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Faire la morale à la Chine, « c'est hypocrite »

jumelage Chaque année, des jeunes Montreusiens prennent le Pékin Express. Après avoir reçu un homologue chinois chez eux. Objectif de l'échange: renforcer les liens entre la Perle de la Riviera et l'Empire du Milieu. L'occasion pour Le Régional de rencontrer Sandrine Siu, de retour de terre inconnue. Ecologie, censure, envie de repartir : elle raconte.

Entre tourisme et immersion: lors de son séjour à Pékin, Sandrine Siu s'est intéressée aux politiques écologiques chinoises.DR

Amit Juillard

«La journée, tout était organisé pour nous. Nous avons marché sur la Muraille de Chine, vu la Cité interdite... Et le soir, nous étions dans nos familles d'accueil pour le souper ». Sandrine Siu, 19 ans, est l'une des sept jeunes suisses partis à la découverte d'un autre monde l'été dernier. Après avoir reçu une correspondante de l'Empire du Milieu l'année d'avant dans le cadre d'un échange estudiantin. Le lien entre Montreux et la Chine se perpétue à travers leur jeunesse. Grâce au pacte d'amitié signé avec Xicheng en 2013, district de Pékin de 1,6 million d'habitants. Aux frais de la Ville: billets d'avion, transports, encadrement sur place et logement.

Difficle de juger

Au-delà de l'aspect touristique, un but: découvrir un autre pays en vivant avec des locaux deux semaines durant. « La vie en Chine est complètement différente de celle que nous connaissons, constate Sandrine Siu. Ce voyage m'a ouvert l'esprit sur une autre culture et une autre manière d'aborder le quotidien. » Résultat tangible de ce périple initiatique: un rapport comparatif sur les politiques énergétiques des deux pays. Sachant que la Chine est le plus gros émetteur de dioxyde de carbone de la planète. « Ce n'était pas aussi pollué que je ne l'imaginais, explique Sandrine Siu. Mais c'était l'été et la pollution à Pékin est très liée au chauffage. » Elle liste plusieurs mesures gouvernementales : interdiction d'utiliser sa voiture un jour par semaine, tri des déchets, déplacement des industries vers la campagne. Autant de politiques que la jeune montreusienne nuance. « Des efforts ont surtout été faits au moment des Jeux Olympiques en 2008. C'est cosmétique et il y a peu d'améliorations réelles. Les déchets sont tous traités en commun, les gens prennent le taxi les jours où ils n'ont pas le droit de conduire... J'ai l'impression que les effets sont minimes. »

Mais pour cette étudiante de première année en ingénierie de l'environnement à l'EPFL, faire la morale à la Chine est « hypocrite ». « C'est difficile de juger. L'échelle est totalement différente, il y a plus d'un milliard d'habitants, tempère-t-elle. Et nous leur faisons la leçon parce qu'ils adoptent le même mode de vie consumériste que nous. Pourquoi pourrions-nous vivre de cette manière et pas eux ? » Elle rappelle d'ailleurs dans son travail que si la Suisse est championne du tri, elle est aussi productrice d'énormément de déchets.

A l'extérieur, la censure

Les différences entre les deux Etats ne s'arrêtent pas là. « C'est la première fois que je sortais d'Europe, confie-t-elle. Je suis entrée dans un système politique complètement dissemblable de celui que je connaissais. J'ai cependant été étonnée de la séparation qui existe entre sphère publique et sphère intime. La censure, c'est à l'extérieur. » L'occasion de discuter des sujets qui fâchent avec ses hôtes ? « J'ai pu parler librement avec le père, se réjouit l'étudiante. Il était assez critique envers le modèle communiste chinois, contre la censure. Mais il le défendait aussi : vu le nombre de citoyens, si tout le monde se mettait à donner son avis... »

Sandrine Siu est rentrée avec l'envie de repartir. « J'ai aimé l'atmosphère. Mais en deux semaines, je n'ai eu qu'un aperçu. J'aimerais découvrir le pays hors des sentiers battus. J'ai aussi de la famille à Shanghai. » Grâce à son père sino-suisse, la Chine coulait déjà dans ses veines. Il restait à bâtir ce pont. D'une berge de son histoire familiale à l'autre.

Date:15.03.2018
Parution: 892

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