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Associations primées :
les clés d'une intégration réussie

INTÉGRATION Trois associations des régions Chablais, Riviera et Lavaux-Oron travaillant à la cohabitation interculturelle viennent d'être primées par Contakt-citoyenneté. Ce programme d'encouragement commun du Pour-cent culturel Migros et de la Commission fédérale pour les questions de migration (CFM) apporte un soutien organisationnel et financier aux initiatives d'engagement citoyen visant à promouvoir les échanges entre Suisses et immigrés. Tour d'horizon.

Les membres de l'Association pour le français à Clarens.Toma Gajdov

Lorsque l'on arrive dans un pays où tout vous est étranger, la langue, les mours, les usages, la manière de saluer, de manger, de s'habiller, l'intégration peut paraître longue et laborieuse. A ce titre, la Suisse est un modèle d'intégration des étrangers. Mais cela ne tombe pas du ciel, en témoignent les trésors d'ingéniosité et de possibilités déployés aux quatre coins du pays pour la faciliter. Le programme Contakt-citoyenneté examine et récompense justement les initiatives dans le domaine de la migration et de l'intégration. Sur les 100 projets émanant de toute la Suisse déposés en novembre 2013 auprès de la Commission fédérale pour les questions de migration, 34 viennent d'être primés pour leur créativité et leur engagement (lire encadré). Parmi eux figurent trois projets de la région: «Sac d'Histoires», de la bibliothèque interculturelle «A tous livres» à Monthey, «Apprendre, partager et participer... en français», de l'Association pour le français à Clarens et «Intégration points rencontre et cours de français», porté par l'Association «Les Seniors partagent leur expérience et leur savoir» (SPES- Lavaux).

Histoires polyglottes et baladeuses

Le Sac d'Histoires est un concept mis sur pied par la bibliothèque interculturelle «A tous livres» de Monthey, en collaboration avec les écoles. Il contient un livre bilingue, un CD dans la langue d'origine de l'enfant, des jeux pédagogiques, un livre d'or où les familles peuvent s'exprimer librement, ainsi qu'une surprise dont le secret est jalousement gardé par tous les enfants participant au projet. «Réaliser un sac représente un énorme travail, raconte Francine Cutruzzolà, présidente de l'association «A tous livres». Nous achetons les livres dont le texte est en anglais et dans une autre langue, comme le punjabi, le mandarin ou le cantonais. Nos bénévoles traduisent le texte de l'anglais vers le français et collent des étiquettes dans les livres en respectant les illustrations, qui sont très belles». Les enseignants dressent la liste des langues parlées à la maison par leurs élèves et leur confient le sac à tour de rôle. Chaque enfant peut lire le livre chez lui et jouer avec ses parents, sans contrainte, usant d'un outil qui valorise aussi bien le français que sa langue maternelle. L'un des livres est disponible en 26 langues, mais pour l'heure, la moyenne est de 15 à 20 versions.

Grâce au soutien de Contakt-citoyenneté, «A tous livres» pourra créer une quinzaine de sacs, dont le coût de fabrication s'élève à environ 1000 frs pièce, le contenu étant confectionné par l'association. «Ce prix est une belle reconnaissance. Et le projet peut s'élargir: nous sommes à disposition pour conseiller d'autres associations qui s'y intéressent», relève la responsable de la bibliothèque Valérie Godfroid. L'an prochain, des rencontres avec les parents seront organisées, permettant d'échanger autour des histoires, de s'exprimer dans toutes les langues, de mettre sur pied des activités, spectacles ou autres, le but étant tout simplement de tisser des liens, où les origines de chacun seront mises en valeur et partagées.

