20.7.2010

Riviera

Parution n° 525

Parfum de mystère autour des tours en ruines

Histoire • Il flotte souvent un envoûtant parfum de mystère aux abords des tours en ruines... Celles de la Paleyre, Gourze et Saleusex offrent surtout quelques-uns des plus beaux panoramas de la Riviera et de Lavaux.

Depuis Rivaz, un pittoresque chemin vigneron permet d’accéder à la Tour de la Paleyre.

Prolongeant l’escarpement rocheux du hameau du Monteiller, sa silhouette aux murs éboulés se fond presque, de loin, dans le paysage en terrasses de Lavaux. Mais lorsqu’on s’en approche depuis Rivaz, les ruines romantiques de la tour de la Paleyre se dessinent au coeur d’une parfaite harmonie entre vignes, lac et montagnes. A l’entrée du domaine, une inscription sur une plaque de pierre «La Paleyre–anno 563», réalisée vraisemblablement au début du XXe siècle, rappelle qu’en l’an 563 eut lieu la catastrophe du Tauredunum: un pan de montagne se détacha, probablement dans la région du Grammont, provoquant un raz de marée qui dévasta plusieurs villages des bords du Léman dont celui de Rivaz – bâti à l’origine sur la rive, selon la tradition.

Le rêve de Jean Prahin
La Paleyre était autrefois un petit château qui fut habité jusqu’au début du XVIIe siècle, puis tomba en ruines. En 1946, le peintre et maître-verrier Jean Prahin acquit l’ensemble du domaine et s’y établit dans la maison de maître. Il dégagea une tour d’angle et quelques murs, entama des travaux de consolidation et dessina des plans, rêvant de redonner à la tour son aspect originel. Un voeu que la Fondation propriétaire des lieux depuis le décès de l’artiste, espère réaliser un jour, parallèlement à la création d’un musée dans la maison de maître et l’atelier, afin de pouvoir ouvrir le domaine au public.

Gourze la populaire
Aux confins de Lavaux, la massive tour de Gourze offre un époustouflant panorama sur le Chablais, l’arc lémanique et les Alpes, jusqu’au Jura et aux préalpes fribourgeoises. Edifiée sans doute à l’époque romane, cette tour quadrangulaire était une possession de l’évêque de Lausanne. Démantelée en 1315, elle fut utilisée comme signal militaire jusqu’au dernier quart du XVIIe siècle, et devint propriété de l’Etat de Vaud en 1910. «Beaucoup de choses ont été dites à son sujet, mais on n’en sait pratiquement rien, faute de renseignements documentaires anciens. L’édifice lui-même ne fournit que peu d’informations», relève Michèle Grote, historienne et archiviste au SIPAL (Service Immeubles, Patrimoine et Logistique). But de promenade et de pique-nique prisés à la belle saison, Gourze se pare de beauté et de mystère à la nuit tombante, ou dans les brumes d’automne...

La fée de Saleusex
Difficile d’imaginer, en atteignant le sommet du Cubly, que les quelques murets envahis de terre, de racines et de mousses, au centre desquels une table et des bancs ont été installés, sont les seuls vestiges de la tour de Saleusex, classée monument historique depuis 1900! Protégée au nord par un fossé encore bien visible, cette tour carrée d’environ 8 mètres de côté, dont les origines pourraient remonter au Haut Moyen Age, était un signal en correspondance avec ceux de Brent, St-Martin et Veytaux... avant de servir de carrière pour des constructions de la région. La frustration sera toutefois compensée par la vue saisissante sur le Léman et la Riviera, mais aussi par la féérie de la forêt, quand les rayons du soleil percent à travers le feuillage des hêtres. Peut-être les plus chanceux y apercevront-ils la «forme blanche et vaporeuse» de la fée de Saleusex qui, selon la légende rapportée par Louis Chardon, souffla jadis à Jean-François de Blonay une mélodie magique qui lui permit de conquérir le coeur de celle qu’il aimait...

Texte et photo: Priska Hess

 

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