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Avec force et dignité, des migrantes se confient

Intégration L'association Appartenances met sur pied à Lausanne «Migrations intimes», une exposition couplée à des ateliers et une conférence. Des photos signées Hélène Tobler y rejoignent des témoignages venant bousculer les clichés et les préjugés sur les femmes migrantes.

«Je ne connais pas leur histoire, mais elles dégagent une présence». témoigne la photographe Hélène Tobler.H. Tobler

Valérie Blom

«Les récits sont très touchants. Elles parlent de leurs conditions de femmes, de leur relation de couple ou de leurs envies. Leur désir d'autonomie est très fort.» Florence Hügi a été marquée par ses rencontres avec les migrantes côtoyant les Espaces FemmeS de l'association Appartenances, qui œuvre depuis plus de 20 ans dans le domaine de l'intégration (voir encadré). La journaliste y a rassemblé des témoignages, qui ont été associés aux images de la photographe Hélène Tobler, pour former l'exposition Migrations intimes, à voir jusqu'au 28 avril au bâtiment de la Pontaise, à Lausanne.

Les démarches de Florence Hügi et d'Hélène Tobler sont très différentes. La journaliste s'est glissée la première dans les ateliers destinés aux femmes migrantes. «Elles se sont montrées très ouvertes et avaient envie de raconter leurs expériences et leurs histoires», confie-t-elle. Hélène Tobler, quant à elle, a rencontré les femmes en tête à tête, seule avec son appareil photo. «Je compose des portraits à ma façon; une approche respectueuse de la personne et de sa personnalité. Et cela a été possible grâce au climat de confiance qui règne à Appartenances.»

La langue n'est pas une barrière

Les femmes étaient libres de passer, ou non, devant l'objectif. «Cette expérience a provoqué une diversité de réactions chez les participantes de mon groupe, comme celle de Nora, explique Marion Maenz, formatrice d'adultes à Appartenances, où elle enseigne le français aux migrantes. Arrivée en Suisse depuis un peu plus d'un an, Nora semblait dubitative lorsque la photographe est venue expliquer le projet. Elle ne se voyait pas comme modèle. Pourtant à l'issue de la séance de prises de vue, elle nous dira avec fierté et une certaine humilité qu'elle se trouve belle... Depuis, elle habite son corps différemment.»

Florence Hügi a été frappée d'entendre des récits qui se répondaient, alors que les origines des migrantes sont très diverses. «D'Erythrée, d'Afghanistan ou même d'Italie, elles racontent la place de la femme dans leur société. Elles aspirent toutes à davantage de liberté. De par leurs témoignages, elles remettent en question nos représentations et nos clichés», souligne la journaliste. La langue ne s'est pas révélée être une barrière: «Les groupes sont très hétéroclites, le niveau de français n'est pas identique chez toutes les femmes. Mais une solidarité s'est mise en place: celles qui comprenaient bien traduisaient, et il a été possible de communiquer toutes ensemble.»

Intimité avec la photographe

Entre la photographe et les participantes, pas de traducteur non plus. «Nous échangions quelques mots et ensuite c'était plutôt de l'ordre du ressenti.» Hélène Tobler écoute les envies, s'il y a des parties du corps qu'elles souhaitent mettre en avant, ou au contraire, pas du tout. «Le climat paisible m'a fascinée. Il y avait une réelle intimité.» La portraitiste ne relève pas de rencontre en particulier, car toutes l'ont touchée. «Elles sont là, debout, et ont toute leur dignité à travers leur puissance et leur force. Je ne connais pas leur histoire, mais elles dégagent une présence. Nous sommes loin des portraits habituels des migrants.»

Date:30.03.2017
Parution: 846

l'intégration

Fondée en 1993 et forte de 220 collaboratrices et collaborateurs salariés, soutenus par plus de 100 bénévoles, l'association Appartenances vient en aide aux personnes migrantes, avec pour mission de favoriser leur bien-être et leur autonomie, et de faciliter leur intégration dans la société. Elle dispose d'un service formation, aide à trouver des interprètes ou propose un soutien psychologique à la suite des souffrances liées à la migration ou au vécu de la guerre par exemple. Des services sociaux font aussi partie des prestations, avec notamment les Espaces FemmeS, qui existent à Lausanne, Vevey et Yverdon-les-Bains, et qui offrent un accueil individualisé aux femmes migrantes en situation de précarité, ainsi qu'à leurs jeunes enfants.

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