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Claude Nicollier:
« J'aime les grandes étendues »

Série d'été Des séjours d'enfance au bord de la mer, des voyages au Mexique et en Asie avec sa petite famille, des moments passés aux Ormonts, l'astronaute natif de Vevey n'en garde que du bonheur. Aujourd'hui, le seul Suisse à s'être rendu dans l'espace, il y a 25 ans la première fois, n'imagine plus prendre de «vraies» vacances. Mais cet aventurier dans l'âme aime faire découvrir, en tant que guide, des paysages terrestres et célestes comme ceux qu'offrent les hauts plateaux andins. Une traversée entre Chili et Bolivie, qu'il évoque après un détour par les vacances d'autres périodes sa vie.

Claude Nicollier

Priska Hess

Pas facile de trouver un moment pour une interview dans l'agenda bien rempli de Claude Nicollier, entre congrès à l'étranger, examens à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) où il enseigne, et activités de vol, sa passion depuis toujours. Il propose finalement une rencontre à son bureau du Swiss Space Center de l'EPFL un samedi matin de juillet, au terme d'une semaine passée à s'entraîner dans le Chablais au pilotage d'un Pilatus PC7: «Nous avons fait de l'acrobatie, des vrilles et même des atterrissages de fortune. Voler est une activité qui me remplit de bonheur», lance-t-il dans un large sourire, irradiant d'une force sereine.

Quelles ont été ses plus belles vacances? Il ne saurait le dire. «J'ai un peu plus de 70 ans et les concepts de vacances varient avec l'âge. Je dirais qu'il y a eu trois périodes: celle de l'enfance, puis la vie de la petite famille Nicollier à Houston et aujourd'hui. Je garde un souvenir absolument merveilleux des vacances avec mes parents, ma sœur et mon frère, sur la côte Adriatique, en Espagne, ou à Ibiza – qui était évidemment différente de l'Ibiza d'aujourd'hui, se souvient-il, moins débridée pour résumer. En Italie, on allait se baigner, on courait dans les forêts de pins et mes parents faisaient en sorte qu'il y ait aussi un aspect culturel, avec visites de monuments historiques. C'étaient pour moi des vacances de bonheur. On allait aussi souvent à la montagne, du côté des Ormonts, lieu d'origine de ma famille. J'y ai fait mes premières photos du ciel étoilé. C'était vers 1961, j'observais le satellite ECHO que l'on voyait à l'œil nu, comme une étoile très brillante. C'étaient des vacances au sens pur du terme.»

Touché par la spiritualité birmane

En 1980, dans le cadre de ses activités spatiales, Claude Nicollier s'installe avec son épouse mexicaine Susana et leurs deux filles à Houston, où il restera durant 25 ans. «On avait acheté un petit avion bimoteur et on partait tous ensemble en vacances au Mexique, en emmenant aussi avec nous notre petit chihuahua. C'était le bonheur de connaître ce pays magnifique où les des gens sont absolument charmants, surtout à Guadalajara et à Sayulita, sur la côte Pacifique, un village de pêcheurs près de Puerto Vallarta où l'on allait régulièrement. Nous avons aussi toujours eu beaucoup d'attrait pour l'Asie du Sud-Est, qui fut une extraordinaire découverte. Nous y avons vu des choses d'une splendeur inouïe, spécialement en Birmanie, comme la pagode de Shwedagon, ce grand stupa recouvert d'or, avec tous ces pagodons, toutes ces petites alcôves avec des bouddhas, devant lesquels les gens se recueillaient... J'y ai senti en même temps une spiritualité très forte et qui nous a profondément touchés.»