Par et pour les migrants

Autre projet récompensé par Contakt-citoyenneté, celui de l'Association pour le français à Clarens, «Apprendre, partager et participer... en français», qui bénéficie d'un fonds d'encouragement de 6000 frs pour une année. Le concept? Proposer des cours de français et de préparation à la naturalisation, auxquels viennent se greffer plusieurs activités autour du français facilitant l'apprentissage et la pratique de l'idiome régional. Au programme: ateliers de cuisine et de danse, repas «canadiens», promenades et visites, mais aussi «mini-conférences» animées par des personnalités locales. «La langue est un prérequis indispensable. Mais le partage des connaissances et expériences de vie de chacun au travers des loisirs joue également un rôle important dans le processus d'intégration», note Ann Fasnacht, coordinatrice.

Particularité de ce projet, sa gestion est assurée par des habitants de Clarens et Montreux, issus de la migration et mus par la volonté commune de s'intégrer dans leur pays d'adoption, la Suisse. «Les associations venant en aide aux allophones (réd: les personnes qui parlent une autre langue que celle du pays où elles se trouvent) sont souvent portées par des gens d'ici qui souhaitent apporter leur soutien à ceux d'ailleurs. Notre démarche, au contraire, consiste à réunir des personnes de toutes origines, dont les expériences de vie se rejoignent, pour construire quelque chose ensemble», explique Ann Fasnacht.

Depuis sa création en 2013, l'association est parvenue à rassembler quelque 150 personnes, originaires de plus de 40 pays, de tous âges et de toutes conditions, arrivées en Suisse il y a un mois, dix ans ou bien plus encore. «Il y a un véritable brassage culturel, générationnel et social. Nous cherchons à connaître et à comprendre la Suisse tout en échangeant autour de nos traditions respectives. C'est sans doute ce qui a séduit le jury», s'enthousiasme cette Suissesse naturalisée. Prochaine étape pour l'association: faire une demande de subvention auprès du Bureau cantonal de l'intégration (BCI) pour assurer la pérennité de son engagement.

Les seniors à l'honneur

Du côté de Bourg-en-Lavaux, elle déborde de vitalité Denise Delay, enseignante et formatrice d'enseignants retraitée, qui est aussi manager d'artistes, traductrice et fondatrice de SPES Lavaux à Cully. Entraînant dans son sillage quelques amis, elle a lancé cette association en 2010, soutenue par la Municipalité qui lui prête un local au Collège des Ruvines. «Notre démarche vise d'abord à revaloriser le rôle des seniors de la commune en leur offrant des occasions de mettre en commun leur expérience, leur savoir et de partager leurs passions avec d'autres. Autant de qualités qui peuvent aider à l'intégration d'autres personnes», explique-t-elle. Ainsi l'association propose des cours de français comme langue étrangère, donnés par des enseignantes bénévoles retraitées. En trois ans ce sont 128 personnes de 16 nationalités qui en ont profité. Il s'agit surtout là d'offrir un accompagnement aux étrangers domiciliés dans la région qui souhaitent consolider leurs connaissances de la langue de Molière pour s'assurer une meilleure intégration sociale et professionnelle.

Point rencontre

Des activités très différentes sont également proposées par les seniors, telles que des bases de comptabilité, une initiation à l'utilisation d'Internet, des promenades printanières et littéraires, et des bases de schwytzerdutsch. Mais un nouveau projet est en cours pour 2015, avec un point rencontre Suisses-étrangers. Des réunions tenues chaque dernier jeudi du mois ont déjà débuté. Un buffet canadien est organisé et ces soirées sont très fréquentées grâce à l'enthousiasme des animateurs. C'est pour cette activité, intitulée Intégration «Points rencontre et cours de français, que SPES a reçu un fonds d'encouragement de 3000 frs. A noter que l'Association, qui compte une vingtaine de bénévoles, cherche à s'étoffer. Enseignants de français, animateurs d'ateliers et du Point Rencontre, responsables de la permanence téléphonique, web masters, membres du comité sont les bienvenus.

