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Documentaire
«Je suis la Fête des Vignerons»

Fête des vignerons A quoi tient, depuis 200 ans, cette mystérieuse alchimie entre une fête et un peuple? Un documentaire de la RTS, à la subjectivité revendiquée, tentera d’y répondre. Intitulé «Je suis la Fête des Vignerons» et réalisé en deux mois, dont quatre jours de tournage entre Vevey, Lavaux et les Paccots, ce film sera diffusé le 2 juin sur RTS2 dans le cadre de l’émission Histoire vivante. Présentation en avant-première et «making-of» avec son réalisateur, le journaliste Raphaël Guillet.

Marcel Imsand, Confrérie des Vignerons

Priska Hess

Surprenante apparition. Au milieu du vignoble, un homme à la veste en mouton retourné sort d'une voiture grise, suivi par trois messieurs en manteaux longs. Zoom. Bouc-barbe, cheveux négligemment gominés, le regard clair et perçant: le chorégraphe Maurice Béjart. «Alors ça c'est des vignes sur lesquelles il faudrait pas prendre exemple... Des vignes avec de l'herbe ainsi», lui commente l'abbé-président Alfred Loude. La scène se passe au début des années 70 dans les hauts de Vevey. «La Confrérie des Vignerons avait approché Maurice Béjart pour qu'il assure la mise en scène du spectacle de 1977. Il avait finalement refusé, craignant que cela lui prenne trop de temps, au détriment de sa propre compagnie de danse d'alors (réd: le Ballet du XXe siècle)», relate Raphaël Guillet, réalisateur du film «Je suis la Fête des Vignerons» dont fait partie cette séquence. Ce documentaire de 50 minutes, réalisé entre janvier et février de cette année, sera diffusé sur RTS2 le 2 juin à 20h30 dans le cadre de l'émission Histoire vivante (voir interview). «Il ne s'agit pas d'un travail scientifique, mais d'un regard sur l'histoire de la Fête depuis sa création en 1797», souligne le journaliste. Signe de cette subjectivité revendiquée, c'est la Fête des Vignerons elle-même, incarnée par la voix de la comédienne Sophie Gardaz, qui se raconte et, sur fond des somptueux paysages de Lavaux, s'interroge: «A quoi tient cette étonnante alchimie entre une fête et un peuple, depuis maintenant plus de 200 ans?»

Et Silène s'esquiva...

Arènes au gigantisme tout relatif, figurants, vignerons et influente Confrérie, origine de cette fête-reflet de chaque époque, place des femmes, évolution des technologies; Raphaël Guillet a opté pour une approche thématique plutôt que chronologique «qui aurait pu être un peu ennuyeuse», et davantage axée sur les coulisses de l'événement que sur les extraits de spectacle. Sa matière première, les archives vidéo de la Fête depuis 1905 aux prémices de celle de 2019, où l'emblématique Silène (notre photo de page 1) et les divinités mythologiques cèderont leur place à des problématiques actuelles plus terre-à-terre, comme la biodiversité. Des séquences éclairées par Guillaume Favrod, historien et archiviste de la Confrérie des Vignerons, et Sabine Carruzzo, secrétaire générale et historienne elle aussi. Et par trois témoignages forts: l'armailli fribourgeois Raoul Colliard, figurant pour la quatrième fois, le vigneron-tâcheron Reymond Favez, roi de la Fête en 1999, et Caroline Meyer, la jeune cheffe des chœurs 2019. Pourquoi pas l'Abbé-Président François Margot? «Il est vrai qu'il aurait aussi eu sa place dans un documentaire comme celui-ci. Mais je n'avais droit qu'à quatre jours de tournage pour des questions de budget et il m'a fallu faire des choix», explique Raphaël Guillet.

