueux», «complicités», «motifs déguisés» pour le licenciement, «incompétences» et «copinage».

«République bananière»

Ces documents, qui s'ajoutent aux nombreux autres rapports, notes internes et procès-verbaux déjà en possession du Régional, permettent de dresser un tableau complet des dysfonctionnements constatés à tous les échelons du SIGE. Et surtout, interpellent quant à l'absence de mesures prises par les politiciens qui pilotent ce Service. «Il est grave aujourd'hui de maintenir en place des employés qui volent leur entreprise et empêchent une direction de faire son travail de sanction lorsque cela est nécessaire, en raison de contacts politiques influents, de jolis sourires ou de camaraderie de longue date, assène une source proche du dossier. Une entreprise, privée ou publique, doit répondre à des critères élémentaires de qualité, ce que la direction, je le crois, souhaitait faire. Il était dès lors plus simple de sacrifier le directeur, déjà fragilisé par une situation privée compliquée».

La lecture des deux audits relationnels et organisationnels de novembre, conduits par Martine Donzé, du cabinet Donzé Bez à Lausanne, fait froid dans le dos. Il en ressort que de nombreux employés posent problème, tant à l'Administration qu'à la Distribution. Où l'on fait connaissance pêle mêle au fil des pages de «personne toxique», «éléments perturbateurs», «caractère extrême», «acariâtre, «hurlant sur les gens» des «propos humiliants et blessants», avec «volonté de nuire» et «harcèlements» avérés, générant «tensions physiques et intérieures», «peur», «conflits», «stress», «pressions psychologiques», «angoisses» et «somatisation». Pour l'unité de St-Légier, les employés auditionnés parlent de «guerre des clans», allant jusqu'à lâcher: «La Distribution, c'est une république bananière».

Les deux audits d'évaluation des normes ISO sont eux aussi extrêmement sévères à l'égard de cette unité. Menés bien avant, en mars et août 2012, par deux organes extérieurs au SIGE, ils accentuent l'image d'un service qui échappe à toute autorité: «opacité», «niveau de contrôle pratiquement inexistant», «grande animosité entre certains cadres», «prise de pouvoir des caractères forts», «collaborateurs prenant des libertés sans être inquiétés», «autorité du responsable d'unité remise en question» (développement ci contre) Deux employés de cette unité avaient de surcroît fait obstruction au vérificateur ISO, ce qui avait obligé le directeur du SIGE à les faire sanctionner par le CoDir.

S'ajoute aux dysfonctionnements de cette unité sa supposée caisse noire, déjà évoquée dans nos précédentes éditions, mais dont des pièces permettent de mieux comprendre le fonctionnement (développement ci contre).

La «gangrène des rumeurs»

Les deux audits de Martine Donzé n'épargnent pas non plus le directeur Christophe Higy. Les employés de l'unité de Distribution y multiplient les critiques à son encontre, notamment sur le leadership, le management des hommes, la ligne hiérarchique, l'absence de reconnaissance et la communication. Idem à l'Administration, mais avec aussi beaucoup de complaintes et de ressentiments concernant sa relation privée avec son assistante, jugée «hautaine», «arrogante», «autoritaire», «collet monté». «Les rumeurs gangrènent les structures», constate l'auditrice, Martine Donzé, pour qui «une conjonction d'éléments favoriserait les conversations, l'agitation, l'insécurité, la diminution de l'engagement personnel à la place de travail». De manière générale, «les systèmes organisationnels ne peuvent pas supporter un lien intime entre le leader et son assistante de direction, estime Martine Donzé. Dans une moindre mesure, il en va de même d'un lien intime entre un cadre et sa secrétaire. Les systèmes se grippent, implosent, car il y a doute sur qui est le vrai patron. Les collaborateurs, dans une telle configuration, craignent pour leur position, le contenu de leurs tâches, craignent de parler, sont dans l'insécurité, ils manquent de confiance et ils ont peur».

