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Ambiance pourrie dans la police ?

Polémique Après qu'un cycliste se soit fait maltraiter à Lutry par un agent de l'Association Police Lavaux, une déferlante de témoignages vient accabler ce corps de Police où règnerait un climat de terreur, avec des démissions en nombre. Enquête.

Une partie de la brigade lors du dernier rapport de police. DR

Nina Brissot

Devant des versions totalement divergentes sur les faits qui ont vu un cycliste ressortir du poste avec des blessures, pour un banal SMS au guidon, et dans l'impossibilité de s'entendre entre personnes concernées, le cycliste a déposé une plainte pénale contre l'agent (lire Le Régional 765).

Pour mémoire, ce même agent avait par ailleurs déjà été épinglé – puis blanchi – pour des faits similaires à la police de Lausanne. Un agent qui fait l'objet d'appréciations très inégales au sein même du corps de Police qui l'emploie et d'ex collègues, que ce soit à Lausanne ou à Lutry. Plutôt apprécié par sa hiérarchie, (il vient de passer sous-chef d'unité) il est décrit comme un «vrai malin, sachant jouer divers jeux, dont le charme, mais totalement dénudé de psychologie et de pédagogie, jouant de sa carrure et de sa voix et détestant les cyclistes», selon les hommes de terrain dont Le Régional a recueilli plusieurs témoignages.

«Fermer sa gueule»

Le cycliste blessé aura dû attendre dix jours avant d'être entendu par la hiérarchie qui, selon lui, n'a présenté aucune excuse. Le chef direct de l'agent - lui-même également un ancien de Lausanne, impliqué dans une affaire très médiatisée d'abandon d'un suspect en pleine nuit dans les bois de Sauvabelin et aujourd'hui officier à Lutry - a largement soutenu la version policière. Toujours selon différentes sources interrogées, deux autres agents du poste sont également des anciens de Lausanne, tous trouvant refuge à Lutry où l'on briderait moins «les shérifs et autres Rambos de service». Au point que quatre personnes ont quitté ce poste de police depuis le début de l'année, à cause d'une ambiance délétère. Selon nos recoupements, il y aurait même eu 17 ou 18 départs depuis 2013. «Il faut fermer sa gueule ou on se fait virer ou mobber, un climat non pas de peur mais de terreur paralyse ceux qui voudraient un peu plus de souplesse. Les gens partent au travail en se demandant: que va-t-on encore me reprocher aujourd'hui? Ambiance négative, jamais de compliments mais beaucoup de reproches», témoignent quelques personnes qui toutes exigent l'anonymat, mais dont les noms sont connus de la rédaction. Il semble même que le personnel féminin toutes tâches confondues soit pour certains la brigade des femelles...

Que font les autorités?

Le Comité de Direction de l'Association Police Lavaux (Codir), composé d'élus des différentes communes partenaires - Lutry, Bourg-en-Lavaux, Chexbres, St-Saphorin Puidoux et Rivaz - semble ne connaître qu'une partie de ce qui se passe au poste. Essentiellement la version officielle. Cependant quelques édiles interrogés déplorent bel et bien une mauvaise gestion d'affaires de rien du tout, transformées en des procédures coûteuses et sans fin.

Notamment, l'Apol applique à la lettre toutes les sanctions prévues pour qui ne gère pas ses déchets selon le règlement strict. Soutenue en cela par la Voirie, qui met un zèle particulier à alerter la police en cas de contravention. Le Régional s'est déjà fait l'écho de la triste histoire d'une petite dame de Lutry épinglée pour avoir glissé une barquette lavée dans une poubelle de rue. Le Conseil communal s'en est ému au point de se cotiser pour l'aider. Ce qui amène à cette situation ridicule d'élus solidaires pour payer avec leurs deniers une amende de recyclage déjà largement payée par leurs impôts....

Idem à Chexbres, où un contribuable a déposé, à la déchetterie, un sac blanc taxé d'ordures ménagères dans/ou à côté (selon les versions) de la benne à papier. Dénoncé, il a plaidé coupable ayant agi par «inadvertance». Résultat, une amende de 340 frs dont 100 frs pour frais d'ordonnance pénale, 40 frs pour frais de procédure et 200 frs d'amende, ramenée dans un premier temps à 200 frs. Refus. Recours. Il veut bien payer mais en jours de prison... Ce qui met tout le monde mal à l'aise. Du coup, le Commandant se déplace personnellement à Chexbres. Ce qui mobilise à la fois le Commandant de Police, le municipal en charge, également membre du Codir, et une greffière-juriste pour le procès-verbal. «C'est dire si les deniers publics sont bien utilisés» relève une autre per sonne ayant vécu un cas proche.

Par contre, l'Apol refuse d'ouvrir la route du lac à Lutry pour le slow-up. Elle est la seule commune entre Lausanne et Vevey à refuser.

Métier difficile

Président du Codir, Municipal à Lutry, Charles Monod temporise: «Le métier de policier est particulier et nul ne sait lorsqu'il part le matin de quoi sa journée sera faite, s'il faudra affronter la violence ou accomplir de simples tâches. Le Codir est informé par des rapports synthétisés. Nous n'avons pas tous les détails et ce n'est pas notre rôle de nous en mêler. Quant aux malaises internes, il y a des tensions dans toutes les entreprises et sans doute un peu plus dans des situations difficiles. Je n'ai jamais fermé ma porte à qui que ce soit, que les personnes veuillent me voir avec ou sans leur hiérarchie. Nous n'avons pas de soucis particuliers mais bien sûr quelques petits problèmes non récurrents. Je suis actuellement à Paris où le plan Vigie Pirate est appliqué. En rentrant à Lutry demain, je pense que je vais trouver la vie policière bien tranquille». Comme quoi tout est relatif...

Date:19.08.2015
Parution: 767

Rectificatif

L’enquête ci contre comportait une erreur. Ce n’est pas l’APOL qui a décidé de ne pas ouvrir la route du lac au Slow up, mais la Municipalité de Lutry, qui après analyse des conséquences pour la population du Bourg, a pris la décision de refuser cette ouverture. Par ailleurs, il convient de préciser qu’en matière de contravention à la taxe au sac, ce sont les autorités communales qui décident de sanctionner. L’APOL n’a pas cette compétence, elle n’est que l’intermédiaire qui envoie l’amende. lr

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