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Faut-il sauver le vigneron de Lavaux ?

Publication Coup de gueule ? coup de poing contre les autorités ? C'est en tous les cas une grosse colère qu'a déversé l'ancien journaliste et nouveau vigneron Bertrand Duboux devant la presse. Il a même écrit un livre pour le dire: « Il faut sauver le vigneron de Lavaux »

Derrière la beauté des paysages se cache une réalité bien difficile pour les vignerons: les tracasseries adminitratives ou les aléas de la météo en sont notamment responsables.DR

Nina Brissot

Même le ciel s'est mis à pleurer ce 14 septembre à Puidoux lorsque Bertrand Duboux, bien connu des sportifs puisqu'il a été chroniqueur du sport à la RTS a lancé une terrible diatribe contre l'administration vaudoise et fédérale. Pour le vernissage de son livre «Il faut sauver le vigneron de Lavaux», paru aux éditions Slatkine, il avait convoqué la presse et des amis vignerons prêts à témoigner de leurs expériences, chez Raymond Chappuis. En plus de ses vignes, ce dernier traite les 7'000 m2 hérités par Bertrand Duboux dans le Dézaley. Mais Raymond Chappuis se heurte à d'interminables tracasseries administratives pour toucher des indemnités afin de remettre en état un vignoble dévasté par une poche d'eau et qui, depuis 3 ans, n'est plus exploitable. Il n'a pas touché d'indemnités, perd le revenu de l'exploitation et il faut un million pour le remettre en état. Et Bertrand Duboux de tacler la presse qui ne fait que miroiter le beau côté du Vignoble de Lavaux et les bienfaits de l'Unesco en cachant une autre réalité, beaucoup plus dure pour les vignerons. Près de 80 personnes étaient réunies dans la cave et plusieurs vignerons ont témoigné de leurs déboires. L'ambiance chauffait à l'intérieur alors qu'un déluge glacé tombait à l'extérieur. Bertrand Duboux continuait, et regrettait que dans le milieu des vignerons et à Lavaux en particulier, «solidarité» soit un vain mot. Il rêve de créer une association de défense des vignobles en terrasses.

Défendre quoi ?

Avec le réchauffement climatique, ravages du temps et caprices de la météo font partie des plaies d'Egypte touchant le vignoble. Plus particulièrement les murs de vignes qui sont difficiles à maçonner et maintenir. Il faut parfois des clous allant jusqu'à 16 mètres pour les soutenir. Inutile de dire que le coût est tout aussi long. Mais Bertrand Duboux s'en est pris surtout aux «incohérences, désorganisation, aveuglements, excès et délires des services de l'administration vaudoise et de ses fonctionnaires». Des tracasseries administratives que l'auteur dénonce dans son livre tout en lançant un cri du cœur et des tripes, «il faut sauver ce beau métier car si l'on continue comme ça, il n'y aura plus de vignerons dans 30 ans. Et d'ajouter, en 1900, Riex comptait 26 vignerons. Il en reste 3 aujourd'hui». Jean-Pierre Haenni, syndic de Bourg-en-Lavaux, 2e commune viticole du Canton a tempéré les attaques contre l'administration : Si la Confédération ne fait rien, le Canton ne peut rien faire non plus. Un glissement de terrain doit être pris en charge par les assurances. Pour une aide, tant que la Confédération et le Canton joueront au ping pong il ne se passera rien. Pourtant, notre profession est très contrôlée et l'on nous dicte ce que l'on doit faire. Il manque au Conseil d'Etat des hommes concernés par ces problèmes. Ludovic Paschoud, vigneron à Lutry, a lui aussi plaidé pour la solidarité. «il faut arrêter de la jouer seul et ne plus se tirer dans les pattes, il vaudrait mieux créer un fonds commun» a-t-il suggéré. La Cave chauffait de plus en plus, Emmanuel Estoppey a défendu Lavaux Unesco, bien beau mais qui, selon les organisateurs de cette réunion, ne véhicule pas la vérité. Monsieur Lavaux a bien précisé que Lavaux Unesco n'est pas un label ni un office de tourisme. Que les problèmes sont connus mais que, justement, cette vitrine permet de fédérer les gens à l'intérieur, ce qui est nouveau et a pu se constater avec l'œnotourisme.

Le mot de la fin

Il est venu par Maurice Neyroud, vigneron et député qui a déploré la mémoire courte des plaignants, sachant que toutes les améliorations foncières de ces dernières années, grosses machines à millions, ont été financées par le canton et la Confédération, y compris les chemins de vigne à l'usage exclusif des vignerons. Maurice Neyroud a rappelé que l'actuel gouvernement est à gauche et que la tendance va plutôt vers les aides sociales que vers les murs de vigne. Enfin, il n'entre pas dans la sinistrose de Cassandre, pour lui le métier a encore de l'avenir.

Date:28.09.2017
Parution: 870

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