Télécharger
l’édition n°855
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

Jean-Pascal le conquérant

Documentaire Né en 1936, mis à terre par une tumeur en 1998, Jean-Pascal Delamuraz est un homme d'Etat encore immensément présent dans le cœur des Vaudois. Un film est consacré à l'enfant de Paudex. Tout le gratin politique s'y pressait pour la première le 22 mai.

«J'aime le pouvoir», osait dire Jean-Pascal Delamuraz. DR

Nina Brissot

Plus de 350 personnalités issues du monde politico-culturel se pressaient à l'Opéra de Lausanne le 22 mai. Une attente particulière était tangible. Comme si, pour un moment encore, chaque invité avait pu revivre avec le «capitaine Delamuraz». Pour un peu, on aurait entendu sa voix, comme lorsqu'il affrontait les bruyants manifestants de «Lausanne bouge», et que, alors syndic de Lausanne, il hurlait à son tour: «Taisez-vous, qu'on puisse discuter»! Tout le monde s'est ensuite déplacé vers le Capitole où 500 autres personnes attendaient que le silence se fasse et que le film de Daniel Wyss et André Beaud, présenté par le producteur Jean-Louis Porchet, commence. Le film s'est terminé dans l'émotion et les larmes de ceux qui, le 4 novembre 1998, accompagnaient JPD à sa dernière demeure.

«J'aime le pouvoir»

L'histoire a besoin d'hommes de tempérament. Le bouillonnant Jean-Pascal Delamuraz, adoré pour sa jovialité, ses airs débonnaires, le tutoiement pour tous, l'amour du lac et des pirates, mais également craint pour ses colères noires, était de ceux-là. Elu Conseiller fédéral en 1983, il y restera aux commandes dans différents départements jusqu'à ce que la maladie le contraigne à quitter son poste le 31 mars 1998. Il sera deux fois président d'une Helvétie qu'il rêvait européenne. Pour cette Europe, il ne ménagera aucune force et, lorsqu'en 1992, le non à l'entrée dans l'Espace économique européen sortira vainqueur, il parlera d'un dimanche noir, resté dans l'histoire.

Jean-Pascal Delamuraz aura toujours un franc parler qui souvent a laissé ses interlocuteurs pantois. Comme ce jour difficile en Suisse alémanique où des barbus à bretelles le prenaient à partie en hurlant qu'entrer dans l'Europe c'était entrer dans la grande Allemagne et se soumettre à Hitler. Dans son meilleur allemand, il les a tous regardés puis a demandé: «Avez-vous lu les journaux?» Silence! Il reprend: «Alors vous ne le savez pas, mais Hitler est mort!» Détente. Il n'emportera toutefois pas cette bataille de l'Europe. Il aura d'autres victoires, dont l'aval du peuple pour l'achat des chars Léopard 2 pour l'armée. Il fait entrer la Suisse dans l'organisation mondiale du commerce et empoigne à bras le corps la réforme de la politique agricole. «J'aime le pouvoir», osait-il dire. Et il l'a pris dès ses études. Issu d'une famille modeste mais très intéressée par la politique, il apprend le débat dès l'enfance. Garagiste, son père était syndic de Paudex et débatteur. L'ADN de Jean-Pascal a été dès le départ marqué du sceau de la politique radicale dans tous les sens du terme.

Multiples visages

Toutes ces anecdotes et bien d'autres encore sont relatées dans le documentaire. L'homme public, l'homme privé, le monument politique sont abordés. Tout comme son ascension, notamment grâce à l'expo 64 alors qu'il est adjoint du directeur administratif, sa position de syndic de Lausanne sont autant de souvenirs qui jalonnent la vie de ce président qui avait ses amis dans toutes les couches de la population.

Il aura fallu une année à Daniel Wyss le réalisateur accompagné par l'historien Olivier Meuwly et le journaliste André Beaud pour retracer la success-story d'un homme a qui seule l'idée de l'Europe a su résister. Réalisé dans le cadre des 175 ans du Cercle démocratique, soutenu par la RTS, la Loterie Romande et la Confédération, le film est projeté dans différentes salles romandes.

Date:01.06.2017
Parution: 855

Dans ce dossier

Documents

En images

Vidéo
Documents audio