Télécharger
l’édition n°729
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

Templiers, Francs-maçons, Rosicruciens : Qui sont-ils vraiment ?

Spiritualité Elles ont des vitrines sur internet, font l'objet d'une abondante littérature, et leurs ramifications sont internationales. Héritières de démarches spirituelles séculaires, les sociétés initiatiques suscitent souvent la méfiance, autant que la fascination. Mais que font donc francs-maçons, templiers et rosicruciens sur les rives lémaniques? Excursion dans un monde aux frontières du quotidien, discret mais bien présent en Suisse romande.

DR

La flamme vacillante de la bougie dévoile l'exiguïté de la pièce, compressée entre des murs noirs. Fixée à la paroi, la silhouette d'un coq et d'une faux. Sur une petite table, un sablier et trois crânes humains avec une formule: «Nous étions ce que tu es, tu seras ce que nous sommes». Ici, tout est symbole et invite à la réflexion. Difficile d'imaginer que l'on se trouve au cour d'une ancienne maison vigneronne de Clarens! Elle abrite aujourd'hui la loge franc-maçonnique Evolutia. C'est là, seul dans la pénombre silencieuse du «cabinet de réflexion», que le néophyte doit rédiger son testament philosophique, avant d'être initié. «L'initiation est une suite d'épreuves symboliques, des moments très forts dont le récipiendaire restera imprégné», explique Michel Zufferey, Vénérable Maître de la loge Evolutia.

L'oil du Grand architecte

La franc-maçonnerie actuelle a été créée en Angleterre au début du 18e siècle, mais elle revendique une filiation avec les bâtisseurs des cathédrales du Moyen Âge. Les références au mythique Temple de Salomon occupent également une place clef, tant dans l'architecture des loges que dans le symbolisme de l'ordre. Avec ses quelque 3500 membres et 85 loges, dont 47 dans les cantons romands, la Grande Loge Suisse Alpina (GLSA), fondée en 1844, est la plus importante obédience maçonnique de Suisse. Elle se définit comme une «alliance d'hommes libres, de toutes confessions et de tous horizons sociaux», «un enseignement de conduite morale» et une «démarche spirituelle», placés sous l'égide d'un principe supérieur, le Grand Architecte de l'Univers ou G.A.D.L.U. «L'objectif du franc-maçon est de construire son temple intérieur, avec pour principes l'écoute, la tolérance et l'humanisme», relève Michel Zufferey. «Dès que l'on parle de franc-maçonnerie, cela donne lieu à toutes sortes de fantasmes... Par exemple, on n'y entre pas pour se créer un cercle professionnel.» Quant au «secret» maçonnique, il ne peut être appréhendé que s'il est vécu: «C'est une découverte progressive, guidée par des symboles que chacun doit interpréter», résume Jean-Jacques Poutrieux, franc-maçon de longue date. «Il n'y a rien à apprendre, mais tout à découvrir et à comprendre.»

Templiers sans le sou

S'il est un ordre qui, davantage que la franc-maçonnerie, fascine par les mystères dont il est entouré, c'est bien celui des templiers. Constitué au 12e siècle pour assurer la protection des pèlerins qui se rendaient à Jérusalem, il a été historiquement aboli en 1314. Pourtant, de nombreux mouvements se réclament aujourd'hui comme héritiers spirituels ou même historiques des templiers, à l'instar de l'OSMTH (Ordo Supremus Militaris Templi Hierosolymitani), un ordre international «areligieux et apolitique» ouvert aux hommes et aux femmes, et dont le siège se trouve à Porto. En parcourant le site internet du Grand Prieuré Magistral de Suisse, on découvre que l'ordre revendique un engagement «au service d'un monde meilleur» basé sur les valeurs de liberté, fraternité, entraide et tolérance. Et qu'il est composé de deux structures: l'une chevaleresque, vouée «à l'évolution de la personne et à la défense du patrimoine culturel de l'humanité»; l'autre initiatique, avec plusieurs degrés visant «à l'évolution et au perfectionnement philosophique et ésotérique de ses membres». En Suisse romande, l'OSMTH compte une soixantaine de membres seulement. Selon son Grand Prieur Magistral, Jacques Du Bos, l'affaire de l'Ordre du Temple Solaire, il y a vingt ans, est la cause de cette situation: «Bien que nous ayons été reconnus comme association historique, on nous a fermé des portes. Parfois la location d'un local nous est refusée» Quant au légendaire trésor des templiers, inutile de le chercher en Romandie: «Nous n'avons rien à nous, ni fortune, ni bien immobilier. Nos commanderies de Genève et d'Echallens ne sont que des locaux que nous louons.»

