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Michel Agnant et Jérôme Christen:
« Nous devons débattre d'une démission »

Vevey Jérôme Christen et Michel Agnant, les deux municipaux soupçonnés de violation du secret de fonction, notamment en lien avec l'affaire Girardin, sont menacés de suspension. Ils répondent pour la première fois aux nombreux appels à une démission collective de l'exécutif. Et l'affirment haut et fort: il n'y pas de secret qui fasse. «On veut notre peau, mais si c'était à refaire, nous le referions». Entretien exclusif.

«Qu'est-ce que cela règlerait que d'ouvrir une vacance générale à la Municipalité?», a lancé Elina Leimgruber, en réponse aux appels à la démission lancés au Conseil communal et parmi la population. A. Juillard/archives

Amit Juillard et Serge Noyer

En toute franchise, micro grand ouvert, les deux édiles de Vevey Libre Jérôme Christen et Michel Agnant assument leurs actes. Au nom de la transparence et de l'intérêt public. En cause notamment, la transmission d'un document à la Commission de gestion dans le cadre de l'enquête sur l'affaire Girardin, municipal soupçonné de gestion déloyale des intérêts publics, d'obtention frauduleuse de subventions, voire d'escroquerie, mais présumé innocent. D'autres fuites leur sont également reprochées, notamment dans le dossier des appartements communaux, mais ils contestent. Conséquence, ils ont été perquisitionnés par la police: téléphone portable de l'un saisi, agenda papier de l'autre photocopié par les enquêteurs, ordinateurs placés sous scellés. Une opération menée à la suite de dénonciations contre X de la Municipalité pour violation du secret de fonction. Le Conseil communal a dans la foulée voté la suspension des deux édiles, présumés innocents. Mais la Municipalité dit vouloir attendre la suite des investigations du procureur avant de décider de transmettre ou non cette demande au Conseil d'Etat, seul maitre en la matière. Face aux appels de plus en plus nombreux à une démission collective de l'exécutif, tant des citoyens que des observateurs, Jérôme Christen et Michel Agnant se disent prêts à l'envisager.

Que pensez-vous des perquisitions que vous avez subies le 5 octobre?

> Jérôme Christen: C'est totalement disproportionné. L'après-midi, je me suis demandé: «Qu'est-ce qui nous arrive?»; «Qu'est-ce que nous avons fait pour en arriver là?» Ça n'a pas de sens. Et j'ai été très surpris que nous soyons les seuls à être perquisitionnés.

Vous dites avoir la conscience tranquille, pourquoi?

> J. C.: La justice décidera si nous avons violé le secret de fonction. Si tel est le cas, nous aurons la conscience tranquille parce que nous l'avons fait dans l'intérêt public. Nous assumons complètement avoir transmis un avis de droit à la Commission de gestion pour contribuer à faire la lumière sur les agissements du municipal Girardin. Pour le reste, nous contestons.

> Michel Agnant: Si c'était à refaire, je le referais, s'agissant des documents transmis à la Commission de gestion, laquelle est l'organe de surveillance de la Municipalité. Dans une démocratie consolidée, il ne devrait plus y avoir de secret quant à la gestion de la chose publique. Nous devons rendre des comptes au peuple lorsque nous sommes mandatés par le peuple.

Jérôme Christen, vous avez davantage l'expérience d'un collège exécutif, ne pensez-vous pas que, pour son bon fonctionnement, il faut un secret?

> J. C.: De manière générale, nous voyons que l'information circule entre les exécutifs et les partis. C'est la pratique normale. J'ai discuté avec mes collègues au Grand Conseil et ils m'ont dit: «Mais à ce tarif-là, nous allons tous nous retrouver perquisitionnés!» Mais nous ne pouvons pas non plus, en permanence, dans une Municipalité, nous donner des coups et envoyer nos partis respectifs s'attaquer au municipal de l'autre camp. Ce qu'il faut savoir, c'est que notre groupe (réd: Vevey Libre) nous reprochait aussi de ne pas lui donner assez d'informations, alors que d'autres partis étaient bien plus informés par leurs municipaux. A ce moment-là, il y avait déjà une dénonciation pour violation du secret de fonction contre X et nous avons eu la naïveté de croire que nos collègues allaient au moins respecter leur secret de fonction.

Où doit s'arrêter ce jeu politique?

> J. C.: La limite, c'est l'intérêt public. La demande de notre suspension émanant du parti socialiste (réd: co-signée par le PLR et l'UDC) est totalement disproportionnée et va à l'encontre de l'intérêt public. Ce n'est qu'un contre-feu pour détourner l'attention de l'affaire Girardin.

Et les dénonciations au procureur, vont-elles contre l'intérêt public?

> J. C.: Pas les dénonciations, mais les dépositions. Clairement. Le but est de nous discréditer. Cette intervention de police a été provoquée par les déclarations de la syndique dans le cadre de l'enquête, elle nous a chargés.

Comment votre Municipalité peut-elle travailler dans un tel climat de méfiance?

> J. C.: La Municipalité fonctionne, mais après ce qui s'est passé vendredi matin (réd: le jour des perquisitions), c'est un peu plus compliqué dans les relations. Ce n'est pas très agréable de travailler avec quelqu'un qui veut votre peau.

Certains disent au contraire que vous «voulez la peau» de la syndique...

> J. C.: Encore une fois, il faut regarder l'intérêt public, qu'est-ce que nous aurions à gagner de faire tomber la syndique? Notre seul objectif était de faire la lumière sur les agissements de Lionel Girardin. Je suis encore convaincu, malgré tout, que nous pouvons travailler ensemble.

