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Séismes : faut-il trembler ?

Séismes Chaque année en Suisse et dans les pays voisins, 500 à 800 tremblements de terre sont enregistrés, mais 10 à 15 d'entre eux sont assez forts pour être ressentis. Canton le plus exposé, le Valais s'attend à une secousse sismique d'envergure dans les 20 prochaines années, même s'il est impossible de déterminer exactement quand elle surviendra, ni où se situera son épicentre. Afin de préparer les enfants et la population en général, un centre pédagogique de prévention des séismes a ouvert ses portes à la fin 2016 à Sion. Les visiteurs peuvent en expérimenter les sensations via un simulateur qui reproduit des secousses survenues dans le monde entier, à commencer par celles de Sierre en 1946, ressenties dans tout le pays. En la matière d'ailleurs, les frontières ne font pas barrage: bien que les probabilités soient moins élevées, le canton de Vaud n'est pas à l'abri. Tour d'horizon des risques, scénarios envisagés, comportements à adopter et mesures en place en cas de fort séisme.

Séismes : Faut-il trembler ? Michèle Marti :  «Un séisme peut survenir n'importe où en Suisse». ChiccoDodiFC - Fotolia

Textes et photo: Valérie Passello

Une détonation sourde retentit, un peu comme une explosion, ébranlant brusquement bâtiments et humains. Quelques secondes plus tard, tout se met à trembler, il faut s'accrocher pour ne pas tomber, les meubles se déplacent, les plafonds s'effondrent. Au loin, la digue du Rhône cède: l'eau s'infiltre dans les rues, le terrain se met à glisser, certains édifices alentour s'écroulent. Nous sommes dans le simulateur de séismes conçu sur mandat du canton du Valais par la Haute École d'Ingénierie de la HES-SO Valais-Wallis, dans le cadre du CPPS (Centre Pédagogique Prévention Séismes). La plateforme a été élaborée de manière à reproduire de fortes secousses se situant au-dessus de 6 sur l'échelle de Richter (voir encadré) survenues dans le monde, d'après les mesures enregistrées. Au menu: le tremblement de terre de Sierre en 1946 (magnitude: 6,1), de L'Aquila en Italie en 2009 (6,3), du Népal en 2015 (7,8) ou encore de Taiwan en 1999 (7,6).

À la sortie, les visiteurs sont impressionnés: «C'est violent quand même! On réalise vraiment ce que cela peut donner en vrai», réagit l'un d'entre eux. En ce début avril, c'est le personnel de la Clinique romande de réadaptation qui visite le CPPS. «Je fais partie du groupe de gestion de la santé en entreprise, cette activité s'inscrit dans ce cadre. Nous avons aussi appris les bons réflexes à avoir lors d'un tremblement de terre, comme n'emprunter les escaliers sous aucun prétexte ou prévoir un kit de survie contenant au moins 5 litres d'eau, des vivres et une radio portable pour se tenir informé. Je n'y avais jamais pensé avant, mais il est vrai que les secours peuvent mettre plusieurs jours à arriver», explique l'infirmière clinicienne Geneviève Roh.

La théorie et la pratique

Si les entreprises peuvent visiter le CPPS, les enfants sont toutefois les premiers visés: ils y suivront trois séances de prévention durant leur scolarité. «Le programme comprend trois modules: une exposition interactive, le simulateur et des exercices pour acquérir des bases de secourisme. Les enfants doivent comprendre pourquoi et comment se produisent les séismes, afin d'apprendre à se protéger pendant l'événement et à se mettre en sécurité après. En plus de l'approche théorique, nous proposons des jeux qui permettent aux élèves de bien se souvenir de ce qu'ils doivent faire», indique la responsable pédagogique du projet, la professeure de géophysique Anne Sauron.