La Connaissance... par correspondance

Retour à Lausanne. C'est dans un bâtiment moderne du quartier de Tivoli que se trouve le chapitre Akh-En-Aton de l'Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix (AMORC). Un ordre initiatique créé aux Etats-Unis en 1915, inspiré par l'enseignement de la mythique confrérie Rose-Croix apparue en Allemagne au début du 17e siècle (voir ci contre). L'AMORC se considère comme «l'ouvre d'un collège d'initiés» perpétuant et transmettant la Connaissance à travers les âges, héritier des «Écoles de mystères» de l'Égypte ancienne notamment. Il intègre aussi certaines doctrines du bouddhisme, comme le karma et la réincarnation. Origines de l'univers, lois de la vie, ouvres des philosophes de la Grèce antique, parapsychologie, thérapeutique rosicrucienne et éveil des facultés psychiques sont quelques-uns des enseignements dispensés, par le biais d'une initiation en douze degrés. Particularité: cet enseignement peut se faire par correspondance ou par internet. «Il est aussi possible de participer à des initiations collectives. Chacun est libre de choisir la manière dont il veut s'impliquer», relève Michel P., Grand Conseiller régional.

La voie gnostique

Sur les hauteurs de Montreux se dresse, imposant, l'ancien Grand Hôtel de Caux. Un bâtiment historique, aujourd'hui propriété du Lectorium Rosicrucianum, centre de conférences de la Rose-Croix d'Or. Ecole spirituelle internationale fondée aux Pays-Bas et implantée en Suisse en 1956, elle se réclame du courant gnostique «à l'origine de toute la vie spirituelle de l'Occident et du Moyen-Orient». L'idée est que l'homme a mésusé de sa liberté et s'est lié à la matière, errant d'incarnation en incarnation. Mais il garde en lui un «principe divin» à partir duquel il lui est possible «d'accéder au renouvellement de son âme» au long d'un processus de «transformation», et de retrouver «le domaine de vie divin». «J'étais très active dans l'Église de mon enfance, mais à un moment donné je me suis sentie à l'étroit. J'étais à la recherche d'une dimension spirituelle plus universelle, ce que j'ai finalement trouvé ici», décrit Rosemarie Facelli, membre du Conseil de Fondation. Elle explique que le chemin spirituel comprend sept marches «pour aller vers cette transformation intérieure, assorties de rituels basés sur des écrits sacrés, bibliques notamment. «Si un intéressé souhaite découvrir cet enseignement, il peut devenir membre: ce statut permet de participer aux activités sans engagement particulier. S'il désire s'engager sur le chemin spirituel proposé, il peut devenir élève». Ce qui implique alors certaines exigences par rapport au mode de vie, notamment le végétarisme et le renoncement à une autre appartenance religieuse. «Ces exigences deviennent naturelles ou évidentes pour l'élève au fur et à mesure de son évolution spirituelle», précise Rosemarie Facelli.

Priska Hess

Interview

Dans tous les groupes sprituels, des dérives peuvent se produire

Avant d'intégrer un mouvement spirituel, il importe de bien se renseigner. Basé à Genève, le Centre Intercantonal d'Information sur les Croyances (CIC) met à disposition du public une information neutre et complète. Entretien avec sa directrice Brigitte Knobel.

Comment le CIC a-t-il été créé?

> Le CIC a été créé en 2002 par les cantons de Genève, Vaud, Valais et Tessin à la suite des drames de l'Ordre du temple solaire (OTS) survenus entre 1994 et 1996. Les autorités politiques souhaitaient répondre aux inquiétudes de la population par des mesures éducatives, en mettant à disposition du public de la documentation sérieuse et indépendante des Eglises, sur les mouvements religieux, les nouvelles spiritualités, les mouvements controversés et groupes minoritaires.

Quelle est son approche du champ religieux?

> Le CIC emploie une sociologue et une historienne des religions. Dans sa recherche de documentation, il adopte la même approche avec chaque groupe, quels que soient son courant, sa taille ou son histoire. Il répond également aux questions que se posent les groupes religieux, surtout en ce qui concerne le cadre légal suisse. C'est une manière de faire de la prévention et d'agir en amont.

Vous utilisez le mot «secte» avec prudence, pourquoi?

> Le terme de «secte» a une connotation péjorative et peut dès lors s'avérer stigmatisant, voire diffamatoire. Il n'existe pas en Suisse de liste officielle de «sectes» et, du point de vue du droit, c'est un terme qui n'est pas défini. Ceci dit, ce n'est pas parce que le CIC n'utilise pas ce terme qu'il n'existe pas de problème. Mais nous préférons parler de dérives ou de dysfonctionnements, qui peuvent d'ailleurs potentiellement surgir dans tous les groupes spirituels, reconnus ou non.

