Télécharger
l’édition n°853
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

Nouvel open air à Monthey: Quelle viabilité pour les petits festivals ?

Culture Monthey verra naître les 19 et 20 mai le festival Irreversible, un open air avec notamment Superbus ou Sinclair en vedettes. Mais quelle est la viabilité d'un nouveau rendez-vous musical dans une région qui en compte déjà plusieurs, entre Lavaux, Riviera et Chablais, et où surtout, de gros événements comme le Bex Rock, le Leysin Rock ou le Pully For Noise ont disparu, faute de succès? Ce malgré de gros budgets – près d'un million de frs pour le Bex Rock et 850'000 frs au plus fort du Pully For Noise – et des poids lourds de la scène musicale à l'affiche, dont Simple Minds et Toto à Bex, ou James Brown, Midnight Oil et Bob Dylan à Leysin. Météo, programmation, finances: quels sont les critères qui font qu'un festival devient pérenne? Tentative de réponse avec ceux qui ont déjà essayé, avec plus ou moins de réussite.

Nouvel open air à Monthey: Quelle viabilité pour les petits festivals ?

Sophie Es-Borrat

«J'en ai des frissons!» Franco Arimondi tient entre ses mains un gros classeur contenant les coupures de presse et autres vestiges ayant trait aux neuf éditions du Bex Rock Festival. Les noms prestigieux défilent: Toto, Indochine, Slipknot, Patricia Kaas, Johnny Clegg, K's Choice... et les souvenirs qui vont avec. Pour le président du comité d'organisation du raout de Grandes Iles d'Amont, tout avait commencé... à Leysin. En grand fan de cet autre festival devenu mythique, lui aussi mort après sept éditions, il y passait immanquablement presque une semaine, même dans la boue, à s'en mettre plein les yeux et les oreilles. Il y a vu les Silencers, ce qui sera finalement le déclencheur de toute l'aventure. Après les avoir revus à Savièse, avec quatre copains, il décide d'organiser un concert de ce même groupe à Bex. Finalement, c'est un véritable festival sur deux jours qui naîtra l'année suivante, en 1999. «Claude Nobs avait envoyé quelqu'un de son équipe pour voir ce qu'on faisait, se rappelle-t-il amusé, on dérangeait un peu».

A partir de là, les éditions se suivent, avec leur lot de succès, mais aussi d'orages estivaux. Et avec une fréquentation de quelque 7'000 personnes par soir, le terrain, qui pouvait accueillir jusqu'à 10'000 personnes, n'atteint pas sa pleine capacité. «Je pense qu'avec encore deux à trois ans de persévérance, nous aurions pu nous implanter vraiment, il nous manquait environ 1'000 personnes par soir», estime Franco Arimondi. En 2010, après une édition au sec à la grande salle de Bex, les organisateurs décident de jeter l'éponge, mais ce n'était pas de gaité de cœur. Ils ont tous laissé quelques plumes dans cette aventure mais en ont retiré une formidable expérience et des souvenirs inaltérables.

«Des petits jeunes» qui osent

«Quand j'ai vu qu'ils lançaient l'Irreversible festival, je me suis dit: tiens, des petits jeunes qui se donnent les moyens, bravo!». Certes, les organisateurs de ce nouvel évènement ont quelques années de plus que Franco Arimondi et ses amis au début de l'aventure du Bex Rock, mais eux aussi sont animés par la même passion de la musique. «Ça fait des années que ça cogite, avoue Jérôme Perrin. Après avoir vu des tonnes de concerts ici ou là, on s'est dit: pourquoi pas chez nous? On pourrait y programmer des artistes que nous apprécions et partager des découvertes». En plus d'assister à des concerts, lui et Ludovic Biselx, les co-directeurs d'Irreversible, qui posent sur le terrain du futur festival sur notre photo en page 1, en ont aussi donné quelques-uns avec leur groupe «LaChapelle». D'ailleurs, selon leurs affinités musicales, c'est la soirée plutôt musclée du samedi, à forte tendance métal qui leur correspond le plus. Dans la zone industrielle des Illettes, quinze groupes seront répartis sur deux soirées et deux scènes, dont une plus acoustique. Mais davantage qu'un essai, Irreversible vise le long terme.

«Oui, nous sommes ambitieux», affirment en chœur les fondateurs. «Nous avons signé des partenariats sur trois ans, alors le but est d'en faire quelque chose de pérenne, des faire vibrer les Illettes pendant des années», explique Ludovic. Mais ils sont aussi réalistes et se sont fixé des objectifs bien en-dessous des capacités totales du terrain, qui peut accueillir jusqu'à 2'500 personnes. Avant de se lancer, les deux amis se sont approchés de l'Estivale d'Estavayer-le-Lac et de Festi'neuch, qui leur ont fait visiter leurs festivals et les ont conseillés sur tout ce qui est nécessaire à un festival réussi.

Les aléas de l'open air

Mais le vrai risque de ces événements estivaux en plein air, c'est la météo. Ce n'est pas Olivier Meylan qui dira le contraire, même si ce ne sont pas les cieux capricieux qui ont vraiment sonné le glas du Pully For Noise dont il était président. «Nous avions un positionnement musical très cohérent, mais pas si simple. Nous étions partagés entre notre envie de découverte et les têtes d'affiche, il nous manquait une scène de dimension intermédiaire pour atteindre un équilibre.» Après 19 éditions, les organisateurs du festival décident de terminer en beauté avec un dernier rassemblement en guise d'anniversaire l'an dernier. «La dynamique du milieu alternatif lausannois du début n'était plus vraiment là, après la fin de la Dolce Vita puis celle de l'Abraxas (réd: deux salles de concert de Lausanne et Pully), d'où avait germé le For Noise».