La situation est-elle irréconciliable? Y a-t-il encore une Municipalité?

> M. A.: Je vous l'ai dit et je vous le redirai, il n'y a pas de Municipalité. Si une Municipalité, ce sont des individus qui viennent défendre des intérêts particuliers, pour moi, il n'y a pas de Municipalité. C'est l'intérêt général qui doit nous unir. En effet, venant de partis et d'horizons différents, ce qui doit faire la cohésion, le consensus, c'est la défense du bien commun. Et ce en oubliant, autant que faire se peut, nos couleurs politiques respectives. Par ailleurs, la collégialité n'a de sens qu'autour de ce qui est juste et bon pour la population. Autrement, lorsqu'un groupe de personnes fait bloc autour de ce qui est injuste et néfaste pour la population, c'est de la complicité.

Comment sortir de cette crise? Par une démission collective ?

> M. A.: Ce n'est pas réaliste, mais l'éventualité doit être envisagée. Il faut savoir si nous pourrions retrouver une unité autour d'une démission commune. Si ça arrive, je prends. Au moins une fois, nous aurions quelque chose en commun à faire, au nom de l'intérêt public.

>J. C.: Je pense que la question d'une démission en bloc doit être débattue en Municipalité, c'est évident. Elle est légitime. Mais je pense aussi que nous devons encore explorer d'autres voies, comme celle de Michel Renaud (réd: municipal ad hoc nommé après la suspension de Lionel Girardin). Nous sentons qu'il grouille d'impatience de pouvoir trouver une solution. Et le Conseil communal a enfin pris les décisions qui s'imposaient: la suspension de Lionel Girardin et la suspension de son salaire (réd: largement votée par l'organe délibérant le 11 octobre). Maintenant, nos débats vont aussi être plus sereins. Mais si nos collègues estiment qu'une démission en bloc est une bonne solution, je ne m'y opposerai pas.

Avez-vous conscience que, vu de l'extérieur, Vevey est la risée de la Suisse romande?

> J. C.: Oui, ce n'est pas forcément agréable de voir que notre Ville à cette image-là. Mais, malheureusement, nous n'avions pas le choix. Le seul autre choix était de se taire. Mais nous avons prêté serment, nous nous sommes engagés à veiller à la protection des biens communaux. Maintenant, il faut être dans le constructif. Les chiens aboient, la caravane passe.

Date:17.10.2018
Parution: 921

Elina Leimgruber, syndique: «Ces dysfonctionnements doivent cesser»

«Je ne vois pas de raison de démissionner, sauf à dire que je devrais prendre sur moi les conséquences politiques des actes potentiellement délictueux de mes collègues. Ce n'est pas une solution, même si je comprends les appels à la démission en bloc.» Contactée, la syndique verte Elina Leimgruber réagit aux propos de ses collègues Michel Agnant et Jérôme Christen (Vevey Libre) dans nos colonnes (lire page précédente), mais aussi aux injonctions, de plus en plus pressantes, de plusieurs élus, citoyens et observateurs. Elle a déjà écarté l'idée d'une démission collective lors du Conseil communal du 11 octobre. «Qu'est-ce que cela règlerait que d'ouvrir une vacance générale à la Municipalité à quelques mois de la Fête des Vignerons?», a-t-elle alors lancé.

«Ces fuites sont préjudiciables»

La Municipalité est à l'origine des dénonciations contre X au ministère public pour violation du secret de fonction. Résultat, Jérôme Christen et Michel Agnant sont sous le coup d'une enquête pénale. Durant cette même dernière séance de l'organe délibérant, Elina Leimgruber a justifié la position du collège: «La Municipalité doit rester intransigeante avec le respect du cadre légal. (...) Ces fuites, portant sur des documents internes, accessibles dans un cadre légal précis, sont particulièrement préjudiciables pour la bonne marche de la Municipalité et de son administration. (...) Ces dysfonctionnements doivent impérativement cesser.» Quelques minutes plus tard, le Conseil communal a demandé la suspension de Jérôme Christen et Michel Agnant. La balle est désormais dans le camp de la Municipalité, libre de transmettre cette requête au Conseil d'Etat, seul à pouvoir en décider in fine.

Pour rappel, les deux édiles, au bénéfice de la présomption d'innocence, seraient à l'origine de plusieurs fuites, notamment liées à l'affaire Girardin, du nom du municipal suspendu. Soupçonné entre autres de gestion déloyale des intérêts publics, ce dernier, toujours présumé innocent, a vu son salaire suspendu lors de ce même Conseil communal. Une décision contre laquelle son avocat a annoncé faire recours.

«Je ne veux la peau de personne»

Elina Leimgruber a-t-elle chargé ses collègues lors de son audition par le procureur, comme ces derniers l'insinuent? «Je confirme avoir été convoquée et avoir répondu aux questions du procureur. A mon sens, c'est au procureur de communiquer sur la procédure en cours. C'est maintenant à la justice d'analyser les faits. Je ne veux la peau de personne. J'ai, depuis le début, la volonté d'avoir une cohérence et que nous puissions discuter de manière paisible, que nous tirions tous à la même corde. Si tout le monde s'était tenu à la loi, aux directives et aux règlements, nous n'en serions pas là aujourd'hui. Il est primordial de préserver le secret des délibérations, sinon plus personne ne peut discuter.» aju

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