Télécharger
l’édition n°846
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

Lavaux sans autoroute

Autoroute L'avalanche de 300 oppositions qui s'est abattue sur l'élargissement du tunnel de Belmont incite à relancer le débat au sujet de ce chantier titanesque à 800 millions qui devrait durer au moins quinze ans. D'autant qu'à long terme et même élargie, cette autoroute ne pourra pas absorber la hausse prévue du trafic. Alors que l'Office fédéral des routes (OFROU) vient de démarrer les travaux sur les ponts de la Paudèze, Le Régional présente le projet alternatif de deux ingénieurs de Lutry qui plaident pour la création d'une nouvelle autoroute plus au nord. D'un coût de 1,2 miard, «Alternative 2050», son nom, pourrait même être autofinancé par la récupération de 500'000 m2 de terrain sur le tracé de l'actuelle A9. Sans compter ses nombreux atouts, dont la revalorisation de Lavaux grâce à la transformation de l'ancienne autoroute en zones de détente, de loisirs et d'habitations.

Lavaux sans autoroute

Nina Brissot

L'A9 ou Autoroute du Léman, sur son tronçon Vennes-Chexbres, soit la traversée de Lavaux, représente aujourd'hui un trafic de 65'000 véhicules par jour avec son cortège de bruit et de pollution. Le tronçon compte quatre tunnels et, construit à flanc de coteau, il a été décidé à l'époque de faire deux routes de deux voies, décalées afin de mieux les intégrer dans le paysage. Personne n'a pensé à ce moment-là que ce décalage, laissant de l'espace entre les deux hauteurs de routes, empêcherait de stopper le bruit par de simples barrières anti-bruit, celui-ci s'échappant justement dans l'espace décalé.

En réalité, cette autoroute n'aurait jamais dû passer là. Dans les années 60 à 66, des projets la faisaient passer en amont, à travers champ, loin des habitations. Puis le Grand Conseil a changé d'avis et de tracé, se laissant convaincre par l'argument qu'une bretelle pour l'Est serait créée. Or, la fameuse bretelle de la Perraudettaz n'a jamais vu le jour. L'équipe de Franz Weber s'y étant opposée avec force, le projet a été définitivement enterré en 1983. Mais le tracé actuel de l'autoroute était terminé puisqu'il a été inauguré en 1974. Aujourd'hui, qui accepterait un tel tracé à travers Lavaux?

Remettre l'ouvrage...

Les 300 récentes oppositions contre son projet d'élargissement portent à réfléchir. Plusieurs l'ont fait. L'OFROU a reçu une douzaine de projets alternatifs dont 11 parlent d'élargissement. Nous nous concentrerons aujourd'hui sur le seul tracé qui s'éloigne de l'existant. Il est le fruit d'une réflexion de deux hommes. Bruno Giacomini du bureau Giacomini & Jolliet Ingénieurs SA à Lutry, et Philippe Mingard, ingénieur retraité et conseiller communal à Lutry aussi. Depuis 10 ans qu'ils y travaillent, ils ont consacré des centaines d'heures à caresser un rêve qui, bien qu'utopique, semble pourtant coulé dans le béton! Revenir au projet initial est la piste la plus intéressante. Seulement le projet ne se retrouve nulle part. Les archives du Grand Conseil n'en ont pas gardé trace. «Il devrait être à l'OFROU, dit Bruno Giacomini, mais tellement au fond d'un tiroir que personne n'a le temps de soulever ce qui le recouvre». Les deux passionnés ont donc repris les choses depuis le début et remis l'ouvrage sur le métier en imaginant ce qui a failli être dès le départ un tracé différent.

Histoire de sous?

L'OFROU dispose d'un budget de 800 millions pour rénover le tronçon actuel, un montant qui ne comprend pas les mesures anti-bruit. Et les travaux à effectuer sont titanesques: plus de 1'500 ancrages à remplacer, 4 tunnels à remettre aux normes, des murs de soutènement à renforcer, 17 ponts à assainir. En gros, une bonne quinzaine d'années de travaux ou plus, ce qui d'ailleurs est contraire à toutes les directives fédérales. L'autoroute étant découpée en tronçons d'entretien qui se renouvellent tous les quarts de siècle, le dernier terminé, il faudra déjà recommencer. De plus, précise Bruno Giacomini, «la Berne fédérale est déjà consciente qu'à terme, dans peut-être 50, 70 ou 100 ans, cette autoroute ne pourra pas être maintenue où elle est car elle ne pourra pas absorber l'ensemble du trafic».

Vérifié par le Canton comme par la Confédération, le coût du projet des ingénieurs lutryens est estimé à 1,2 milliard, dont 750 millions pour les 12,5 km à construire. Soit moins que les 800 millions actuellement prévus. Il faut relever aussi quelques avantages non négligeables: «Bien plus facile à construire, partiellement en sous-terrain donc ne demandant pas d'expropriations, il passerait au large des zones à bâtir. Il serait plus discret et provoquerait moins de nuisances visuelles et sonores» explique Bruno Giacomini. Enfin, le financement pourrait même être assuré par la mise en valeur de 400'000 m2 de terrain libéré de l'actuelle autoroute, dont une majeure partie en zone constructible. Les abords pourraient également être valorisés. Les quelques expropriations pourraient, peut-être, être compensées par des échanges de terrain sur l'actuel tracé sachant que la plus-value est indiscutable. Le solde des terres serait remis gratuitement aux communes traversées pour financer la déconstruction et le réaménagement du réseau.