Au final, Martine Donzé conclut à «des lacunes relationnelles sévères, des comportements inadéquats et difficiles» chez sept personnes* entre ces deux unités. Se basant sur les avis de 23 personnes auditionnées – 10 sur une équipe de 26 à la Distribution et 13 sur 13 à l'Administration – sur les plus de 100 employés que compte le SIGE au total, l'auditrice qualifie ce Service d'«organisation faible et immature». Un constat en totale contradiction avec une enquête anonyme de satisfaction réalisée sur l'ensemble du SIGE un mois plus tôt, en octobre 2012, par la direction et le CoDir, conformément aux obligations de management qualité mis en œuvre au sein de cet organe. Envoyé à 87 employés et retourné par 74 d'entre eux, ce questionnaire en 50 points affiche pour 75% des collaborateurs un taux de satisfaction supérieur à 75 sur une échelle de 0 à 100. Cette différence d'analyse tend à confirmer que ce sont surtout l'Administration et la Distribution qui posent problème, avec un responsable d'unité complètement débordé par ses troupes.

«Affaires louches»

Au retour de ces audits, en décembre 2012, Martine Donzé préconise, parmi différentes options, quatre sérieux recadrages, voire licenciements. Mais très rapidement, dès janvier 2013, le CoDir décide de licencier le seul directeur. Ce alors que de nombreux éléments essentiels n'avaient pas été portés à sa connaissance. Dont l'existence de la supposée caisse noire, dans laquelle seraient impliqués justement les dix employés* auditionnés à la Distribution, entre ceux actifs dans ce détournement de matériel et ceux au courant de cette pratique sans la dénoncer, loi du silence oblige. Or les membres du CoDir que nous avons pu interroger depuis le début de notre enquête admettent avec le recul que cette affaire de prétendue caisse noire a pu avoir une grande influence sur cet audit. D'autant plus que c'est l'assistante du directeur qui a découvert début 2012 à St-Légier que l'unité de Distribution avait continué cette pratique, alors qu'elle y était envoyée pour évaluer les besoins en secrétariat. Son tort, outre sa relation privée avec le directeur, est d'«avoir mis son nez dans les affaires louches et les pratiques professionnelles opaques ayant cours là-bas», explique une autre source proche du dossier. Elle en a fait part au directeur, qui a alerté le CoDir et lancé le processus déjà expliqué dans ces colonnes, aboutissant à l'arrêt de cette caisse noire en septembre 2012. D'où des rancunes certaines à leur rencontre.

Campagne de dénigrement

Autre élément important dont n'avait pas connaissance le CoDir, et qui a pu orienter l'audit, toujours à cette même période, octobre 2012, Christophe Higy met en lumière et sanctionne des dysfonctionnements touchant cette fois l'Administration. Selon nos informations, un cadre* y gérait une affaire d'achat et vente de Bus VW et de Volvo. Il utilisait les liquidités du SIGE – plusieurs milliers de francs d'argent public – pour financer ses investissements privés, qu'il remettait en caisse après coup, et passait beaucoup de son temps professionnel à consulter des annonces pour cette activité. De plus, le directeur découvre que ce cadre savait lui aussi depuis longtemps pour la caisse noire, mais se taisait, n'étant lui-même pas irréprochable. Une opacité qui lui vaut alors un avertissement de la part du directeur, lequel met en évidence une gestion autarcique de son secteur et un non-respect des directives.

En parallèle, Christophe Higy découvre qu'une autre employée gérait elle aussi sa petite affaire privée pendant son temps de travail, une Sarl de couture. Le directeur signale de surcroît chez cette même employée de multiples carences professionnelles, un manque de collaboration et pour ces deux employés, une tendance à discréditer leurs collègues et la direction. Autant de manquements qui ont obligé le directeur à des recadrements, mal acceptés et à l'origine de forts ressentiments et agressivité à son encontre, à en juger des notes internes.

Autre source d'animosité et de médisances contre Christophe Higy, le cadre* mobbeur avéré, sachant que le même directeur avait préconisé son licenciement, ce avant l'audit déjà. De nombreuses inimitiés potentielles qui ont, selon plusieurs sources, fait du directeur et de son assistante les cibles d'un mouvement de contestation et de dénigrement en coulisses, ayant trouvé son aboutissement dans les audits.

«Climat des audits faussé»

Mais «ce licenciement n'est pas la conséquence d'un règlement de comptes, assure Jean-Marc Emery, membre du CoDir et municipal à Veytaux. Nous sommes sereins quant à cette décision, elle a été prise après une grande réflexion». Pourtant, quelques questions plus tard, Jean-Marc Emery reconnaît lui-même spontanément: «Les audits ont été faits dans un climat faussé, car nous n'avons appris l'existence de la caisse noire qu'après, et il y a en effet eu un règlement de compte entre la Distribution et la Direction, dans le dos du CoDir». Ce n'est en effet que plus tard, en avril 2013, que le directeur, entre temps absent pour maladie, a pu livrer au CoDir plusieurs rapports détaillés sur la caisse noire et les activités non autorisées des employés de l'Administration. C'est également seulement à ce même moment qu'il a pu démentir point par point les attaques factuelles le concernant dans l'audit. «Nous avons depuis relativisé ce qui a été dit dans ces audits», admet Jean-Marc Emery. Toutefois pas au point de reconsidérer ce licenciement.