Mais après ce final réussi, Olivier Meylan n'a pas de regret, c'est d'ailleurs avec beaucoup d'enthousiasme qu'il se lance dans une nouvelle aventure, le Pully Sound Sound festival, qui se déroulera pour la première fois les 23, 24 et 25 juin. Mais plus qu'un enchaînement de concerts, ce nouvel événement se veut un territoire d'expériences musicales, allant de la dégustation de vin sur bande son spécialement créée pour l'occasion à un concert dans une église rythmant une enquête grandeur nature en mode escape room, sans oublier une bourse aux vinyles et une soirée électro. «Il n'y avait plus de place pour le For Noise, il fallait créer quelque chose de nouveau», explique l'organisateur, d'où ces journées ouvertes à toutes les tranches d'âges, ludiques et didactiques, qui offrent une plateforme pour des labels et des créateurs de musiques.

Nox Orae sur la pente ascendante

Plus proche du nouveau-né montheysan l'Irreversible, de par la taille et le budget, le festival Nox Orae remettra le couvert pour une huitième édition les 25 et 26 août au bord du lac à la Tour-de-Peilz. Ce rendez-vous est né d'un concert de Yesayer que le Rocking Chair, salle de concert à Vevey, n'avait pu programmer durant sa période d'ouverture normale. Et devant le succès remporté par cet événement hors les murs, il est devenu un rendez-vous à part entière. Joël Bovy, co-fondateur et co-programmateur de Nox Orae, envisage plutôt sereinement cette nouvelle édition: «C'est un festival qui roule bien, nous sommes sur la pente ascendante, la soirée sold out de l'an dernier est un bon signe». Vendre tous les billets pour une soirée incite les spectateurs à prendre des places à l'avance, assurant par-là une rentrée d'argent bienvenue. Un fort taux de prélocation peut assurer pour une grande part le bon fonctionnement d'une manifestation. A cela s'ajoutent le sponsoring et le revenu des boissons et autres stands. Pour deux ou trois jours de festivité, les investissements sont conséquents, 200'000 frs pour Irreversible, 250'000 frs pour Nox Orae, 850'000 frs au plus fort du Pully For Noise et pas loin du million de frs pour le Bex Rock, qui ne bénéficiait pas de soutien financier communal, contrairement aux autres.

Les clés du succès, il n'y en a pas vraiment, même si le cadre du jardin Roussy ne gâche rien pour Nox Orae: «Notre taille humaine et l'authenticité de notre programmation, particulière et pointue, sont pour Joël Bovy des atouts majeurs, mais rien n'est garanti, la météo joue un gros rôle.»

Le Chablais pas encore blindé

«Pour l'instant, l'état des prélocations pour l'Irreversible est à peu de chose près dans la cible, avec 1'200 billets vendus à 10 jours de la manifestation. On espère avoir 2'000 spectateurs par soir», estime Ludovic Biselx. «Nous sommes partagés entre confiance et un peu d'appréhension, complète Jérôme Perrin, nous souhaitons vraiment que l'intérêt soit au rendez-vous et que ce festival devienne un nouvel événement culturel dans la région».

En se lançant dans le Chablais, «Irreversible s'installe dans la dernière partie de la Suisse romande qui ne soit pas encore blindée, selon Olivier Meylan.» «Il y a une place à prendre, renchérit Franco Arimondi, mais je leur souhaite bien du courage, et du beau temps!». D'ailleurs, quand on demande au fondateur du Bex Rock s'il ira à Monthey ce week-end, il répond en riant «Je raisonne comme les crétins de spectateurs (réd: ceux-là même qui m'agaçaient à l'époque du Bex Rock): j'irai seulement s'il fait beau!»

Date:18.05.2017
Parution: 853

De James Brown à Simple Minds, Bob Dylan et Franz Ferdinand, ils ont rythmé la région

Leysin Rock Festival

Sept éditions dont la dernière en 1993.

Têtes d'affiche: Serge Gainsbourg, Renaud, Midnight Oil, James Brown, Mano Negra, Bob Dylan...


Morgins Jazz Rock on the top

Dix éditions dont la dernière en 2001.

Têtes d'affiche: Bob Geldof, Sens Unik, Carole Fredericks, Manu Dibango, Candy Dulfer, Aston Villa...


World music Festiv'alpe

Six éditions à Château-d'Oex dont la dernière en 2004.

Têtes d'affiche: Patrice, Faudel, Mich Gerber, Natacha Atlas, Sonalp, Septeto Nacional...


Bex Rock festival

Neuf éditions dont la dernière en 2010.

Têtes d'affiche: Shaggy, The Wailers, Gotthard, HIM, Simple Minds, Alpha Blondy...


Pully for Noise

Vingt éditions dont la dernière en 2016.

Têtes d'affiche: Franz Ferdinand, Tricky, Patti Smith, Jarvis Cocker, The Kills, Feist...

De Superbus à Sinclair, une première affiche sexy

Programme de l’Irreversible festival :

• Vendredi 19 mai (Portes à 16h30)

Sur la grande scène: Jacko and the washmachine (CH), Pony Pony Run Run (F), Superbus (F, en photo, sa chanteuse charismatique Jennifer Ayache) et Sinclair (F, photo)

Sur la scène acoustique: Winter in Arizona (CH), Oh my Deer (CH), Alice Torrent (CH)

• Samedi 20 mai (Portes à 15h30) 

Sur la grande scène: Circle of Execution (CH), Herod (CH), Betraying the Martyrs (FR), Lacuna Coil (IT) et Clawfinger (SW)

Sur la scène acoustique: Grand Canard Blanc (CH), Hundred Days (CH), CardiaC (CH)

Infos pratiques sur www.irreversiblefestival.ch

Dans ce dossier

Documents

Vidéo
Documents audio