D'après une analyse du Service Sismologique Suisse (SED), un tremblement de terre d'une magnitude d'au moins 6 sur l'échelle de Richter se produit environ tous les 50 à 100 ans en Valais. Le canton se prépare donc à devoir gérer le prochain, «susceptible d'arriver demain comme dans 20 ans», précise Anne Sauron. Le dernier en date est celui de 1946. Ressenti dans tout le pays et suivi de 500 répliques jusqu'à la fin de l'année, ce tremblement de terre a fait des dégâts près de son épicentre, mais pas seulement: ses ondes se sont enfilées dans les sédiments de la plaine du Rhône et des dommages importants ont été constatés à Bex, Aigle et Villeneuve, apprend-on à l'intérieur du simulateur. Les normes antisismiques dans les constructions ou rénovations de bâtiments font partie intégrante de la prévention: en Valais, elles sont inscrites dans la législation, alors que le canton de Vaud, lui, «n'a pas introduit d'exigences spécifiques au domaine sismique dans ses procédures d'autorisation de construire», relève le SED.

«Un scénario réaliste»

Pour réagir au mieux en cas de catastrophe, le Valais a mis sur pied le projet COCPITT (Concept cantonal préparation et intervention en cas de tremblement de terre), le CPPS en découle: c'est la partie sensibilisation de la population. Le président de l'Observatoire valaisan des risques et chef de l'Office cantonal de la protection de la population Claude-Alain Roch évoque le scénario de référence pris en compte: «C'est une hypothèse, mais elle est réaliste par rapport aux modèles établis par les spécialistes. Le séisme serait d'une magnitude de 6,4, son épicentre se situerait entre Sion et Sierre et causerait des dégâts importants dans un rayon de 15 km. Un tel événement entraînerait des centaines de morts, la prise en charge de quelques milliers de blessés serait nécessaire, 10'000 bâtiments seraient touchés et 50 à 100'000 personnes se retrouveraient sans abri». Quant au coût potentiel des dégâts, il serait de l'ordre de 3 à 5 milliards de francs.

Se basant sur ce modèle, le canton a déjà investi à ce jour près de 3 mios dans la mise en place de mesures, afin d'être à même d'apporter des solutions pour «un retour à une situation normale minimale dans les 3 à 5 semaines» après la catastrophe, ajoute Claude-Alain Roch. En plus de la sensibilisation, COCPITT poursuit trois autres objectifs: d'abord, garantir à la population un habitat ou un abri de fortune par la préparation de places d'hébergement protégées, mais aussi une vérification des bâtiments ne s'étant pas écroulés, par des ingénieurs «post-sismiques» formés. Autres buts: avoir une capacité d'intervention appropriée par un modus operandi prédéfini et garantir certaines infrastructures vitales, comme les hôpitaux ou centres de soins. «Nous nous inspirons beaucoup des Italiens qui ont de l'expérience dans le domaine. Nous accompagnons aussi les communes dans les mesures à mettre en place. De plus, nous collaborons volontiers avec les autres cantons: les démarches sont avancées avec Bâle et Fribourg et le canton de Vaud s'est montré intéressé par notre concept. Une plateforme de dialogue-risques pour le Chablais existe déjà depuis 3 ans, mais concernant les séismes, des bases de collaboration doivent encore être mises en place, sous forme de convention, par exemple», informe Claude-Alain Roch.




Michèle Marti : 

«Un séisme peut survenir n’importe où en Suisse»

Le Service Sismologique Suisse (SED), basé à l'École polytechnique de Zurich, est responsable de l'observation et de l'étude des séismes dans notre pays et dans les régions limitrophes. Il est aussi chargé d'estimer les risques d'événement et d'informer les autorités, la population et les médias, en plus de sa mission de recherche et d'enseignement. Michèle Marti, responsable communication du SED, nous donne des précisions sur les tremblements de terre et la situation dans notre pays


À l'heure actuelle, est-il possible de prévoir les séismes?

> Non. Les séismes sont produits par un relâchement soudain des contraintes qui se sont accumulées le long des failles de la croûte terrestre. Ceci intervient lorsqu'un seuil critique est atteint. Il en résulte un déplacement relatif des masses rocheuses de part et d'autre de la faille. L'énergie sismique ainsi libérée se propage sous forme d'ondes à travers la croûte terrestre et provoque des vibrations, nommées à juste titre tremblements de terre. Les phénomènes de rupture le long des failles sont d'une extrême complexité et nos moyens pour les observer très limités. Il en résulte qu'une prévision est impossible, même si notre compréhension tend à s'améliorer au fil du temps. Un tremblement de terre est toujours suivi de répliques de moindre importance. Il peut aussi arriver qu'il soit précédé de petites secousses, mais ce n'est qu'après l'événement que l'on peut dire qu'elles annonçaient un séisme de plus grande envergure.

