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Pluie de critiques sur le syndic

Blonay Près de 350'000 frs de subventions fédérales ont été perdues par la Fondation pour l'accueil de jour des enfants de Blonay et St-Légier, parce que la demande a été faite hors délai. A qui la faute? Officiellement, il est question de responsabilités partagées. Mais à quelques jours des élections, l'affaire alimente les critiques à l'égard de Bernard Degex, syndic de Blonay et président du Conseil de fondation de cette structure, notamment à la suite de la démission le 3 février d'une de ses membres. En cause, des problèmes de gouvernance, des difficultés relationnelles et un manque de leadership. Enquête.

Priska Hess

La nouvelle a fait grand bruit parmi les conseillers communaux de St-Légier et Blonay: fin 2015, les Municipalités les informaient «d'un problème» rencontré par la Fondation pour l'accueil de jour des deux communes, lors de la demande de subventions auprès de l'OFAS (Office fédéral des assurances sociales). En l'occurrence, cette demande ayant été faite avec 37 jours de retard sur le délai réglementaire, les services de l'OFAS ont opposé une fin de non-recevoir. Résultat, ce sont près de 350'000 frs de subventions réparties sur trois ans qui ne seront pas versés à la Fondation et constitueront, au final, une perte pour les deux communes, celles-ci participant à la couverture du déficit de la Fondation. Principale structure concernée: la nouvelle unité d'accueil pour écoliers Oxybulles, ouverte à St-Légier à la rentrée scolaire d'août 2015.

«Responsabilités partagées»

Mais à qui incombe la responsabilité de cette négligence? «La surveillance des délais et les demandes de subvention sont clairement établies dans le cahier des charges de la directrice. Elle a écrit aux Municipalités en reconnaissant son erreur», répondait le syndic de Blonay Bernard Degex, face au Conseil communal en décembre dernier. Quant à la Municipalité, «elle n'est pas impliquée. On a discuté avec le Préfet à ce sujet. C'est une entité séparée.» Une nuance difficile à comprendre, puisque la présidence du Comité de direction est assumée par Antoinette Siffert, municipale à St-Légier, également vice-présidente du Conseil de Fondation, tandis que le syndic de Blonay est président du Conseil de Fondation et vice-président du Comité de direction, lesquels administrent la Fondation... Deux mois plus tard, interrogé par Le Régional, le syndic atténue son discours: «Bien sûr qu'il y a une part de responsabilité de la directrice, mais la charge est aussi partagée par l'ensemble du Conseil de Fondation et du Comité de direction. Le problème est qu'il n'était pas prévu de procédures de contrôles internes qui auraient permis d'éviter cela. Des mesures ont été prises qui seront communiquées lors des prochaines séances des Conseils communaux.» Et par rapport à la directrice? «Des mesures ont été également prises, mais c'est une affaire interne.» Si les choses semblent donc bientôt réglées sur ce plan-là, elles n'en sont pas moins révélatrices de certains dysfonctionnements au sein de la Fondation, à l'origine de la démission, le 3 février, d'une de ses membres (voir encadré ci contre).

Ambiance exécrable

Reste que, dans l'affaire des subventions perdues, plusieurs conseillers communaux n'hésitent pas à pointer du doigt Bernard Degex: «Il est gravissime qu'en tant que président de la Fondation il n'ait pas contrôlé le travail de sa subordonnée», estime ainsi le Vert Jean-Marc Nicolet. Mais le syndic de Blonay est aussi la cible d'autres critiques, exacerbées depuis le lancement de la campagne électorale. Ses détracteurs évoquent des problèmes de gouvernance, des difficultés relationnelles, un manque de leadership... Les mêmes reproches que lors de la faillite de l'association SwissMedia en 2014 (voir Le Régional 691), dans laquelle Bernard Degex était mis en cause en tant que secrétaire général.

A Blonay, on évoque aussi l'ambiance exécrable qui a prévalu ces cinq années au sein de l'exécutif. Ainsi, «déçu du travail fourni durant cette législature, tout en étant bien conscient que le bilan est le résultat d'un travail collégial», le municipal des finances Aurèle Vuadens ne se reporte pas candidat à l'exécutif. Christine Winkler, PLR comme Bernard Degex, a quant à elle claqué la porte de la Municipalité en mai 2015: «L'ambiance délétère de nos séances aura eu la peau de ma volonté», soulignait-elle dans sa lettre de démission, en reconnaissant: «J'ai fait partie de ce collège et j'ai ma part de responsabilité.» L'ex-municipale y déplore que les principes censés guider l'action de la Municipalité n'aient pas été respectés (voir encadré ci contre).