Concernant les dérives sectaires, quels sont les éléments qui doivent alerter?

> Les plus graves sont bien sûr les maltraitances, les escroqueries ou l'exercice illégal de la médecine. Mais c'est heureusement rare. Moins graves, mais plus fréquentes sont les situations de manque de transparence, de non-respect de la sphère privée ou de la liberté de croyance, de contestation de l'enseignement des sciences dispensé à l'école publique, ou encore d'homophobie.

Quelles infos le CIC peut donner à ceux qui souhaitent intégrer un mouvement?

> Des informations provenant du mouvement, des recherches réalisées par des universitaires, des articles de presse, des témoignages, des documents d'associations de victimes, des jugements, des avis d'associations de défense de minorités, des bases légales ou encore des avis d'autorités publiques. Le CIC dispose aussi de renseignements provenant d'autres centres d'information en Europe et en Amérique.

Quelles sont les demandes les plus fréquentes?

> En 2013, l'éventail des questions concernait plus de 200 groupes et thèmes différents, portant sur des groupes chrétiens, bouddhistes, ésotériques, musulmans, mais également sur des thérapies spirituelles et des groupes new-age. Ceci dit, les questions et inquiétudes suivent l'évolution des temps. Le CIC est maintenant davantage interrogé sur des problématiques touchant à l'islam.

Infos sur www.cic-info.ch

Date:23.10.2014
Parution: 729

Ces mystérieux hauts grades maçonniques

Société initiatique, la franc-maçonnerie est structurée par des grades ou degrés, qui marquent à chaque fois une étape dans le cheminement spirituel. Les trois premiers grades (Apprenti, Compagnon, Maître), qui constituent la maçonnerie dite «bleue», sont communs aux différents rites existants. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA), qui comporte 33 degrés, est actuellement le système de hauts grades le plus répandu au niveau mondial. Que cachent ses désignations aussi emphatiques que déroutantes? En quoi consistent ses travaux placés sous l’égide du Grand Architecte de l’Univers ? Et quels sont ses objectifs ? Eclairages avec Jean-Claude Chatelain, Grand Commandeur du REAA pour la Suisse.

 

Combien de membres compte le REAA en Suisse?

Le REAA compte actuellement 910 membres provenant de 10 régions (Genève, Lausanne, Sion, Yverdon-les Bains, La Chaux-de-Fonds, Berne, Bâle, Zürich, St-Gall et Lugano). Les membres sont tous issus de la Grande Loge Suisse Alpina.


Que signifient les désignations Rose-Croix, Chevalier Kadosch, ou encore Maître du Royal Secret? 

Les « titres » des grades du REAA, ainsi que ceux que vous citez (qui correspondent respectivement aux 18e, 30e et 32e grades), sont associés aux différents courants de pensée traditionnels, qui constituent les principales sources spirituelles du Rite. Le courant judéochrétien d’une part, qui puise aux sources vétéro et néo-testamentaires et fait référence aux corporations de bâtisseurs et à l’édification du temple de Salomon; d’autre part, le courant rose-croix ou hermétique, qui puise aux sources pythagoriciennes, kabbalistiques et de l’humanisme de la pré-Renaissance, en laissant une large place à l’alchimie; enfin, les courants de chevalerie orientale (par les règles de chevalerie soufies) et occidentale (chevalerie du Graal, entre autres, d’inspiration celtique et germanique), avec une référence marquée à l’Ordre du Temple. Le Maître ou Prince du Royal Secret, parvenu au bout de sa quête, symbolise à travers la découverte du Royal Secret, celui de la Pierre philosophale [ndlr : qui doit être comprise au sens d’une l’alchimie ou transformation intérieure],  l’enfant royal ou prince, dont le couronnement sera marqué par l’accession au 33e et dernier degré.


En quoi consistent les degrés du REAA, comment les définiriez-vous? Y a-t-il un enseignement dispensé?

Le grade de Maître (3e degré) n’est pas une fin en soi, même si beaucoup de Maîtres estiment que la Maçonnerie symbolique, c’est-à-dire des trois premiers grades, suffit à leur propre démarche et à la finalité de leur quête. Tout est une question de soif… Dans leurs rituels, les degrés du REAA proposent, à chaque grade, une légende, une histoire ou un mythe, dans lequel le néophyte a toute latitude d’interpréter ou de trouver un message – message dont la teneur sera tributaire des connaissances et penchants du néophyte. Mais même si le REAA paraît très hiérarchisé dans sa structure, il n’est en aucune façon dogmatique dans son enseignement. D’ailleurs le terme même d’enseignement n’est pas tout à fait juste non plus; un des degrés finals du Rite le précise lui-même à travers cette sentence: « Je n’enseigne pas, j’éveille! »

 

Quel est le rôle de la Conférence internationale des Suprêmes Conseils du Monde ou des Conférences des Souverains Grands Commandeurs européens?

