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VMCV 2016 - 2019:
La vraie facture des transports publics

Exclusif 250'000 frs. C'est le montant du dédommagement versé par les transports publics de la Riviera à un fabricant de bus. En cause: un litige lié à une procédure d’achat de véhicules pour 21 mios. En outre, des lacunes dans la planification financière de l’entreprise ont obligé les dix communes propriétaires à supporter, en 2018, des coûts supplémentaires de 5,1 mios. Idem pour 2019, où leurs budgets ont, eux, dû être réhaussés de 5 mios par rapport à l’année précédente. Des élus sont scandalisés par cette «gestion discutable des deniers publics». Caleb Walther, président du conseil d’administration, fait son mea culpa. Également municipal vert à Montreux, il relativise toutefois l’ampleur de la somme payée au fournisseur de véhicules: «C’était la meilleure solution». Le politicien justifie aussi l’augmentation des charges: les coûts étaient sous-évalués par l’ancienne direction et les prestations ont été développées. Les problèmes de sous-effectifs sont réglés. Vu le retard de l'ouverture de l'Hôpital Riviera Chablais, il y a même trop de chauffeurs. Les dysfonctionnements internes semblent par ailleurs résolus.

Caleb Walther, président des VMCV:  «Nous aurions sans doute dû être plus vigilants»

Enquête: Amit Juillard

En août 2018, les lecteurs du Régional apprennent qu'un fabricant de bus a dû être dédommagé par l'entreprise de transports publics VMCV (Vevey-Montreux-Chillon-Villeneuve), après une conciliation devant le juge. Durant la procédure d'achat de nouveaux véhicules, le fournisseur s'est estimé lésé par les critères d'attribution de l'appel d'offres, élaboré par un mandataire spécialisé. La question de l'usage des deniers publics se pose. Mais les VMCV, financés par les dix communes de la Riviera, refusent de communiquer ce montant, attaché à une clause de confidentialité. Tout au plus, Paul Blumenthal, alors directeur par intérim et ex-président du conseil d'administration, commente alors dans nos colonnes: «Ce n'était pas exorbitant». Aujourd'hui, après avoir lancé une action de plusieurs mois auprès du Tribunal cantonal en vertu de la loi sur l'information (lire ci-contre), Le Régional a obtenu gain de cause. Obligeant les VMCV à lui dévoiler cette somme: 250'000 frs.

«Si la procédure avait été faite avec professionnalisme, les VMCV n'auraient pas dû les sortir, tonne Marc Schlesser, conseiller communal socialiste boéland. On rattrape une erreur en jetant 250'000 frs dans la balance. C'est énorme! L'autorité de direction est fautive.» Même son de cloche à Montreux. «Avec Monsieur Blumenthal (réd: aujourd'hui vice-président du conseil d'administration), nous n'avons pas les mêmes valeurs financières, assène Irina Gote, présidente du parti socialiste. C'est un montant très important qui représente peut-être trois salaires annuels de chauffeurs. A ce moment-là, de nouveaux conducteurs devaient être engagés. Cette somme aurait pu être mieux utilisée.»

«Navrant et inadmissible»

Pour mémoire, l'élue est à l'origine de la résolution demandant que les VMCV soient audités. Texte accepté par le Conseil communal de Montreux, puis de Vevey, en septembre 2018. Une demande restée lettre morte. Irina Gote ne décolère pas. «Une réflexion doit être menée par rapport aux personnes dirigeantes qui étaient en place, y compris dans le conseil d'administration.» A Vevey, le conseiller communal Clément Tolusso (Décroissance-Alternatives) soupire. «Depuis le temps que ça dure, je suis consterné par la mauvaise gouvernance des VMCV. C'est navrant et inadmissible qu'une entreprise publique dont le conseil d'administration compte des municipaux soit gérée ainsi.»

Pour rappel, en 2018, les chauffeurs, en sous-effectif, ont fait grève. Pire, de lourdes accusations ont été émises contre l'ancien directeur, aujourd'hui retraité, et son management «dictatorial».