Et la sortie Lutry-Belmont?

Le nouvel itinéraire d'une autoroute moderne et dotée des dernières technologies commencerait à la sortie du pont sur la Paudèze pour se diriger vers le nord dans un relief plus plat et essentiellement en tunnel souterrain. Il rejoindrait l'actuel tracé un peu après la sortie de Chexbres. Une animation en 3D sur notre site internet en complément à cet article permet de visualiser ce nouveau tracé.

Une sortie reliant Lutry et Belmont se trouve être la condition sine qua non pour ce tracé. Elle a été prévue. «Une sortie à ciel ouvert en terrain plat et un nouveau restauroute surplombant le lac de Brêt donneraient à ce tracé une attractivité intéressante et crédible», argumentent les ingénieurs. En outre, le nouveau tracé serait équipé des systèmes de guidage automatique des véhicules visant à une réduction des accidents grâce à un meilleur temps de réaction, une réduction des embouteillages que permettrait une homogénéisation du trafic et même une augmentation des limites de vitesse. Voire une circulation automatique.

Valoriser Lavaux

Là, le projet prend encore une autre dimension. Le trafic détourné libérerait 500'000 m2 de terrain, y compris les abords, en zones protégées, forêts et constructibles. L'idée est de faire du tracé actuel, traversant Lavaux, des zones d'utilité publique dévolues à la mobilité douce et des aires de détente et de loisirs. Mais aussi des constructions dans les zones autorisées. Une part serait rendue à la nature, plusieurs secteurs seraient rendus à l'habitat. Les tunnels pourraient également être réaffectés, ce qui valoriserait naturellement un site protégé et exceptionnel et serait un atout supplémentaire pour le tourisme généré par Lavaux-Unesco

«C'est du jamais vu»

Evidemment, pareil projet ne se fera pas sur un coup de baguette magique. Raison pour laquelle il est appelé Alternative 2050! «Nous ne le verrons sans doute pas nous-mêmes, philosophe Bruno Giacomini, mais nous avons bon espoir pour notre descendance. La route est longue et politique, donc compliquée. Faire détruire une autoroute et changer son affectation, c'est du jamais vu. Il faudra d'abord rallier les politiques au niveau régional. En général, les communes sont acquises au projet à l'exception de Savigny et Forel qui sont encore sur la réserve. Il faudra aussi convaincre le Canton, l'OFROU, intéresser le secteur privé, les partis politiques, voire changer la LAT (Loi sur l'Aménagement du Territoire), c'est dire si ça peut durer». Mais les ingénieurs sont confiants, car même si tous les travaux actuellement prévus se font selon les prévisions de l'OFROU, en 2040, tout sera à recommencer du fait du cycle d'interventions.

Notre dossier complet

Date:29.03.2017
Parution: 846

L’autoroute du futur et ses avancées technologiques

Le nouveau tracé permettrait de se projeter vers l’avenir et de prendre en compte le développement des avancées technologiques en matière de conception des véhicules, de gestion de la circulation, d’autonomie énergétique et de sécurité.

Les systèmes de guidage automatiques des véhicules intégrés permettront ainsi de:

 

  • Réduire des accidents du fait d’un meilleur temps de réaction et d’une plus grande fiabilité des systèmes informatisés.
  • Réduire des embouteillages, grâce à une meilleure circulation et une homogénéisation quasi instantanée du trafic, ceci grâce au système de communication entre véhicules.
  • Les occupants de la voiture pourraient focaliser leur attention sur autre chose que la conduite.
  • Les limitations de vitesses pourraient être augmentées.
  • Les contraintes de conduites telles que la limite d’âge ou de santé des occupants seraient retirées.
  • Les contrôles de polices disparaitraient tout comme les contraventions.
  • Il y aurait moins de signalisation, les voitures recevant les informations de l’environnement par voie électronique.

Quand la voiture produit de l’énergie

Autre avantage, moins de pollution grâce à une plus grande efficacité énergétique. Il serait également possible de rendre le tracé énergétiquement autonome par l’intégration de micro générateurs dans le revêtement de la chaussée, les appuis des ponts et les parois des tunnels qui produiraient de l’électricité par le simple passage des véhicules. Les composants piézoélectriques qui permettent cette technologie (le quartz) sont déjà utilisés en horlogerie. Il reste un champ important d’exploration et de recherche technologique en matière d’énergie et de mobilité qui pourrait aussi être développé sur ce nouveau tracé.

Documents

Vidéo
  • Animation 3D du tracé prévu pour libérer Lavaux de l'actuelle autoroute A9

Documents audio

Dans ce même dossier