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Elle raconte des histoires dans des bouteilles

Curiosité Venue de Virginie et résidant à Bex, Gabrielle Heather Rogers pratique un art très particulier: elle fabrique des bateaux en bouteilles. Une passion dévorante qu'elle partage volontiers, dévoilant même les ficelles de son travail. Rencontre.

Le bateau plié au moment de passer le goulot de la bouteille est appelé «cigare».LDD

Chesapeake Bay. En deux mots, nous voilà transportés dans le plus grand estuaire des Etats-Unis. De l'eau, des bateaux, des paysages somptueux. C'est là qu'eut lieu, en 1781, une bataille décisive entre la marine française et la Royal Navy, ayant mené à l'indépendance de la nation. C'est là, en Virginie, que Gabrielle Heather Rogers a vu le jour. Autant dire que même si elle n'a que très peu navigué, la jeune femme a été imprégnée de l'univers naval depuis toujours. «À l'université, j'ai obtenu une licence d'enseignante en Art. Puis j'ai trouvé un emploi chez un peintre en lettres, qui inscrivait les noms sur les bateaux», se souvient-elle.

C'est alors que Gabrielle a rencontré Stefan, un Suisse expatrié qui restaurait un bateau pour son patron. Et les voilà partis en croisière en amoureux sur l'embarcation de Stefan, sillonnant les eaux des Bahamas. Sur le chemin du retour, ils visitent un musée de la marine où ils assistent à une démonstration de fabrication de bateaux en bouteilles. «J'ai trouvé ça vraiment unique. Comme nous habitions sur le bateau, il me fallait un art qui ne prenne pas trop de place, que je puisse pratiquer à bord», raconte Gabrielle.

Sous toutes les coutures

Pour bien représenter ses modèles, Gabrielle prend une multitude de photographies, les observe attentivement et dessine des plans avant de se mettre à l'œuvre. Elle a d'ailleurs vu en vrai la grande majorité de la septantaine de voiliers, goélettes, barques et autres navires qu'elle a représentés à ce jour. «Je me renseigne le plus possible sur l'histoire du bateau que je veux réaliser. Plus mon dessin sera précis, plus le résultat sera vivant. Il faut maintenir la vie d'une scène et faire attention à tous les détails, sinon la magie se perd», confie l'artiste. Jetez un coup d'œil dans l'une des bouteilles, vous verrez le vent gonflant les voiles, les oiseaux suspendus en vol, les vagues qui dansent. Evoquant l'importance de la mise en scène, la jeune femme a l'intention de puiser plus souvent son inspiration au cinéma: «On se rend compte que c'est l'histoire qui prime. On m'a par exemple commandé trois fois le bateau des «Dents de la mer», avec le requin à côté. Je ne me doutais pas qu'autant de gens avaient été marqués par ce film».

Mais comment ça passe dans le goulot?

Patience et minutie sont les maîtres mots de l'art de Gabrielle, qui sculpte les coques de ses bateaux dans de petits morceaux de bois (généralement du tilleul), et fabrique les mâts en ponçant finement des bâtons à brochettes en bambou. «J'ai fait de nombreux essais avant de trouver la bonne méthode. J'ai aussi cassé beaucoup de matériel», sourit-elle. Une fois le modèle monté avec tous les détails, il faut encore le peindre. Pas question de trembler: le nom de l'embarcation est inscrit avec un pinceau à un seul poil! Ce n'est que lorsque la miniature est terminée qu'intervient la mise en bouteille, explique Gabrielle: «Les mâts sont pliables, de manière à pouvoir faire passer le bateau dans le goulot. Mais pour certains modèles, je dois assembler plusieurs parties à l'intérieur de la bouteille». Le passage dans le récipient est un moment délicat. Tout doit être organisé parfaitement, notamment lorsqu'il y a des cordages, qui s'emmêlent facilement: il est quasiment impossible de ressortir un bateau de sa cage de verre en cas de problème.

Intégration réussie

Gabrielle a suivi Stefan en Suisse et le couple s'est récemment installé à Bex. Si notre pays n'est pas bordé par la mer ou l'océan, nos lacs regorgent néanmoins de bateaux de toutes sortes. «Peut-être que je connais mieux la Suisse que certains Suisses eux-mêmes! Nous profitons d'être ici pour visiter des tas d'endroits», explique l'artiste, qui a notamment reproduit une série de barques du Léman, mais aussi des embarcations de style plus moderne, comme le fameux bateau à vapeur et à roues à aubes de la CGN «la Suisse», par exemple. Le bateau qu'elle rêve de représenter? «Je veux en faire autant que je peux! Mais je réalise que je n'ai pas encore construit le nôtre...».

Valérie Passello

Date:27.11.2014
Parution: 734

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