Autre problème: les mauvaises prévisions financières des VMCV grèvent les tirelires communales. En 2017, les crédits ont été dépassés d'1,6 mio au total. Dépassement qui s'avérera encore en-deçà de la réalité, la plus grande augmentation des coûts datant de 2016 et l'extension du réseau. Des dysfonctionnements qui se répercutent et s'ajoutent à ceux de 2018. Avec cette fois un budget sous-évalué de 3,5 mios. Les dix communes sont donc passées à la caisse en été et en automne 2018. Mais ce n'est pas tout. En décembre de cette même année, lors de l'établissement des budgets communaux 2019, les législatifs ont été priés d'allouer aux VMCV 5 mios de plus qu'en 2018. Motifs: les charges liées à l'engagement de nouveaux chauffeurs, les congés maladie longue durée, dont celui du directeur, et le remplacement de ce dernier. Sans oublier l'achat de nouveaux bus, le remplacement de la billetterie et l'amélioration des outils informatiques. Les recettes, elles, stagnent.

Droit de contrôle renforcé?

Prises dans le détail, les sommes sont conséquentes. A Vevey par exemple, pour 2017, la Ville a dû payer 330'000 frs supplémentaires. Et pour 2018, près d'un mio de plus que prévu, pour un total de 2,8 mios. Tandis qu'à son budget 2019, ce sont 900'000 frs d'augmentation par rapport à 2018. Soit 12% du déficit budgétaire communal, de 7,5 mios. «Tout le monde s'est inquiété lors des discussions sur le budget, mais ces montants vont aussi se ressentir dans les comptes 2018, déplore Etienne Rivier, municipal PLR des finances. La question d'une plus grande aide du Canton se pose. Les VMCV assurent un service régional.»

Les VMCV, par la voix de Caleb Walther, président du conseil d'administration et municipal vert à Montreux, admettent leurs erreurs. Il y a eu un manque de rigueur, notamment dans la planification financière, et des problèmes de gouvernance. Mais la compagnie a «la tête hors de l'eau», assure-t-il (lire son entretien ci-contre). Reste qu'au vu de l'ampleur de la crise traversée, Marc Schlesser, Irina Gote et Clément Tolusso envisagent d'alerter le Conseil d'Etat. Objectif: créer une association intercommunale et un conseil idoine composé d'élus des communes actionnaires. «A la suite de la gestion discutable des deniers publics par les VMCV, le moment est venu, développe Irina Gote. Les conseils communaux doivent pouvoir exercer leur droit de contrôle, qui leur est refusé sous prétexte que l'entreprise est organisée en société anonyme.»

Date:28.03.2019
Parution: 942

Caleb Walther, président des VMCV: «Nous aurions sans doute dû être plus vigilants»

Le conseil d’administration des VMCV a manqué de flair, mais a réagi dès la découverte du manque de rigueur de l’ancienne direction, estime Caleb Walther, son président. La situation est encore fragile mais rétablie, analyse-t-il. Retour sur un an de crise.

 

Le conseil d’administration, composé de municipaux et de spécialistes des transports, a-t-il fait preuve de négligence? 

Est-ce le rôle d’un administrateur de se plonger dans les fichiers Excel? L’entreprise paraissait saine. Elle ne coûtait pas cher et était capable de répondre à toutes les demandes des communes, même dans l’urgence. Il n’y avait pas de signaux alarmants. Nous aurions sans doute dû être plus vigilants, c’était une erreur. Nous n’avons peut-être pas eu le flair pour creuser davantage. Mais les administrateurs spécialisés dans le domaine non plus. Il n’y avait rien de perceptible. Aujourd’hui, l’équipe de direction a été réorganisée. En tant que président, je vois la directrice chaque semaine.

Comment la crise a-t-elle commencé? 

En novembre 2017, la direction nous disait que tout allait bien. Or dans la foulée, elle nous a annoncé que les budgets devaient être augmentés pour 2018. C’est là que nous avons compris qu’il y avait un problème dans l’évaluation du déficit et demandé des arguments circonstanciés. C’est pourquoi nous avons refusé le budget 2018. L’entreprise a connu une crise au niveau de sa conduite. Ce n’était pas normal que les informations nous parviennent si tard et que le coût des prestations soit mal évalué. Les besoins en chauffeurs auraient aussi dû être mieux anticipés. Mais c’est bien l’augmentation des charges qui a fait la crise et non l’inverse. Ce qui coûte plus cher, ce sont les prestations. Les problèmes ne se résument pas à une seule personne, mais à une gestion d’entreprise insuffisamment professionnelle. Le rapport financier de Mazars, rédigé à l’attention de notre conseil, montre un manque de rigueur et un management insatisfaisant. Il n’y a en revanche pas eu de malversations. 

