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100 ans et des millions de bouteilles

Aigle Avec son célèbre Aigle Les Murailles, la Maison Badoux, qui fête son centenaire, est devenue incontournable grâce au développement de son marché Outre-Sarine dès les années 50. Elle n'en reste pas moins très ancrée dans la région, forte de son rôle dans le paysage économique local, la préservation d'un patrimoine et la sensibilisation des jeunes générations. Exemples au Clos de Chillon et sur les traces du lézard vert.

Une quinzaine de vendangeurs en herbe sous l'œil de Daniel Dufaux,  directeur de la maison aiglonne  Badoux Vins.

Textes et photo : Priska Hess

«Regarde comme elle est belle, cette grappe!» «C'est trop bien ici!» Ce mercredi 3 octobre, une quinzaine de vendangeurs en herbe, sécateur à la main, déboule avec enthousiasme dans le vignoble du Clos de Chillon, sous l'œil de Daniel Dufaux, directeur de la maison aiglonne Badoux Vins, et de Marjorie Bonvin, maître-caviste. Pour ces jeunes élèves de 3e de l'école de Collonge à Territet, la sortie fait partie d'un projet pédagogique autour du thème de la vigne: «C'est notre thème de l'année, comme la Fête des Vignerons se profile à l'horizon! Cela nous permet de parler à la fois de science, d'environnement, de géographie et d'histoire, se réjouit Marie-Claire Gugler, leur maîtresse d'école. Nous suivrons sur toute l'année les différentes étapes des travaux de la vigne, en venant sur place à chaque fois.»

Si le Clos de Chillon est à nouveau produit au château, après avoir été vinifié à Villeneuve des décennies durant, c'est en partie grâce à Daniel Dufaux. «L'aventure a démarré en 2011 quand Jean-Pierre Pastori, alors directeur du château, m'a parlé de son idée d'y refaire du vin comme par le passé. Nous avons donc installé quarante barriques dans les souterrains, et depuis, la Maison Badoux s'occupe de tout le suivi technique. En parallèle, le château de Chillon a aménagé un espace dédié à la dégustation du Clos de Chillon». Ce qui a valu au château de recevoir en 2017 le premier Prix suisse de l'œnotourisme.

Vendangeurs d'ici et d'ailleurs

Direction maintenant le Chablais vaudois, au cœur du vignoble de la Maison Badoux. «Ici aussi, nous accueillons régulièrement des classes pour découvrir le travail de la vigne», note Daniel Dufaux. En cette période de vendanges, une centaine de personnes prête main forte aux vingt vignerons collaborant avec la Maison Badoux. «Un tiers de nos aides sont des Italiennes qui viennent depuis plusieurs années et nous employons aussi des gens de passage, qui participent à des vendanges au fil de leur voyage depuis le Sud de la France. Mais plus d'un tiers de nos effectifs sont des gens de la région et nous voulons leur donner de plus en plus la priorité», précise Daniel Dufaux. La Maison Badoux occupe une place particulière dans le paysage économique local, ses quelque 60 hectares de vignes ne suffisant pas à couvrir ses besoins: «Nous achetons environ 30% de raisin à d'autres vignerons du Chablais. Au total, cela représente une trentaine de fournisseurs externes, dont certains nous vendent l'intégralité de leur récolte.»

A la recherche du lézard vert

Au-delà de la production du raisin, la culture de la vigne contribue à l'entretien de tout un patrimoine local. «Ce sont les vignes que nos prédécesseurs ont travaillées et entretenues avec soin. C'est un précieux héritage et j'ai à cœur de le préserver», confie Daniel Dufaux. Un patrimoine incarné par le lézard vert, devenu l'icône de la Maison Badoux. «L'association entre ce vignoble et le lézard vert remonte au début du 19e siècle. L'étiquette de notre vin, elle, a été créée en 1919 par le peintre aiglon Frédéric Rouge. Elle n'a jamais changé depuis. C'est notre ADN». Aujourd'hui, l'emblématique lézard est partout: sur les bouteilles d'Aigle les Murailles, pin's doré sur le veston de Daniel Dufaux, peinture en façade sur le site de la Badouxthèque et fresque sur les murs des vignes réalisée pour les 100 ans de la marque par l'artiste chablaisien Pascal Bérod (voir encadré). «Après avoir repris la direction de la Maison Badoux en 2016, j'ai voulu savoir si cet animal vivait toujours dans le vignoble. J'ai proposé à l'école de Changins de mettre un étudiant en viticulture sur sa trace, dans le cadre d'un travail de bachelor. Il a pu en observer sur le coteau près de la forêt, mais pas dans le vignoble. La faute notamment à trop de désherbage par le passé, à l'époque où on ne parlait pas encore d'agriculture durable.»

Objectif de Daniel Dufaux: permettre à ce reptile – dont il ne subsiste que quelques populations sur l'adret lémanique – de retrouver sa place dans les vignes. En créant par exemple des passages enherbés, mais aussi en travaillant la vigne plus manuellement. «C'est un projet sur le long terme, que nous mènerons avec des organismes comme le WWF et Pro Natura. Il faudra plusieurs années pour y parvenir, mais cela en vaut la peine!»

• Exposition au Musée de la vigne, du vin et de l'étiquette au Château d'Aigle, à découvrir jusqu'au 1er septembre 2019

• Fresque de l'artiste Pascal Bérod dans les vignes. Vernissage le 22 novembre

Date:01.11.2018
Parution: 923

La plus grande marque de chasselas du pays

La Maison Badoux a été fondée en 1908 par Henri Badoux. «Son vin-phare, l'Aigle Les Murailles était au départ issu d'un clos, donc avec une production limitée par la législation à 30'000 bouteilles. Au milieu des années 50, il a été transformé en marque, ce qui a permis de passer à une production de 1 million de bouteilles par an. Parallèlement, le directeur de l'époque, conscient que souvent nul n'est prophète en son pays, a décidé d'aller proposer ses vins en Suisse allemande, où les producteurs étaient aussi moins nombreux qu'en Suisse romande», explique Daniel Dufaux. Stratégie fructueuse: l'Aigle Les Murailles est devenu depuis la plus grande marque de chasselas du pays. Et se décline en rouge depuis 2013, en en mousseux depuis 2016 et en rosé depuis cette année. «Nous avons une clientèle privée et collaborons aussi avec des grandes surfaces – la Coop principalement, mais aussi Aligro et Denner. Nos plus importants clients étant les restaurateurs».

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