Les conférences internationales sont un lieu privilégié d’échanges entre les responsables des Suprêmes Conseils. Elles font souvent l’objet d’un thème de réflexion développé par chacun des participants – comme par exemple «Les nouvelles voies pour un avenir plus humain» ou «les horizons pour le contrat social et un pacte plus écologique». De plus, les responsables peuvent profiter de partager leurs points de vue au sujet de l’organisation générale des Suprêmes Conseils. Les organisations internationales n’ont aucun pouvoir hiérarchique.

Depuis bientôt deux ans, les Suprêmes Conseils européens se sont organisés dans le cadre d’une « C.S.C.E. » Confédération des Suprêmes Conseils Européens du Rite Ecossais Ancien et Accepté ». Cette confédération, sans pouvoir hiérarchique, poursuit les mêmes buts que les conférences précitées, toutefois sous une forme permanente et structurée.


«Etablir un monde dans lequel tous les êtres humains vivent dans le respect des principes de liberté, de dignité humaine et de tolérance mutuelle» est votre objectif général. Concrètement, comment essayez-vous de le mener à bien? Attendez-vous de vos membres qu'ils s'engagent au niveau politique, social ou humanitaire?

Précisons tout d’abord que cet objectif n’est pas seulement propre au REAA, mais à tous les francs-maçons d’une manière générale. Pour travailler à l’édification de ce monde idéal, pour ne pas dire utopique, le franc-maçon doit commencer à travailler d’abord sur lui-même et c’est seulement une fois qu’il aura construit en lui-même ce monde ou ce « temple » idéal, qu’il pourra agir efficacement par son propre rayonnement sur le monde extérieur. On attribue au philosophe Saint Augustin cette sentence: « Charité bien ordonnée commence par soi-même. » Cela ne signifie pas qu’il faut d’abord penser égoïstement à soi-même avant de penser aux autres, mais simplement que pour pouvoir appliquer la charité, c’est-à-dire l’amour du prochain, il faut d’abord apprendre soi-même à aimer. C’est exactement le but vers lequel tend tout franc-maçon. Donc ce n’est pas la franc-maçonnerie qui doit agir sur le monde, mais le franc-maçon qui, par ses propres convictions basées sur les principes maçonniques, son propre rayonnement, doit agir dans le domaine où il s’est engagé, que ce soit politique, social, humanitaire ou autre, voire même simplement familial (qui n’est pas toujours le domaine le plus facile à gérer). Et toujours en évitant les positions dogmatiques et en conservant à l’esprit cette fameuse sentence attribuée au chevalier Kadosch: « Je n’enseigne pas, j’éveille! »

Le mythe de la Rose-Croix

Entre 1614 et 1616, trois opuscules, la Fama Fraternitatis, la Confessio Fraternitatis et les Noces chimiques de Christian Rosenkreuz, publiés en Allemagne, révélaient l’existence de la Rose-Croix, une mystérieuse confrérie séculaire détentrice de secrets divins sur le monde et l’histoire. Des écrits à la «dimension clairement politique et religieuse», comme le note Frédéric Lenoir (1), mais aussi «pétris de mystères, multipliant les références à la kabbale, à la tradition alchimique, aux gnostiques et à l’hermétisme». Ce qui s’est avéré être un «canular littéraire finement ciselé» par un groupe d’étudiants luthériens partageant l’espoir d’une amélioration de la vie sociale et morale de l’Europe, eut pourtant un exceptionnel retentissement, et ses enseignements inspirèrent de nombreux mouvements au fil des siècles, dont les francs-maçons dans les systèmes de haut grades.

En 1933, à Lausanne, le Dr. Edouard Bertholet (connu notamment comme auteur de plusieurs livres sur les thérapies naturelles et dans le domaine de la spiritualité, et comme fondateur de la Société vaudoise d’études psychiques), constitua avec l’occultiste allemand Auguste Reichel, un Ordre ancien et mystique de la Rose-Croix. «Il portait le nom d’AMORC, exactement comme l’organisation du même nom fondée en 1915 aux Etat-Unis par Harvey Spencer Lewis», écrit Jean-François Mayer (2) en précisant que «la question des liens entre l’AMORC suisse et l’AMORC américaine n’est pas très claire». L’AMORC américaine ouvrit, elle, sa première loge en Suisse dans les années 50. Ce parallèlement à l’implantation en 1956 de l’Ecole Spirituelle de la Rose-Croix d’Or/Lectorium Rosicrucianum, fondée en Hollande par Jan van Rijckenborgh (de son nom civil J. Leene) et Catharose de Petri (de son nom civil H. Stok-Huizer).