Entre dépassements des budgets 2017, demandes de rallonge pour 2018 et augmentation des budgets 2019, les charges deviennent lourdes pour les communes…

L’augmentation des charges est grosso modo de 30%. Nous en avons informé les communes dès que possible. L’entreprise était trop bon marché par rapport aux prestations délivrées. Ce n’est pas une augmentation ponctuelle.

A cela s’ajoutent ces 250’000 frs, versés par les VMCV pour dédommager un fournisseur s’estimant lésé qui avait saisi la justice. Et ce alors qu’un mandataire spécialisé avait été engagé pour gérer cet appel d’offres pour l’achat des nouveaux bus. De l’argent public jeté par la fenêtre ?

Sorti de son contexte, le montant est conséquent. Or, cela ne représente guère plus d’1% de l’appel d’offres, d’un montant de plus de 21 mios. Et l’écart de prix entre le fournisseur choisi, le moins cher, et le deuxième excédait largement ces 250’000 frs. Un juge aurait pu nous obliger à sélectionner le second candidat. Le résultat aurait été bien plus choquant. Il n’y avait pas de meilleure décision. Un tel appel d’offres est très complexe et n’a pas forcément été mal conçu.

La situation des VMCV est-elle rétablie ?

L’Office fédéral des transports (OFT) a mené un audit standard en 2019. Il conclut que ce qui pouvait être fait a été fait. Nous avons la tête hors de l’eau, mais la situation reste fragile. Il y a encore beaucoup de travail. Nous avons en outre répondu à l’ensemble des problèmes mis au jour par l’OFT en 2018. Notamment en créant un local de pause à Vevey et en engageant de nouveaux chauffeurs. D’ailleurs, nous avons aujourd’hui trop de conducteurs à cause du report de l’ouverture de l’Hôpital Riviera Chablais à Rennaz (réd: la ligne 201 sera prolongée jusqu’à l’établissement).

Les conseils communaux de Vevey et Montreux ont demandé un audit et des élus veulent la création d’une association intercommunale. Qu’en pensez-vous ?

Nous estimons la situation clarifiée et n’avons pas commandé de nouvel audit. Quant à la formation d’une association intercommunale, il serait faux de penser que ça garantirait une meilleure gestion. La structure en société anonyme, choisie par les conseils communaux, permet notamment de nommer au conseil d’administration des personnes du métier.

 

Le principe de transparence vainqueur

La loi sur l'information (LInfo) du 24 septembre 2002 renverse un paradigme bien ancré. Le principe du secret disparait, remplacé par celui de la transparence. Par défaut, les informations détenues par les autorités deviennent publiques, sauf intérêt privé ou public prépondérants à ne pas les divulguer. Le changement concerne les administrations et les entreprises en charge de tâches publiques. Tout citoyen peut demander l'accès à un document officiel. En cas de refus, la préposée cantonale à l'information peut servir de médiatrice. En dernier lieu, les demandeurs peuvent saisir la Cour de droit administratif et pénal du Tribunal cantonal.

C'est la voie qu'a dû emprunter Le Régional en août 2018. En crise, les VMCV, financés par les dix communes de la Riviera, refusent alors de dévoiler un document. Sur celui-ci, le montant versé en dédommagement à un fabricant de bus dans le cadre d'un appel d'offres litigieux. En cours de procédure, en janvier 2019, le juge propose une conciliation: Le Régional se contenterait-il du seul montant moyennant le retrait de son recours? Les VMCV et Le Régional acceptent. Le 4 mars 2019, la société dévoile cette somme, 250'000 frs, mais pas le document dans son entier.

Les VMCV, c'est quoi?

15 lignes entre Vevey et Villeneuve, bientôt jusqu'à Rennaz

46 bus et trolleybus

120 chauffeurs (EPT)

186,6 collaborateurs (EPT)

9,4 mios de passagers en 2018

29,5 mios de budget en 2019, dont 18,6 mios à la charge des 10 communes de la Riviera, répartis par défaut selon km desservis et nombre d'hab. Le solde, de 10,9 mios, étant les revenus (essent. billetterie).

10 communes propriétaires (dont Montreux à 32,8%, Vevey à 23,9% et La Tour-de-Peilz à 14,8%)

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