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« Que ferez-vous dans 30 ans ? »

BELMONT La semaine dernière, l'Office fédéral des routes présentait à la population le projet final d'élargissement du tunnel de l'autoroute. Non sans susciter de nombreuses interrogations et critiques des riverains qui auront à subir pas moins de six ans de travaux. Récit.

Voilà à quoi ressemblera le portail du tunnel de Belmont côté Lausanne après avoir été élargi pour accueillir une troisième voie. OFROU

Clémentine Prodolliet

18h15. Ambiance tendue jeudi 3 septembre dans la grande salle de Belmont-sur-Lausanne où plus de 200 personnes étaient réunies pour faire face aux ingénieurs de l'Office fédéral des routes (OFROU). Objet de la séance: le projet d'élargissement du tunnel autoroutier de Belmont et la création d'une troisième piste de secours (lire encadré), qui a suscité l'ire de la population, soutenue par une pétition de l'Association Transport et Environnement (ATE), depuis son annonce en avril dernier. «Je sais que nous ne pourrons rien faire pour l'empêcher mais je veux trouver des réponses à mes questions», confie une riveraine.

18h30, Jean-Bernard Duchoud, vice-directeur de l'OFROU, et Philippe Schär, chef de projet, entament la présentation du dossier, dont la mise à l'enquête est prévue pour la fin de l'année. «Le bouche à oreille a provoqué plusieurs incompréhensions. Il s'agit aujourd'hui de remettre l'église au milieu du village», avertit le premier. Evolution du trafic, comparaisons nationales, détails des investissements, calendrier des travaux, nuisances et mesures d'accompagnement: les diapos – 60 au total - défilent sous l'œil averti et circonspect d'un public impatient de pouvoir enfin passer à l'offensive. Le ton, lui, se veut rassurant.

Indemnisations possibles

19h45, place aux questions. Les premières sont simples, factuelles. Le nombre de rotation des camions? Jusqu'à 15 par heure aux phases les plus critiques, soit l'équivalent de trois mois par année pendant trois ans. Les nuisances (bruit, vibrations, poussières) et leurs conséquences sur les bâtiments, le réseau routier communal, la santé? Elles seront contrôlées, dans la mesure du possible limitées (réd: pas de travaux le week-end, opérations nocturnes en souterrain, transit des camions par l'autoroute de jour uniquement, mise en place d'une Hotline) et pourront donner droit à des indemnisations pour les bordiers les plus touchés, après état des lieux.

Une solution pérenne?

L'échauffement est terminé, viennent les questions qui fâchent. «Je trouve aberrant de passer dix ans sur un chantier qui n'apportera pas de solution pérenne, et encore moins visionnaire pour résoudre la congestion de l'autoroute. Que ferez-vous dans 30 ans, quand la troisième voie ne suffira plus à absorber le trafic?, s'enquiert un riverain, sous l'acclamation du public. «Je ne me prononce pas mais je m'interroge, enchaîne Gustave Muheim, syndic de Belmont et président de Lausanne Région, qui regrette de ne pas avoir été intégré dans le processus de décision. Le trafic est tout aussi important après le tunnel de Belmont. On ne fait donc que déplacer le problème plus loin. Ne serait-il pas plus judicieux de créer un boulevard urbain qui desservirait l'ensemble de l'agglomération lausannoise?»

«Déçue et résignée»

Habituées à affronter les critiques acerbes de riverains inquiets, les autorités fédérales, qui ont repris la gestion des routes nationales en 2008, ne se démontent pas. «L'élargissement du tunnel doit permettre d'assurer la sécurité et la fluidité du trafic à moyen terme. Mais nous sommes en discussion avec le canton pour examiner des solutions à plus long terme», informe le vice-directeur, Jean-Bernard Duchoud. 20h45, Olivier Floc'hic, porte-parole de l'OFROU, met fin à la séance, avant d'inviter les habitants à lui faire part du reste de leurs questions par écrit, par l'intermédiaire de la Commune qui souhaite connaître les préoccupations de ses citoyens. Retour vers la première riveraine interrogée pour dresser le bilan de la soirée: «Déçue et résignée», lâche-t-elle simplement avant de se diriger vers la sortie.

Date:10.09.2015
Parution:

Un chantier à 800 millions, dont 80 pour les tunnels

L'Office fédéral des routes (OFROU) prévoit d'injecter 800 mios de frs entre 2016 et 2025 pour l'amélioration du tronçon autoroutier de 13km entre Lausanne-Vennes et Chexbres, traversé par 65'000 véhicules par jour, contre 15'000 il y a 40 ans. Le projet comprendra notamment l'élargissement des deux tubes du tunnel Belmont – estimé proprement à 80 mios de frs – pour permettre la création d'une bande d'arrêt d'urgence entre Vennes et Belmont, réaffectée en troisième voie en cas de surcharge du trafic, comme testé avec succès entre Morges et Ecublens. Et pour éviter de congestionner le tracé, l'OFROU a opté pour la «méthode italienne», inédite en Suisse qui consiste à créer une galerie pour séparer les ouvriers du trafic. Une piste sera également aménagée en bordure d'autoroute pour permettre la circulation des camions de chantier. Durée des travaux: dix ans pour le tronçon entre Vennes et Chexbres, dont six pour le tunnel de Belmont, où le premier coup de pioche est prévu pour 2018.

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