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Tensions entre migrants et habitants

La Tour-de-Peilz Une cinquantaine de réfugiés ont emménagé dans un bâtiment loué à l'EVAM par un propriétaire privé. Informés au dernier moment, les habitants du quartier ont le sentiment d'avoir été «roulés dans la farine». Pour apaiser la situation, une séance de rencontre et d'information a été organisée. Ambiance.

«Hormis les problèmes de bruit, aucun dysfonctionnement n'a été rapporté en deux mois», tempère Alain Grangier, syndic de la Tour-de-Peilz, ici au centre. Du côté des habitants du quartier, venus en nombre, le mécontentement est pourtant palpable.R. Fux

Priska Hess

Il est 18h ce mercredi 31 août. Les habitants du quartier sont venus en nombre à la séance d'information organisée par la Municipalité de la Tour-de-Peilz et l'EVAM, (Etablissement vaudois d'aide aux migrants). Objectifs: leur permettre de mieux faire connaissance avec les 50 migrants tout juste installés au numéro 96 de la route de Blonay, un bâtiment refait à neuf et loué à l'EVAM par un propriétaire privé, avec un bail jusqu'en 2036. Et tenter aussi d'apaiser les tensions générées par cette cohabitation imposée sans prévenir (voir encadré). «Nous désirons trouver en commun des solutions aux éventuels problèmes, ceci dans un esprit positif et constructif», souligne Michael Rohrer, responsable du groupe de contact œuvrant comme interlocuteur et porte-parole des habitants auprès de l'EVAM et des autorités communales.

«Du bruit jusqu'à 2h du matin»

Un état d'esprit que certains voisins peinent à partager: «Est-ce normal que la nuit on ne puisse pas dormir, parce qu'ils mettent de la musique jusqu'à 2h du matin?», s'exaspère l'un d'eux. «Tous les soirs ils réveillent ma fille! Ils téléphonent et crient devant les bâtiments, font des lessives jusqu'à minuit... On va devoir déménager», renchérit Jonathan Perret, jeune père de famille. «Personne ici ne s'est opposé à la venue de réfugiés, on est conscients qu'il faut les accueillir, modère Franco Amoroso. Mais on aimerait trouver des solutions gagnant-gagnant et on attend de la Municipalité qu'elle change quelque chose dans notre environnement: on n'a même pas de place publique, ce n'est pas comme cela qu'on va les aider à s'intégrer». Pourtant, le syndic Alain Grangier minimise: «Hormis les problèmes de bruit, aucun dysfonctionnement n'a été rapporté en deux mois». Du côté de l'EVAM, Evi Kassimidis, porte-parole, assure: «Nous prenons les choses en main et allons tout faire pour que s'instaurent des relations de bon voisinage».

Trouver du travail

Les rancœurs exprimées, place à l'apéritif préparé par les nouveaux arrivants. Entre habitants et migrants, des regards s'échangent, des liens s'amorcent... Comme entre Pierre Pernet et ces trois jeunes Erythréens qui aimeraient travailler comme boulanger, agriculteur ou cuisinier. «J'espère leur trouver un travail, car c'est la meilleure façon de les aider et de leur permettre de s'intégrer. Mais je sais qu'il n'est pas facile d'obtenir des places pour des ressortissants hors Europe et qu'il faudra du temps.»

Date:08.09.2016
Parution: 819

Le propriétaire n'a pas été convié

Ce n'est que début juillet que les habitants ont été informés que l'EVAM louait le bâtiment de la route de Blonay 96. «Depuis la mise à l'enquête, on nous a toujours dit que ces appartements seraient pour des étudiants! On nous a roulés dans la farine», estime un voisin, résumant le sentiment de beaucoup dans le quartier. «Je trouve très cavalière la manière dont on nous a informés au dernier moment, alors que les choses étaient certainement décidées depuis longtemps!», déplore un autre. Pour preuve, un bulletin de livraison de mobilier, daté du 31 mars avec le nom de l'EVAM associé à l'adresse route de Blonay 96, anonymement placardé sur les portes d'entrées du quartier la nuit précédant la séance d'information... Restent les rumeurs quant aux loyers exorbitants que paierait l'EVAM: «Nous payons un prix global qui correspond au prix inférieur du m2 dans la région. Nous sommes très attentifs à la façon dont nous engageons les fonds, car ce sont des deniers publics», rétorque Evi Kassimidis, de l'EVAM. Quant au propriétaire, il n'a pas été convié à cette séance: «Il voulait venir, j'ai dit non car je n'avais pas envie qu'on parte en polémique», justifie Christine Blatti, responsable du secteur Est pour l'EVAM. Contacté par Le Régional, celui-ci, qui préfère ne pas voir son nom apparaître, précise : «Le bail a été signé début avril, mais le contrat prévoyait que la communication serait faite une fois le permis d'habiter octroyé. C'est un sujet sensible, on voit comment les choses se sont passées ailleurs dans le canton! On voulait éviter qu'il y ait des déprédations sur le chantier ou des levées de boucliers. Et sur le fond, ces migrants sont bien des étudiants, puisqu'ils suivent des cours de français ou des formations. Pour le quartier, c'est une bonne solution, j'en suis convaincu.»

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