Télécharger
l’édition n°917
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

Un employé du SIGE licencié pour vol de matériel

Vevey Le procureur Eric Mermoud prévoit de classer la plainte relative à la caisse noire du Service intercommunal de gestion de la Riviera. Une annonce qui laisse sceptiques plusieurs personnes proches du dossier. Par ailleurs, un cas isolé de détournement de matériel à des fins privées survenu ultérieurement a été sanctionné par un licenciement.

Après une année d'enquête, le procureur de l'Est vaudois Eric Mermoud a annoncé son intention de classer la plainte concernant la caisse noire du SIGE, le Service intercommunal qui gère les eaux et l'abattoir de la Riviera. Pour rappel, cette caisse noire avait été mise en place par des employés de l'unité de Distribution de St-Légier et était alimentée par la revente de matériel récupéré sur des chantiers. Rien qu'entre 2006 et 2012, le système, qui existait depuis une quarantaine d'années, avait permis de vendre entre 100 et 200 tonnes de matériel, pour un profit de plus de 50'000 frs. Cet argent était dépensé pour des achats d'alcool, des cadeaux, des repas et des voyages. En avril 2013, le Comité de direction déposait une plainte pénale contre X pour abus de confiance, gestion déloyale des intérêts publics et faux dans les titres commis dans l'exercice de la fonction. «J'ai entendu toutes les personnes utiles dans ce dossier. L'enquête a permis d'établir exactement ce qui s'est passé et le rôle de chacun des acteurs», relève le magistrat, en précisant que «les parties ont jusqu'au 16 mai pour se prononcer sur cet avis et demander de nouvelles mesures d'instruction».

Détournement de matériel

«Compte tenu de l'enquête menée par le procureur, nous nous en remettons à son appréciation et à ses conclusions», relève en substance le Comité de direction du SIGE (Codir) dans un communiqué diffusé le 6 mai. Le Codir souligne unanimement que «le service a retrouvé sa sérénité et il y règne une ambiance de travail positive et constructive». Le vice-président du SIGE Jean-Marc Emery précise que «un système de contrôles au niveau des procédures de récupération du matériel a été mis en place, afin de veiller à ce que ce genre de pratique ne se reproduise plus». Ce qui n'a pas empêché un cas ultérieur de détournement de matériel. Selon nos informations, un employé de l'unité de distribution de St-Légier, celle-là même dont une dizaine d'employés étaient concernés par la revente de matériel alimentant la caisse noire, a été licencié pour vol de matériel. Ce licenciement est survenu en novembre 2013. Mais «cela n'a rien à voir avec la caisse noire, assure Jean-Marc Emery. Il s'agit d'un cas particulier assez dramatique. Le collaborateur en question agissait seul.»

«Comédie fantoche»

S'agissant du classement annoncé par le procureur, certaines sources proches du dossier qualifient l'affaire de «comédie fantoche», où plaignants et prévenus auraient «accordé leurs violons», voire «tiré à la même corde», dans l'objectif de minimiser leurs agissements - au motif que les directives internes en la matière n'étaient pas claires et qu'ils ne pouvaient pas savoir que de telles reventes de matériel n'étaient pas autorisées - voire de reporter la responsabilité sur le directeur licencié, Christophe Higy, sous prétexte qu'il n'aurait pas sévi à temps pour mettre un terme à ces pratiques. Pourtant, ce dernier avait alerté le président du Codir Marcel Martin dès 2008, avant d'exiger que ce système de revente cesse. Mais le système a perduré jusqu'en 2012, avant que l'affaire n'éclate publiquement début 2013 sur fond de mobbing et de règlement de comptes (voir encadré). L'affaire a également mis en lumière des conflits d'intérêts au sein de ce service public. D'ailleurs, dans le cadre du dépôt de sa plainte pénale, le Codir avait dans un premier temps sollicité l'assurance protection juridique du SIGE pour assurer la défense de ses employés impliqués dans ce système de revente de matériel. Prise en charge qui avait été refusée par la dite assurance, la CAP (Compagnie d'assurance et de protection juridique), qui jugeait dans un courriel «très problématique que le SIGE dépose plainte pénale contre des collaborateurs, puis s'arrange pour assurer que leur audition se déroule en présence d'un avocat payé par le SIGE ou par la CAP».

Priska Hess et Serge Noyer

Voir notre dossier complet

Date:14.05.2014
Parution:

Dysfonctionnements mis en lumière

Si l'affaire de la «caisse noire» devrait être bientôt classée sur le plan pénal, elle a révélé en toile de fond d'importants dysfonctionnements. Lesquels ont été mis en lumière et sanctionnés par Christophe Higy, le directeur qui a par la suite été licencié. A cela sont venues s'ajouter des accusations de mobbing concernant deux employés. Au point qu'en novembre 2012, le Codir ordonnait deux audits organisationnels, relationnels et comportementaux sur les unités Administration (Vevey) et Distribution (St-Légier), en vue notamment de faire la lumière sur les problèmes de mobbing. «Ces entretiens démontreraient l'existence de manifestations de pressions (harcèlement) psychologiques», avait conclu l'auditrice concernant l'unité Administration, tandis qu'elle signalait «des lacunes relationnelles, des comportements inadéquats et difficiles» chez sept personnes en tout entre les deux unités. Au retour de ces audits, parmi différentes options, l'auditrice préconisait quatre sérieux recadrages, voire licenciements. Mais très rapidement, dès janvier 2013, le Codir décidait de licencier le seul directeur. Officiellement en raison «de divergences de vues» - le Codir lui reprochait d'avoir tardé à l'avertir des pratiques liées à la caisse noire. Officieusement, il a été la cible d'un «règlement de comptes», comme l'a d'ailleurs reconnu le Codir, qui s'est manifesté dans les audits, notamment pour avoir dénoncé ces dysfonctionnements. Quant aux autres personnes mises en cause dans les audits, dont celles accusées de harcèlement, elles travaillent toujours au sein du SIGE. «Il y avait une ambiance très délétère en 2012. Les audits ont permis de remettre les choses en place et l'ambiance est vite redevenue positive», relativise Jean-Marc Emery.

En images

Documents

Vidéo
Documents audio

Dans ce même dossier