Pourquoi le Valais, Bâle et les Grisons sont-ils les cantons les plus exposés? Cela signifie-t-il que dans le canton de Vaud, par exemple, on ne risque rien?

> Un séisme peut survenir n'importe où en Suisse. Mais les enregistrements montrent qu'il y a davantage de secousses en Valais, à Bâle, dans les Alpes centrales et les Grisons, des régions où il y en a toujours eu. Les tremblements de terre sont d'ailleurs à l'origine de la formation des Alpes. La combinaison des mesures, de l'histoire, ainsi que de calculs compliqués, sert de base pour le modèle de l'aléa sismique (ndlr: probabilité qu'un séisme destructeur se produise dans un lieu et un temps donnés). On s'attend à un tremblement de terre important tous les 50 à 150 ans. En Suisse, l'aléa sismique est moyen: en comparaison européenne, il est moins élevé qu'en Italie ou en Grèce, mais plus important qu'en Allemagne, par exemple.

Une secousse comme celle de 1946 à Sierre provoquerait-elle davantage de dégâts aujourd'hui?

> Oui, car il y a beaucoup plus d'habitants qu'à l'époque dans la plaine du Rhône et davantage d'infrastructures, de maisons et d'entreprises.

En cas de fort tremblement de terre, l'une des craintes de la population est de voir céder les barrages, comme la Grande Dixence... est-ce réaliste?

> Pour ce type de construction, comme pour les centrales nucléaires, les standards de sécurité sont beaucoup plus élevés que pour d'autres bâtiments, c'est très contrôlé. Ces ouvrages sont conçus pour résister à un séisme exceptionnel, qui n'a lieu que tous les 10'000 ans environ.

Le programme de prévention mis sur pied en Valais est-il nécessaire et devrait-il être étendu à l'ensemble de la Suisse?

> Comme on ne peut pas prévoir un séisme mais que l'on sait qu'il y en aura d'autres à l'avenir, la prévention est le seul moyen de minimiser les dégâts potentiels, c'est toujours une bonne chose. Ailleurs en Suisse, des efforts sont faits: notre but est de sensibiliser au mieux la population, par des expositions par exemple, même s'il est vrai que ce n'est pas forcément un thème prioritaire dans les écoles.

Date:20.04.2017
Parution: 849

Une magnitude, plusieurs intensités

Pour mesurer les séismes, il est fait état de magnitude et d'intensité, qui sont deux notions différentes. La magnitude rend compte de l'énergie sismique libérée au foyer. Elle est calculée à partir des enregistrements des ondes sismiques: en général, apprend-on au CPPS, 30% de l'énergie libérée lors d'un tremblement de terre se propage sous forme d'ondes sismiques et 70% de cette énergie se fond en chaleur au centre de la terre. La magnitude est indiquée sous la forme d'une valeur sur l'échelle de Richter, qui va de 1 à 10. Au-dessous de 1,9, le séisme n'est pas perceptible. Au-dessus de 6, on parle de fort séisme, pouvant causer des dommages jusqu'à 180km à la ronde. Le séisme de plus forte magnitude enregistré à ce jour s'est produit au Chili en 1960: il a atteint 9,5 sur l'échelle de Richter.

L'intensité décrit les effets des séismes, observés depuis un lieu donné, sur les personnes, la nature et les bâtiments. Des effets classés selon une échelle à douze degrés. Pour une même magnitude, deux séismes peuvent avoir des intensités différentes. Un même tremblement de terre peut aussi avoir des mesures d'intensité variables en fonction du lieu où se trouve l'observateur, mais sa magnitude restera toujours la même.

Dans ce dossier

Vidéo
  • Dans le simulateur de séismes du CPPS

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