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Prévenir la maltraitance des aînés

Santé En Suisse, une personne âgée sur cinq serait victime de maltraitance, selon l'OMS, soit 300'000 aînés. Les autorités semblent avoir pris la mesure du problème. Vaud a par exemple mis en place des inspections inopinées des établissements sanitaires ou sociaux et a créé une Commission des plaintes pour les résidents et les patients. Ce qui n'empêche pas des cas de survenir, comme ceux dénoncés il y a peu à l'EMS Burier de Clarens. Reste que ces atteintes à la dignité et à la santé surviennent d'abord à domicile et non dans les homes, leurs auteurs étant le plus souvent des proches. D'où l'importance du travail de sensibilisation que mènent en parallèle les associations, comme alter ego, basée à Vevey, et les instituts de santé pour prévenir et traiter de tels cas. Un colloque intercantonal aura lieu à Lausanne le 15 juin, dans le cadre de la Journée mondiale contre la maltraitance des personnes âgées. Objectif: rappeler les bonnes pratiques en matière de prévention.

Heiko Kverling - Adobestock.com

Magaly Mavilia

«Contrairement aux idées reçues, la maltraitance touche tous les milieux sociaux-culturels, ce qui est également le cas pour la maltraitance des enfants et la violence conjugale.» C'est le constat du Dr Delphine Roulet Schwab, professeur à la Haute Ecole de la Santé La Source à Lausanne. Cette spécialiste est présente sur tous les fronts où l'on débat et défend les droits des personnes âgées, puisqu'elle est aussi membre de alter ego, association pour la prévention de maltraitance envers les personnes âgées, membre du Conseil d'éthique de l'Avdems (Association vaudoise d'établissements médico-sociaux), co-représentante de l'INPEA aux Nations Unies (International Network for the Prevention of Elder Abuse) et présidente de la Société suisse de gérontologie. Mais si elle a réalisé de nombreuses études sur la maltraitance, elle reconnaît qu'il est difficile de donner des chiffres exhaustifs sur ce sujet encore et toujours tabou dans notre société. Toutefois, «selon l'OMS Région Europe, 25% des aînés très dépendants seraient victimes de maltraitance, souligne la professeur. En Suisse, cela pourrait représenter près de 300'000 personnes, dont 62% de femmes et 18% d'hommes. Mais ce sont surtout les plus de 80 ans, très dépendants d'aide et de soins, qui sont les plus touchés.»

Pourtant, le scandale a éclaté il y a vingt ans déjà. C'était dans l'émission Temps Présent de la RTS, où des membres du personnel d'EMS en Suisse romande et des aînés témoignaient du non-respect des besoins élémentaires des résidents. Ils invoquaient les coupes budgétaires, un manque de personnel et donc de temps. Ce reportage a provoqué la stupeur générale, le débat était lancé. En 2002, une association pour la prévention de maltraitance envers les personnes âgées voit le jour. Basée à Vevey, alter ego regroupe des professionnels qui s'attèlent non seulement à la sensibilisation du public, des politiques et des milieux de la santé mais offre également des solutions, une Helpline, mais aussi des formations et des événements. De plus, alter ego vient de constituer une bibliothèque de documents sur le sujet. Articles, études et références de livres seront mis à disposition des personnes intéressées sur internet dès le 15 juin, date de la Journée mondiale contre la maltraitance des personnes âgées (voir encadré et liens en fin d'article).

Qui porte la responsabilité?

Invités par Christiane Nicole Maibach, dans le cadre des 30 ans du Club Inner Wheel Montreux-Vevey, mouvement caritatif qu'elle préside et qui organisait le 12 mai à Montreux une conférence sur cette thématique, Delphine Roulet Schwab et Jörg Rickennmann, coordinateur d'alter ego, y ont présenté les enjeux majeurs de cette cause. «La grande question, relève Jörg Rickennmann, est de savoir qui porte la responsabilité de la dignité des personnes âgées affaiblies. Est-ce la Confédération, le Canton ou la commune, autorité suprême dans notre pays, qui est responsable qu'aucun de ses citoyens ne souffre de la faim, du froid ou du non accès aux soins?» Les membres du comité alter ego n'ont pas attendu la réponse pour agir sur trois points essentiels: comprendre, informer le public et former le personnel. 13'000 professionnels de Suisse romande ont déjà suivi ces cours de prévention de la maltraitance.

Les cantons ne restent pas non plus de marbre face au problème. Fribourg vient de rendre publique le 29 mai une étude qui recommande de miser sur le recrutement et la formation du personnel. Le 1er juin, c'était au tour du Valais de présenter les conclusions d'une telle étude, avec en point fort la volonté d'inscrire les droits des aînés dans la Constitution cantonale. Parmi de nombreuses mesures, le canton de Vaud a quant à lui créé une Commission des plaintes pour les résidents et les patients d'EMS (voir encadré). Dans le Jura et le Valais, alter ego est chargée de la formation pour l'ensemble du personnel médico-social. «D'autres cantons cherchent leur voie, explique Jörg Rickennmann, mais tous sont confrontés à la limite juridique entre une organisation publique qui peut contrôler les institutions mais ne peut intervenir dans la sphère privée.»