Au risque de se noyer

Le plus gros travail: la sélection préalable, de 30 heures, parmi les archives de la RTS, de la cinémathèque et de la Confrérie des Vignerons, environ une centaine d'heures. «Guillaume Favrod et Sabine Carruzzo m'ont guidé. Ensuite, comme tout a été numérisé, j'ai travaillé uniquement depuis mon ordinateur. Je n'avais que deux semaines de préparation et je crois que, même sans dormir, je n'aurais pas pu tout visionner tant il y a de matière! Le risque était de s'y noyer. Mais dans la mesure où il n'y avait pas d'exigence scientifique, cela devenait un voyage forcément un peu subjectif, avec parfois des choses que l'on manque et parfois des choses que l'on découvre, comme la magnifique séquence avec Maurice Béjart.» Reste une interrogation: tout cela permettra-t-il de résoudre le mystère de «cette étonnante alchimie» entre la Fête des Vignerons et le peuple vaudois, de cette ferveur à s'inscrire dans cette histoire-là génération après génération? Au spectateur d'en juger. «Ce documentaire apporte en tous les cas, je crois, un autre regard sur les Vaudois. Cinq fois par siècle, eux qui sont souvent assez modestes, taiseux, n'ont pas peur de se mettre en lumière, de porter cette Fête telle qu'il n'en existe nulle part ailleurs avec cette fréquence. Et de mettre réellement en application la fameuse formule: y'en a point comme nous!», estime le réalisateur.

Semaine spéciale RTS Histoire vivante sur la Fête des Vignerons, du 27 au 31 mai à 13h30 sur la Première, puis documentaire télévisé le 2 juin sur RTS2.

Date:23.05.2019
Parution: 950

Jean Leclerc: «S'instruire est un acte politique»

Depuis 2002, «Histoire vivante» décline l'Histoire au sens large sur trois médias en parallèle, avec pour chaque thème une émission radio en cinq volets sur RTS la Première, un documentaire télé sur RTS2 et un article dans La Liberté. Entretien avec son producteur et sa voix radiophonique, Jean Leclerc, qui abordera, du 27 au 31 mai, le thème du vin, en marge de la diffusion du documentaire télévisé. 


Considérez-vous qu'Histoire Vivante a une mission?

Je ne me sens porteur d'aucune mission. Ce serait me donner un rôle et une importance qu'il faut apprendre à relativiser. Au-delà de permettre aux auditeurs de se divertir et de s'instruire, il est un but fondamentalement social et, j'oserais même dire, politique. S'instruire est un acte politique. J'ai souvent à l'esprit le bulletin de vote que l'on met dans l'urne... Cela dit, je ne veux pas utiliser le terme de mission. J'essaie d'apporter une contribution à l'espace public.

Comment est née cette émission?

Tout est parti d'une série d'été que j'avais faite en 2001 sur les assassinats politiques. Elle avait eu un assez grand succès à l'antenne. Ce genre de thématique n'était d'ailleurs guère abordé à ce moment-là. Cela a changé suite aux attentats du 11 septembre 2001. Cet événement a évidemment bouleversé le monde, mais aussi les programmations documentaires qui, à partir de là, se sont penchées sur les questions de géopolitique et de politique internationale. Pour ma part, je me suis cultivé au fur et à mesure, en travaillant chaque semaine une thématique, une histoire, ou une guerre différente...

Vous vous dites adepte «des chemins de traverse»...

Parfois, l'angle que je choisis est en relation directe avec le documentaire télé, alors que d'autres fois, effectivement, je prends des chemins de traverse. Par exemple, le dernier documentaire de la saison, en juin, sera consacré à la Lune, en lien avec l'anniversaire des 50 ans du premier pas sur son sol. Ayant déjà traité ce thème à plusieurs reprises, j'ai choisi de parler de Tintin et des deux albums de l'aventure Lune. Je vais donc rencontrer et interviewer prochainement Benoît Peeters, spécialiste d'Hergé. Et pour l'émission de la semaine prochaine en lien avec la Fête des Vignerons, j'aborderai le thème du vin sous l'angle économique et sociologique notamment, avec les éclairages de trois spécialistes français.

Comment choisissez-vous vos sources?

Pendant plusieurs années, le travail se faisait avec le service des archives de la radio et avec ce que je pouvais dénicher avant que les choses ne soient numérisées. Progressivement, je me suis éloigné de la citation d'archives pour aller vers l'entretien direct, en travaillant davantage auprès des chercheurs que des témoins. Non pas que je mette en doute la valeur du témoignage oral, mais les historiens sont plus à même de parler du témoignage oral, en prenant en même temps tous les gants nécessaires pour cette oralité-là.

Un sujet qui vous a particulièrement marqué?

Je dirais tous ceux que j'ai développés sur quatre semaines au lieu d'une seule, soit sur 20 heures d'émission, comme «l'autorité» ou «Vienne, fin de siècle». C'est extrêmement fort, extrêmement passionnant de pouvoir travailler un sujet sur une longue durée. Mais même en y consacrant 20 heures, on est encore loin d'en faire le tour. J'ai donc très envie de développer des thématiques sur une durée encore plus longue, mais probablement pas dans un cadre radiophonique.

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