 

Sources :

(1) Frédéric Lenoir, La saga des francs-maçons, Paris, Robert Laffont, 2009

(2) Jean-François Mayer, Les nouvelles voies spirituelles. Enquête sur la religiosité parallèle en Suisse, Lausanne, L’Age d’Homme 1993.

Une influence occulte?

Si francs-maçons, templiers et rosicruciens proposent chacun une démarche visant à l’évolution spirituelle de l’individu, ils escomptent également une amélioration du monde et de la société. Ainsi, les templiers de l’OSMTH revendiquent un engagement «au service d’un monde meilleur» basé sur les valeurs de liberté, fraternité, entraide et tolérance. L’AMORC, lui, dit œuvrer «à l’établissement d’une Fraternité Universelle» et souhaite la création d’un «gouvernement mondial, dont l’ONU n’est qu’un embryon». Cela implique-t-il un engagement dans la sphère politique? «L’AMORC ne cherche ni à s’engager sur ce plan, ni à influencer secrètement le monde politique», souligne Michel P., Grand Conseiller régional. «Bien sûr, de par leur profession, certains de nos membres sont impliqués dans la vie politique et peuvent avoir ce genre de visée à titre personnel. Mais chaque Rosicrucien reste libre de décider de ce qu’il veut faire pour témoigner de son évolution intérieure.»

Du côté des francs-maçons, Jean-Claude Chatelain, Grand Commandeur pour la Suisse des hauts grades maçonniques REAA (voir interview) explique que «ce n’est pas la franc-maçonnerie qui doit agir sur le monde, mais le franc-maçon qui, par ses propres convictions basées sur les principes maçonniques, doit agir dans le domaine où il s’est engagé». Et si «dans les loges, on ne parle ni de politique, ni de religion», comme le rappelle le Vénérable Maître d’Evolutia Michel Zufferey, cela n’empêche pas certains francs-maçons de chercher à «enrichir le débat politique», selon leurs termes: ainsi, une trentaine d’entre eux constituent aujourd’hui l’association Dialogue et Démocratie Suisse, une ONG avec statut consultatif à l’ONU depuis 2012. «Notre association réunit des francs-maçons et francs-maçonnes de toutes obédiences. Nous sommes un think-tank, un laboratoire d’idées indépendant et neutre, œuvrant pour la défense de la démocratie», résume son président André Moser. «Notre but n’est pas de nous mettre en avant, ni de nous faire élire, mais d’enrichir le débat politique, par exemple en transmettant aux organes politiques les résultats de nos réflexions sur des sujets de société » La franc-maçonnerie suisse risque-t-elle un jour d’occuper le terrain politique comme en France, avec d’inévitables dérapages ? «Non», assure André Moser, «car en Suisse les différentes obédiences, en tant que telles, sont tenues par des règles précises : elles ne peuvent pas prendre de positions politiques ou sociétales. La franc-maçonnerie ne s’engagera que si elle est attaquée.» Comme elle le fit en combattant ouvertement l’initiative Fonjallaz qui demandait l’interdiction des sociétés maçonniques, initiative qui fut rejetée par le peuple en 1937.

 

Les sociétés initiatiques en chiffres

Francs-maçons: entre 3 et 4 millions dans le monde, toutes obédiences confondues, et 4500 en Suisse (GLSA, Grand Orient, Grande Loge Féminine, Grande Loge Mixte, Droit Humain). Cotisation (loge Evolutia): autour de 400 frs/anTempliers OSMTH: environ 48'000 membres au niveau mondial, dont 60 à 70 en Suisse romande (Genève et Vaud). Cotisation: 200 frs/anAMORC: environ 250'000 membres au niveau mondial, dont 230 en Suisse romande. Cotisation: 310 frs/an. Compter le double de cette somme, annuellement, si le membre participe et cotise également à une association locale.Rose-Croix d'Or: environ 17'000 élèves et membres au niveau mondial, dont 550 élèves et 110 membres en Suisse. Cotisation annuelle: 70 frs/mois pour les élèves et 30 frs/mois pour les membres (inclus l'abonnement au journal Pentagramme).

Dans ce dossier

Documents

Vidéo
Documents audio