Privé de dessert

Lorsque l'on parle de maltraitance, on pense à la violence physique, aux manques de soins nécessaires au bien-être et à la santé. Mais le tort moral ou psychologique entre aussi dans cette définition ainsi que la maltraitance sexuelle et les abus financiers ou matériels. L'Organisation mondiale de la santé parle d'actes isolés ou répétés ou de manque d'actions appropriées, intentionnelles ou involontaires, qui se produisent dans une relation dans laquelle il y a une atteinte de confiance.

Mais où se situe la frontière entre maltraitance et négligence? «Forcer quelqu'un à manger peut être une forme de maltraitance et ne pas le faire peut être une forme de négligence», explique Delphine Roulet Schwab qui a réalisé une recherche scientifique d'envergure sur la maltraitance grâce à l'appui de la Fondation Leenaards. Un travail qui s'est conclu par une série de recommandations de bonnes pratiques pour la prévention. «Il y a beaucoup de situations très délicates qui créent de la souffrance parce que les proches veulent bien faire et ne se rendent pas compte que la personne âgée est blessée dans sa dignité. Typiquement, infantiliser une personne âgée par le langage me choque beaucoup. On utilise un ton mielleux, le tutoiement ou le prénom de la personne sans que cela ait été négocié, on la traite comme un enfant: «Si vous ne finissez pas votre repas, vous n'aurez pas de dessert». De quel droit faisons-nous cela?, questionne la spécialiste. Nous n'avons pas un rôle éducatif envers les personnes âgées. De même lorsque l'on veut bien faire en triant les affaires d'un proche ou d'un résident sans en discuter avec lui, il peut se sentir complètement dépossédé de sa liberté, voire désorienté car il ne retrouvera plus ses affaires.» Si la violence physique est pénalisée, ce n'est pas le cas de certaines formes de maltraitance comme la négligence, le chantage affectif ou financier.

Les signes de maltraitance

Plusieurs indices peuvent indiquer une maltraitance. Une personne qui subit de mauvais traitements peut avoir tendance à se dévaloriser, à devenir dépressive ou à perdre du poids de façon subite. Côté financier, les changements de comptes bancaires ou la difficulté soudaine à payer les factures, la disparition d'objets, peuvent être autant de signes à relever. Les études démontrent que la maltraitance est avant tout subie à domicile et est le fait des proches. En cas de cohabitation, il peut être difficile de garder son calme lorsque l'on est confronté en permanence à des situations lourdes ou à un parent âgé agressif.

«Le cas le plus problématique est celui de l'isolement social. Lorsqu'une personne âgée n'a pas de visites, plus de famille ou que les gens de l'immeuble ne se préoccupent pas les uns des autres, cela peut avoir des conséquences dramatiques», déplore Delphine Roulet Schwab.

Ces signes doivent être considérés avec soin et il ne faut pas se précipiter, conseillent les spécialistes, à moins qu'il y ait une urgence vitale, auquel cas, la police doit être prévenue. Pour les autres signes, il peut être utile de les noter, avec la date. Les personnes qui se posent des questions à ce sujet peuvent appeler la permanence d'alter ego pour être conseillées quant aux démarches à entreprendre.

L'âgisme, un tort moral

On parle beaucoup de racisme, mais l'âgisme est un phénomène qui prend de l'ampleur dans une société qui n'a plus la faculté de regarder la vieillesse et la maladie en face. Les discriminations liées à l'âge sont fréquentes. On se souvient du scandale de l'abonnement seniors instauré par les Transports Publics Lausannois, qui n'était valable qu'à partir de 9h du matin, qui pensaient peut-être naïvement que lorsque l'on atteint le troisième âge on fait la grasse matinée. Or, c'est souvent le contraire. Les TL ont du faire marche arrière sur les recommandations de l'AVIVO (Association de personnes âgées) qui est montée au créneau.

La question des mesures adaptées fait débat, mais à la suite d'une étude menée par le Senior Living Lab en collaboration avec les TL, la Migros, Swisscom et des aînés, il ressort que les personnes âgées ne souhaitent pas être mises à l'écart, par exemple sous la forme d'un guichet ou d'une caisse qui leur seraient réservés. Le sujet est sensible et même les bonnes intentions peuvent parfois être mal percues. D'autant plus dans une société qui mange mal et ne bouge plus, et où les seniors sont souvent plus vigousses que les jeunes.

Date:08.06.2017
Parution: 856

Fribourg anticipe la pénurie de personnel

Différentes études annoncent une pénurie en personnel de soins et d’accompagnement. Pour faire le point sur la situation actuelle ainsi que sur les mesures à mettre en œuvre à l’horizon 2025, la Direction de la santé et des affaires sociales (DSAS) a mandaté l’OrTra Santé-Social Fribourg pour réaliser une étude dont les conclusions ont été présentées le 29 mai.