L'œil le plus grand au monde

Claude Nicollier est aujourd'hui dans une nouvelle période de sa vie. «Je vis seul depuis le décès, il y a dix ans, de mon épouse. J'enseigne, je contribue à quelques projets à l'EPFL, et je fais de l'aviation. Les vraies vacances, je ne les imagine plus tellement, parce que la donne a complètement changé. Ce sont désormais des vacances actives, où j'essaie de transmettre à d'autres des choses que j'ai eu le privilège de vivre.» Sur l'écran de son ordinateur, il montre des photos de deux récents voyages en Antarctique et d'expéditions pour aller observer des éclipses de soleil. Depuis quelques années, il accompagne également des circuits en Amérique du Sud – il y repartira d'ailleurs cet automne. «Le Nord du Chili et le désert d'Atacama sont l'un des quelques endroits sur terre où il fait toujours beau, avec environ 300 nuits claires par année. C'est là que sont installés, depuis trente ans, les grands télescopes de l'ESO (European Southern Observatory). Il s'y construit actuellement l'E-ELT (European extra large telescop), un instrument gigantesque, qui aura un miroir de 39 mètres de diamètre», s'émerveille Claude Nicollier. Ce sera, selon l'ESO, «l'œil le plus grand au monde pointé sur le ciel», qui permettra notamment la recherche de planètes similaires à la terre, où la vie pourrait exister.

Une tache blanche au cœur des Andes

Claude Nicollier évoque l'un de ses premiers voyages entre Chili et Bolivie: «Depuis Arica, ville portuaire tout au nord du Chili, nous avons roulé deux jours en bus pour aller à La Paz en Bolivie, en passant par des cols à 4'500m d'altitude. Un trajet magnifique, avec la découverte du massif andin, des grands volcans, sous un ciel bleu profond durant la journée et plein d'étoiles durant la nuit... Puis, après deux jours passés à la Paz, nous sommes allés en direction du Sud jusqu'à Salar de Uyuni, un grand lac salé asséché, dans les hauts plateaux andins. Depuis l'espace, je me souviens qu'il apparaissait comme une tache blanche dans les Andes et que cela me frappait. Nous avons continué ensuite en jeep jusqu'à San Pedro de Atacama et de là sommes allés visiter ALMA, à 5'000 mètres d'altitude, qui est un ensemble de 66 radiotélescopes.»

Aux voyageurs qu'il accompagne, Claude Nicollier fait aussi découvrir le ciel austral, «un paysage céleste magnifique que l'on ne voit pas depuis la Suisse, où l'on peut observer les nuages de Magellan, le centre de la galaxie, toute la région du Centaure, la constellation de la Croix du Sud», énumère-t-il en concluant: «Finalement les vacances, c'est lorsque l'on sort de son bureau, qu'on laisse son travail habituel pour faire autre chose, mais autre chose que l'on aime faire. Pour moi, c'est d'aller dans des endroits que j'affectionne et de partager mon affection pour ces endroits... et ce qu'il y a au-dessus de l'horizon.»

Date:10.08.2017
Parution: 863

militaires zélés...

«Je n'ai jamais eu de mauvaises vacances. Cela n'a toujours été que du bonheur, du début à la fin». Claude Nicollier se remémore cependant une anecdote, survenue en Birmanie: «J'étais allé seul voir Shwedagon avec du matériel photographique. Au retour le soir, je suis passé à côté d'une caserne et là des militaires m'ont arrêté. Ils m'ont emmené dans une petite salle pour m'interroger... Ils ne comprenaient pas bien l'anglais, mais je leur ai quand même expliqué que j'étais un Suisse, que j'étais en entraînement d'astronaute à Houston et que je devais prendre des photos avec cette caméra Hasselblad pour m'entraîner avant une mission spatiale à but scientifique exclusivement... Ils ont finalement accepté mes explications et m'ont libéré. Mais j'ai eu un peu peur, car c'était à l'époque où on ne rigolait pas trop avec les militaires en Birmanie! Etonnamment, ils ne m'ont pas demandé de retirer les films de mon appareil. Il en est résulté un album de photos très spécial, souvenir d'un magnifique voyage, mais aussi d'un vrai moment d'inquiétude!»

sur un astéroïde

«Sur terre, je suis allé aux endroits où je voulais aller. J'aime les grandes étendues, comme les déserts du Chili ou celui de Gobi en Asie, qui est d'ailleurs l'un des endroits d'où j'ai pu observer une éclipse de soleil, un moment magnifique. Et mon rêve de vacances serait d'aller sur un astéroïde et sur la Lune. Cela n'arrivera pas, mais c'est mon rêve, et un rêve reste un rêve.»

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