Au vu de cet enchaînement, l'attitude du président du CoDir, Marcel Martin, qui disposait d'éléments précis sur cette caisse noire et son ampleur depuis plusieurs mois, mais n'a pas jugé utile d'en informer ses collègues au moment de l'audit, interpelle davantage encore. «J'ai décidé que je ne m'exprimerai plus sur le SIGE», se contente-t-il de répondre.

«Extrême gravité»

Au final, hormis le directeur et son assistante, dont la situation est devenue intenable au point de tomber malade et de devoir, selon toute vraisemblance, prochainement démissionner, personne n'a été sanctionné. Ni le cadre marchand de véhicules, ni l'employée qui gère sa Sarl, ni les autres cadres et employés de la Distribution et de l'Administration impliqués dans la supposée caisse noire. «Il n'y a pas eu de fautes professionnelles liées à l'exécution de la tâche qui leur est confiée, justifie Jean-Marc Emery. Je ne veux pas minimiser la caisse noire, ce n'est pas acceptable, mais nous allons attendre les résultats de l'enquête pénale». Pas de sanctions non plus contre les deux cadres qui «se sont manifestement rendus coupables d'actes relevant du mobbing au sens de la jurisprudence», juge l'avocat conseil du SIGE dans un courrier d'août 2012, qui a été transmis au CoDir. «Des actes doublés par ailleurs de paroles plus que grossières de la part d'un de ces collaborateurs», constate le juriste, pour qui «l'extrême gravité de ses propos conduisent manifestement à devoir envisager une résiliation du contrat de travail». Des propos à caractère sexuel et humiliant, dont certains nous ont été rapportés de vive voix, mais que la décence nous interdit de reproduire. Son auteur* est également impliqué dans la supposée caisse noire. C'est aussi lui qui est à l'origine des très lourdes tensions qui règnent à l'unité de Distribution, à lire les audits. Mais là encore, Jean-Marc Emery relativise: «C'est un gars de chantier, il a un langage fort, c'est un meneur d'hommes». Quant au second mobbeur, qui fait lui aussi l'objet de très virulentes critiques dans l'audit, il s'est excusé, bénéficiant dès lors d'une seconde chance. Au point qu'il serait devenu depuis de facto responsable de l'unité Administration en l'absence du directeur...

Les motivations occultes du CoDir

Une gouvernance à deux vitesses qui, vue de l'extérieur, surprend, mais que, outre un lien familial déjà évoqué, plusieurs éléments non encore révélés pourraient expliquer. Dont les relations amicales de longue date et les accointances politiques entre membres du CoDir et certains des cadres et employés visés dans les audits. Comme les deux qui se sont rendus coupables de harcèlement. Dont surtout des motivations occultes et parfois moins avouables qui font que le directeur serait devenu la bête noire de plusieurs membres du CoDir et du Conseil intercommunal. Autant d'éléments sur lesquels Le Régional reviendra dans sa prochaine édition.

Reste que cela commence à faire beaucoup pour un service public. D'ailleurs, l'auditrice Martine Donzé met elle-même en exergue, en première page d'un de ses diagnostics, cette citation frappante d'une des personnes auditées: «Dans une société privée, nous n'aurions pas eu besoin d'audit, car des décisions auraient été prises depuis longtemps, puisqu'il en va de la survie de l'entreprise. Au SIGE, nous avons de l'argent facile grâce aux communes et c'est ça le vrai problème»...


* Tous les noms des documents en notre possession étaient anonymisés, mais nos recoupements nous ont permis de les identifier. Toutefois, en respect de la présomption d'innocence et de la protection de la sphère privée, nous ne les publions pas. Ce alors que certains de ces employés exercent des mandats électifs dans des législatifs et exécutifs communaux.