Si le personnel des établissements médico-sociaux (EMS) a augmenté de 11.8 % et celui de l’aide et des soins à domicile de 23.8 % entre 2010 et 2014, le rapport constate une croissance au niveau tertiaire au détriment du personnel du niveau secondaire II et du personnel sans formation. Au niveau tertiaire, la dépendance du personnel formé à l’étranger est importante.

Selon les planifications cantonales, seuls quelque 60% du personnel (tous niveaux confondus) qui sera nécessaire en 2025 est actuellement formé dans le canton. L’étude recommande donc de renforcer la promotion, le recrutement, et la formation du personnel futur et en place.

 

Le valais souhaite instaurer un droit des aînés

Le 1er juin, la Commission consultative cantonale pour le développement de la politique en faveur des personnes âgées a présenté les conclusions de son étude. Les mesures à mettre en place ces prochaines années ont été regroupées en quatre «chantiers»: élaborer un diagnostic des besoins des seniors, organiser un «guichet unique» de coordination et d’information, promouvoir des projets citoyens novateurs et assurer à terme le cadre légal. La Commission recommande vivement que les droits des aînés soient inscrits dans la Constitution cantonale et qu’une structure professionnelle soit mise sur pied au niveau du Canton.

Parmi une centaine de mesures, la valorisation des compétences des retraités à travers un prolongement d’activité professionnelle est étroitement liée au désir de soutenir l’autonomie et le maintien à domicile des aînés, par exemples à travers de nouvelles formes d’habitat.

Colloque et ateliers ouverts à tous à l'occasion de la Journée mondiale

Dans le cadre de la Journée mondiale contre la maltraitance des personnes âgées, le 15 juin, l'Institut et Haute Ecole de la Santé La Source à Lausanne et l'Association pour la prévention de la maltraitance envers les personnes âgées alter ego organisent le colloque «15 ans de lutte contre la maltraitance envers les personnes âgées: quel bilan? Quels enjeux? Quelles perspectives?». Cette rencontre ouverte à tous se déroulera en deux temps. Le matin, des intervenants de différents cantons porteront un regard spécifique sur le sujet. L'après-midi, deux ateliers seront organisés pour réfléchir aux enjeux et perspectives futurs en termes de prévention. Une conférence abordera les aspects éthiques en lien avec la maltraitance. A cette occasion, atler ego présentera également son nouveau portail documentaire sur la promotion de la bientraitance et la prévention de la maltraitance.

Lausanne, La Source, jeudi 15 juin, de 9h à 16h15. Renseignements et inscriptions : www.alter-ego.ch ou au 079 335 57 62.

Les EMS sous haute surveillance dans le canton de Vaud

«Nous sommes l'un des seuls cantons à disposer avec la CIVESS d'un organe d'inspections inopinées des établissements sanitaires ou sociaux», souligne Pierre-Yves Maillard, conseiller d'Etat en charge de la santé et de l'action sociale (DSAS), contacté par Le Régional pour savoir quelles étaient les actions entreprises pour la prévention de la maltraitance des personnes âgées. «Ces inspections sont centrées sur la protection de la dignité des résidents, la détection, la prévention et le cas échéant la répression de la contention, des soins inadéquats ou insuffisants, détaille le ministre. L'animation et la nutrition font aussi l'objet de ces contrôles. Chaque année, près d'une centaine d'établissements sont visités. Le bilan de ces inspections est publié chaque année et il fait état d'une amélioration progressive de la qualité de la prise en charge. En outre, un contrôle du respect des dotations en personnel et du «turn over» est réalisé.», assure-t-il. En complément à ces inspections, d'autres systèmes d'alertes fonctionnent. Comme à l'EMS Burier de Clarens, qui était dans le colimateur du canton depuis décembre 2016, à la suite d'une dénonctiation de deux syndicats. Rendue publique ce 1er juin, l'enquête des autorités confirme «un risque élevé de maltraitance et un manque de compétences du personnel» dans cet établissement. Une nouvelle direction vient d'y être nommée en interim, sous le contrôle du canton, avec pour mission de redresser la barre. Ce qui pose la question des budgets alloués au secteur, notamment sous l'angle des réductions de personnel qui, faute de temps, ne peut pas toujours répondre aux besoins des personnes âgées. «De notre côté, nous ne réalisons aucune coupe budgétaire, au contraire, affirme Pierre-Yves Maillard. La croissance des budgets dédiés à la personne âgée, que ce soit dans les soins à domicile ou dans les EMS, est au moins égale ou plus souvent supérieure à la croissance démographique. Pour information, nous avons construit environ 25 EMS ces dix dernières années. Les chambres à quatre lits et à trois lits ont été supprimées. Le taux de chambres à un lit a massivement augmenté. Une Convention collective de travail protège tout le personnel soignant, elle a mobilisé entre 15 et 20 millions de frs, souligne le socialiste. Cela étant, la pénibilité du travail dans ce domaine est évidente et justifie des moyens importants, eu égard notamment au vieillissement de la population.»

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