«Aucun commentaire»

Face aux critiques, Bernard Degex dit n'avoir «aucun commentaire à faire. Si ce n'est qu'on est en pleine période électorale et qu'il faut se méfier de ce que les uns disent sur les autres. Pour ma part, je préfère garder mes distances et ne pas critiquer mes collègues.» Quant à l'ambiance au sein de la Municipalité, «bien sûr que la situation n'est de loin pas idyllique, admet Bernard Degex, en raison de la confrontation de personnalités fortes. Pourtant, se défend-il, des mesures pour travailler plus efficacement et en meilleur consensus ont été proposées en Municipalité, sans succès. J'avais notamment fait une proposition de «team building» en début de législature, mais cela n'a pas convaincu tous les membres. Partant de là, il devient difficile de construire une ambiance cohérente, une équipe forte, et de trouver des consensus tout au long d'une législature.» Reste que, sur la place publique blonaysanne, on ne peut éviter la comparaison avec la commune voisine: «A St-Légier, la Municipalité fait un vrai travail d'équipe. Alors qu'ici, c'est une addition d'individualités», résume Jean-Marc Nicolet, en concluant: «Comme beaucoup, j'espère donc qu'on pourra renouveler l'équipage et changer de capitaine!».

Date:25.02.2016
Parution: 793

Audit sur la Fondation

Créée en 2010, la Fondation a été soumise à un audit de fonctionnement en 2012, à la demande des deux Municipalités, audit qui n’a toutefois jamais été mis à disposition des conseillers communaux. Selon une communication municipale, ce rapport faisait déjà ressortir «des soucis de gouvernance, c’est-à-dire la composition et le relations entre les différents organes de la Fondation». Afin de proposer des améliorations, un groupe de travail a alors été formé (composé des syndics et d’un municipal des deux communes, de deux membres de l’Entraide familiale et d’un représentant de Nestlé). Mais jusqu’ici, il n’y a eu aucun résultat concret dans la perspective d’une réorganisation de la gouvernance: «Le groupe a travaillé avec des temps d’arrêts, car on n’arrivait pas à se mettre d’accord autour de la table… Mais nous sommes à bout touchant. Une communication sera faite lors des prochaines séances des Conseils communaux, au plus tard fin mars», annonce Bernard Degex, qui ajoute: «J’ai surtout envie de regarder vers l’avant et de voir ce que l’on peut améliorer. Le but premier de la Fondation était de fournir des places d’accueil respectant les normes, le deuxième de s’assurer que notre personnel soit traité correctement et puisse travailler dans des conditions agréables, et le troisième que les aspects financiers puissent être contenus en fonction de nos ambitions. Et pour rappel, nous gérons plus de 1'100 contrats de placements et avons presque 140 collaboratrices…».

Conflits d’intérêts du syndic?

«Nous savions lors de notre élection que nous ne pourrions pas être d’accord sur tout, mais que certains principes seraient tenus», expliquait, en mai 2015, l’ex-municipale Christine Winkler dans sa lettre de démission. Parmi ces principes qui n’auraient pas été respectés, celui de la séparation entre intérêts privés et professionnels. En cause, selon nos informations, l’attribution au syndic du mandat pour réaliser le site internet du nouveau journal d’information de St-Légier et Blonay. «Effectivement, avec la création du journal, il fallait aussi un site internet. Les membres de la commission (composée de deux membres de chaque exécutifs, des deux secrétaires municipaux et d’un représentant de chaque groupement des commerçants) qui y réfléchissait m’ont alors demandé, comme je suis du métier, que je fasse une offre. J’ai proposé la réalisation d’un site internet et d’un système de contrôle de la gestion des annonces pour un montant d’environ 4'000 frs, ce qui a été accepté par les membres de ce groupe. L’idée était de pouvoir ainsi lancer rapidement ce projet, puis de demander des offres complémentaires à d’autres entreprises. A la fin de la première année, sept entreprises ont été contactées, cinq ont répondu, qui proposaient des systèmes à environ 10'000 frs pour les moins chers… Si bien que la décision a été prise de conserver le site que j’avais créé et d’en confier la gestion au secrétariat municipal. J’étais conscient que cette situation était délicate, mais mon but était de rendre service à la commune. Notre commission de gestion a été nantie de ce dossier, et une copie de l’offre et de la facture ont été fournies.»

Personnel de l'accueil de jour sous pression?

«Je ne peux plus cautionner la gestion de la fondation telle que mise en œuvre durant l'année 2015», explique Marie-France Vouilloz-Burnier, dans sa lettre de démission, datée du 3 février, mettant fin avec effet immédiat à ses activités de représentation de l'Entraide familiale au sein du Comité de direction de la Fondation intercommunale pour l'accueil de jour des enfants de Blonay et St-Légier. «Malgré les négligences de la directrice qui ont entraîné des pertes financières d'environ 400'000 frs sur trois ans (réd: 342'000 frs selon les chiffres communiqués par Bernard Degex), les Municipalités ont réitéré leur entière confiance à la directrice», déplore la démissionnaire. Elle accuse également: «Les municipaux refusent d'admettre que se posent de très graves problèmes de gestion du personnel dans cette fondation – traitement injuste, humiliation, fragilisation du personnel, épuisement professionnel, absence de reconnaissance.»

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