Nina Brissot, Valérie Passello et Clémentine Prodolliet


Interview

> Christine Blatti Villalon:«On doit rendre sa culture compatible avec celle du pays d'accueil»

Responsable du secteur Est de l'Etablissement Vaudois d'Accueil des Migrants (EVAM), Christine Blatti Villalon est confrontée au quotidien à des migrants désireux de s'insérer dans notre pays, notamment depuis que le centre EVAM de Bex héberge des demandeurs d'asile nouvellement arrivés en Suisse pour une période dite «d'accueil et de socialisation». Elle donne sa vision de l'intégration en se basant sur son expérience du terrain.

Comment définissez-vous l'intégration?

> S'intégrer, c'est vivre ensemble. C'est la capacité de vivre dans un pays en harmonie avec son environnement, de subvenir à ses besoins et d'apporter de soi ou de sa culture pour enrichir le pays d'accueil

Y a-t-il une formule magique pour bien s'intégrer?

> Maîtriser la langue et travailler sont sans doute deux piliers d'une bonne intégration, qui dépend de la volonté et de la capacité individuelle. Le migrant doit pouvoir travailler et c'est souvent le premier emploi qui coûte. Actuellement, il y a beaucoup d'Erythréens et de Syriens qui arrivent chez nous. Ils obtiennent une «admission provisoire», qui n'a de provisoire que le nom: c'est le livret F, renouvelable annuellement, qui ressemble beaucoup au permis B. Durant l'année écoulée, en tout cas 40% de gens qui sont passés par l'EVAM de Bex sont destinés à rester.

Qu'est-ce qui est le plus difficile pour un migrant à son arrivée en Suisse?

> Beaucoup ont été confrontés à des dangers. Ils se retrouvent seuls et passent par un processus de deuil. Ils doivent s'adapter à leur nouvel environnement, s'acclimater, surmonter la barrière linguistique et culturelle.

Doit-on mettre de côté sa propre culture?

> Non. Notre culture fait partie de nous, on doit faire avec. Mais on doit l'aménager, la rendre compatible avec celle du pays d'accueil.

Y a-t-il de grandes différences entre les migrants, selon leur pays d'origine?

> C'est davantage une affaire de personnes que d'origine, même si certaines ethnies rencontrent des difficultés plus grandes, dues notamment à l'absence de formation. L'importance de certaines communautés peut aussi être un frein à l'apprentissage de la langue du pays: afin de briser l'isolement, le migrant aura naturellement tendance à rester au sein de sa communauté.

Les Suisses doivent-ils aussi faire des efforts?

> Il faut s'ouvrir, tâcher d'éviter les préjugés, ne pas avoir peur d'entrer en contact, rencontrer les gens. Les efforts faits par la société d'accueil pour recevoir les migrants sont un point important: on peut leur montrer comment ça marche, leur proposer un contrat de travail, un logement, leur faire confiance.

Selon vous, y a-t-il suffisamment d'initiatives telles que celles récompensées par Contakt-citoyenneté?

> Je salue ces initiatives qui sont excellentes. Beaucoup d'actions existent et plus il y en a, plus ça bouge, plus ça vit. C'est comme le tissage d'une fine étole de soie: tous ces précieux fils entremêlés finissent par construire de belles choses.

Date:04.12.2014
Parution: 735

Des idées créatives et prometteuses

Fondé en 2012 par le Pour-cent culturel Migros et la Commission fédérale pour les questions de migration (CFM), le programme Contakt-citoyenneté a pour but d'encourager les initiatives citoyennes visant à améliorer la qualité de la cohabitation interculturelle par le biais d'un engagement bénévole. Soumis à concours et sélectionnés par un jury d'expert, les projets jugés créatifs et prometteurs se voient récompensés au travers d'un soutien financier et organisationnel de 300'000 frs au total (accompagnement, conseil personnalisé, mis en réseau). Un appui qui devrait permettre, à terme, de créer des synergies entre les services d'intégration, les associations, l'économie privée et les particuliers pour favoriser les échanges entre Suisses et immigrés. Sur les 34 projets primés en 2014, 11 sont issus de Romandie, 19 de Suisse alémanique et 4 du Tessin. Infos sur www.contakt-citoyennete.ch

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