Serge Noyer

Date:22.05.2013
Parution: 661

«Prise de pouvoir» à St-Légier: les détails des audits ISO

L’audit de six pages d’évaluation des normes ISO, effectué sur l’ensemble du SIGE le 15 août 2012 par l’Association Suisse pour systèmes de Qualité et de Management (SQS) est lui aussi éloquent. Sur l’unité de Distribution, l'auditeur «avoue sa grande surprise, notamment au niveau de l'organigramme officiel méconnu des collaborateurs qui préfèrent une interprétation personnelle d'un organigramme fictif qui doit bien les arranger pour cacher une certaine opacité dans l'unité et sa direction». De plus «l'auditeur est très surpris par le nombre de documents sauvages non valables en circulation sur ce site». L’examinateur critique de surcroît «une planification plus qu'approximative des travaux effectués, ce qui rend la localisation des monteurs difficile, pour ne pas dire impossible et qui rend le niveau de contrôle pratiquement inexistant», et «devine aussi un mécontentement de certains collaborateurs par rapport à la hiérarchie du site».
Ces défauts doivent être résolus pour la prochaine visite de l’auditeur, prévue en juin 2013. Mais celle-ci a été reportée, sur demande du CoDir. Car, bien que certaines corrections aient été apportées par le directeur avant sa mise à l’écart, le CoDir, quelque peu débordé depuis l’absence du directeur, avoue manquer de temps pour régler la situation.
Un autre audit, lui aussi confidentiel, mené sur la seule unité de Distribution quelques mois plus tôt, le 26 mars 2012 par TTE Management, l'entreprise qui a mis en place les certifications ISO du SIGE en 2005, observait déjà les mêmes carences. «Il apparaît évident que l'encadrement travaille avec un réseau de hiérarchie informelle, cela devient la norme en vigueur. Il n’est donc pas étonnant que certains collaborateurs prennent des libertés sans être inquiétés», observe l’auditeur. «Cette situation permet une prise de pouvoir par les caractères forts de l'encadrement au détriment des autres, ce qui ne peut que nuire à la bonne marche de l'unité. Il existe une grande animosité entre certains cadres que la direction devrait chercher à résoudre avant de perdre des ressources de qualité. Cette situation ne peut perdurer car l'autorité du responsable d'unité comme le bon fonctionnement des activités sont remis en question et la place de chacun n’est pas respectée».

Le fonctionnement de la caisse noire

Les pièces comptables en possession du Régional permettent de mieux comprendre comment était organisée la supposée caisse noire de l’unité de Distribution de St-Légier. Elle aurait été alimentée par la revente de matériel appartenant au SIGE par des collaborateurs à des fins privées. Ce système aurait été mis en place par les cadres* de l’unité de St-Légier, hormis le responsable d’unité, qui est par ailleurs le gendre de Marcel Martin, président du SIGE. Près de 53'000 frs auraient été encaissés entre 2006 et 2012, par une dizaine de collaborateurs* de cette unité. Ces montants seraient issus de la revente de matériel de chantier, essentiellement de la ferraille, du laiton, des câbles, auprès d’une entreprise de récupération de fer et métaux de Villeneuve. Cet argent aurait été reversé sur un compte de Postfinance, pour une association nommée «Atelier La Veyre St-Légier», dont le titulaire serait l’un des cadres de l’unité. Les quittances d’encaissement totaliseraient plusieurs tonnes de matériel. Ces encaissements, parfois de gros montants en une fois, jusqu’à 4’800 frs selon certaines pièces en notre possession, se seraient fait aux noms propres et adresses privées des collaborateurs, ou via des fausses factures sur papier à en-tête du SIGE, mais accompagnés de bulletin de versement au nom de l’association et non du SIGE. L’argent ainsi récolté aurait été dépensé pour des achats d’alcool, des cadeaux pour des collaborateurs, des sorties pour les plus «méritants», des repas à plusieurs centaines de francs, jusqu’à 800 francs, et des voyages. 12'500 frs auraient été dépensés pour un séjour à Barcelone en 2008 et 3’500 frs pour un séjour à Paris en 2011. Ces activités d’achat et de revente se seraient déroulées durant les heures de travail. Une loi absolue du silence aurait été mise en place, ce qui explique pourquoi cette pratique aurait perduré pendant de longues années. Et ce qui explique aussi pourquoi le responsable d’unité, ainsi que plusieurs personnes de l’Administration ne l’auraient jamais dénoncé, alors qu’ils ne pouvaient pourtant pas l'ignorer.


* noms connus de la rédaction

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